Rhône Villeurbanne : ces étonnantes "maisons castors" nées d’une solidarité hors normes

Pascal Bernard, bénévole à l’association La Ville édifiante, Brigitte Di Giusto, propriétaire d’une "maison castors", et Geoffrey Herbaut, étudiant architecte.  Photo Progrès /Laurie ABADIE
Pascal Bernard, bénévole à l’association La Ville édifiante, Brigitte Di Giusto, propriétaire d’une "maison castors", et Geoffrey Herbaut, étudiant architecte.  Photo Progrès /Laurie ABADIE
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Pascal Bernard, bénévole à l’association La Ville édifiante, Brigitte Di Giusto, propriétaire d’une "maison castors", et Geoffrey Herbaut, étudiant architecte.  Photo Progrès /Laurie ABADIE Photo Progrès /Laurie ABADIE Photo Progrès /Laurie ABADIE

La paisible rue Alfred-Brinon renferme un pan de l’histoire peu répandu : l’improbable aventure des huit familles ayant elles-mêmes construit leur logement en unissant leurs compétences au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Une descendante, Brigitte Di Giusto, revient sur ce chantier colossal.

« Père Castor, raconte-nous une histoire. » À l’image de cet ouvrage littéraire ou ce dessin animé que les enfants ont longtemps dévoré, c’est l’histoire de huit « maisons castors » villeurbannaises qui a été mise au jour par quelques passionnés.

Ils construisent eux-mêmes leur logement sur leur temps libre

Brigitte Di Giusto est née dans l’une d’elles, au 12 rue Alfred-Brinon, et s’est confié la lourde tâche de faire vivre le souvenir de ces étonnantes constructions : huit maisons mitoyennes individuelles fondées dans le cadre du mouvement collaboratif d’autoconstruction des Castors, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Une partie du pays étant en ruine à la suite des bombardements, la France fait face à une pénurie de près de 5 millions de logements, relate Geoffrey Herbaut, étudiant architecte. Des familles se réunissent en association sous le nom de Castors pour acheter des terrains et construire en série leur lieu de vie, tous ensemble. »

« C’était un chantier monstre ! »

L’État finance ces logements mais ce sont les futurs propriétaires qui mettent la main à la pâte. Bien que défavorisées, les familles obtiennent un prêt grâce à la caution de l’apport-travail. Chaque personne s’engage alors à consacrer 650 heures de travail à la construction de ces maisons. Un devoir qu’elle doit accomplir sur son temps libre, après ses 50 heures de travail hebdomadaire.

 Au cours de la visite des "maisons castors" organisée en octobre 2021.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Au cours de la visite des "maisons castors" organisée en octobre 2021.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Geoffrey Herbaut, étudiant architecte à Vaulx-en-Velin, montre l’emplacement des huit "maisons castors" sur le plan du quartier.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Geoffrey Herbaut, étudiant architecte à Vaulx-en-Velin, montre l’emplacement des huit "maisons castors" sur le plan du quartier.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Brigitte Di Giusto, propriétaire d’une "maison castors", et Geoffrey Herbaut, étudiant architecte.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Brigitte Di Giusto, propriétaire d’une "maison castors", et Geoffrey Herbaut, étudiant architecte.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Une orangeraie, avec ses élégants vitraux, tient encore debout au fond du jardin d’une des maisons.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Une orangeraie, avec ses élégants vitraux, tient encore debout au fond du jardin d’une des maisons.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Au cours de la visite des "maisons castors" organisée en octobre 2021.   Photo Progrès /Laurie ABADIE  Geoffrey Herbaut, étudiant architecte à Vaulx-en-Velin, montre l’emplacement des huit "maisons castors" sur le plan du quartier.   Photo Progrès /Laurie ABADIE  Brigitte Di Giusto, propriétaire d’une "maison castors", et Geoffrey Herbaut, étudiant architecte.   Photo Progrès /Laurie ABADIE  Une orangeraie, avec ses élégants vitraux, tient encore debout au fond du jardin d’une des maisons.   Photo Progrès /Laurie ABADIE

« C’était un chantier monstre ! Mes parents y ont passé tous leurs week-ends et leurs soirées, raconte Brigitte Di Giusto, qui vit encore dans l’une de ces bâtisses (lire par ailleurs). Certains y ont laissé leur santé, d’autres ont abandonné le projet en cours de route. »

Mutualisation des compétences

L’adhésion au groupe des Castors permet d’obtenir des prix plus attractifs pour les achats de matériaux. Chacun met ses compétences au service des autres. Ainsi, dans la rue Alfred-Brinon, des champs agricoles sont acquis en 1949 et les travaux démarrent en 1950.

Les familles Munnia et Nergoux s’attellent à la maçonnerie des huit propriétés, l’électricité est assurée par la famille Di Giusto, les plans sont dessinés par les Demingeon, la plomberie est consolidée par les Bretnacher, les familles Couston et Morlot mettent respectivement leurs aptitudes de serrurier et chaudronnier à profit.

Premier chantier du Rhône

Pour faciliter ce colossal chantier, les maisons sont construites à l’identique deux par deux. Et on s’en aperçoit encore sans aucune difficulté quand on se promène dans la rue Brinon, au croisement avec celle du 8-Mai-1945.

 Les n° 6 et 8 ont gardé exactement la même allure. Les grilles et portails du n° 8 sont d’ailleurs d’origine.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Les n° 6 et 8 ont gardé exactement la même allure. Les grilles et portails du n° 8 sont d’ailleurs d’origine.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Là encore, les n° 2 et 4 ont les mêmes plans architecturaux et sont liés par un mur commun.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Là encore, les n° 2 et 4 ont les mêmes plans architecturaux et sont liés par un mur commun.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Les maisons des n° 10 et 12 auront elles aussi dû être identiques. Elles le sont presque. Mais les familles qui avaient initié leur construction ont abandonné le projet et les repreneurs ont fait quelques modifications. Elles sont cependant bien ressemblantes l’une de l’autre.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Les maisons des n° 10 et 12 auront elles aussi dû être identiques. Elles le sont presque. Mais les familles qui avaient initié leur construction ont abandonné le projet et les repreneurs ont fait quelques modifications. Elles sont cependant bien ressemblantes l’une de l’autre.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Aux n° 14 et 16, ces deux bâtisses mitoyennes ont été construites à l’identique par les familles du mouvement des Castors.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
Aux n° 14 et 16, ces deux bâtisses mitoyennes ont été construites à l’identique par les familles du mouvement des Castors.   Photo Progrès /Laurie ABADIE
 Les n° 6 et 8 ont gardé exactement la même allure. Les grilles et portails du n° 8 sont d’ailleurs d’origine.   Photo Progrès /Laurie ABADIE  Là encore, les n° 2 et 4 ont les mêmes plans architecturaux et sont liés par un mur commun.   Photo Progrès /Laurie ABADIE  Les maisons des n° 10 et 12 auront elles aussi dû être identiques. Elles le sont presque. Mais les familles qui avaient initié leur construction ont abandonné le projet et les repreneurs ont fait quelques modifications. Elles sont cependant bien ressemblantes l’une de l’autre.   Photo Progrès /Laurie ABADIE  Aux n° 14 et 16, ces deux bâtisses mitoyennes ont été construites à l’identique par les familles du mouvement des Castors.   Photo Progrès /Laurie ABADIE

D’après les permis de construire retrouvés, il semblerait que le chantier de Villeurbanne soit le premier à avoir été lancé parmi les neuf qu’a connu le département (Bron, Collonges-au-Mont-d’Or, Décines, Lyon 5e, Meyzieu, Oullins, Sainte-Foy-lès-Lyon et Vaulx-en-Velin).

Si vous avez des documents ou des informations sur l’histoire des « maisons castors », contactez brigitte.digiusto@gmail.com.

Laurie ABADIE

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