Rhône Automobile : pourquoi les stocks fondent chez les vendeurs d’occasion

Pascal Cerqueira, fondateur d’Inter Occasions à Villefranche-sur-Saône galère pour trouver des véhicules à vendre. Il a été obligé de se séparer de collaborateurs et de vendre son bateau pour remettre à flot sa société.  Photo Progrès /Damien LEPETITGALAND
Pascal Cerqueira, fondateur d’Inter Occasions à Villefranche-sur-Saône galère pour trouver des véhicules à vendre. Il a été obligé de se séparer de collaborateurs et de vendre son bateau pour remettre à flot sa société.  Photo Progrès /Damien LEPETITGALAND

Le marché automobile subit de plein fouet la pénurie de composants électroniques. Les fermetures d’usines décalent les délais de livraison et les tensions commencent à se répercuter aussi sur le marché des occasions récentes. Soumises à la loi du marché, elles deviennent rares et chères…

« Mon parc de véhicules n’a jamais été aussi bas, à peine 40 voitures contre 150 en temps normal. La situation commence à être critique ». Pour Pascal Cerqueira, patron d’Inter Occasions à Villefranche-sur-Saône, l’heure est grave. Le chef d’entreprise, qui vend habituellement 50 voitures par mois, voit son activité chuter de 50 % depuis quelques semaines.

Avec la pénurie mondiale de composants électroniques essentiels pour les voitures modernes, c ’est tout l’univers du marché auto qui est touché de plein fouet. Si le marché des véhicules neufs accuse le coup, à cause perturbations de l’année dernière sur fond de pandémie mais aussi et surtout de la crise des semi-conducteurs, il n’est pas le seul à être pénalisé. Le marché des véhicules d’occasion est aussi impacté. En effet, l’un ne va pas sans l’autre. Quand le neuf se porte bien, le marché secondaire est également boosté. Mais l’inverse est aussi vrai. Le groupe Renault a déjà anticipé une perte de production proche de 500 000 véhicules en 2021.

« C’est devenu une guérilla entre professionnels »

Revenons à Villefranche. Pascal Cerqueira achète en temps normal des lots de voitures qui viennent de retour de location longue durée (LLD) du groupe Arval, filiale de BNP Paribas et de voitures achetées au groupe de distribution automobile Thivolle qui compte de nombreuses concessions pour les marques telles que Renault, Nissan, ou encore Citroën. Le problème aujourd’hui, c’est qu’avec le retard de livraison des voitures neuves, les retours des LLD sont décalés. Il y a donc moins de voitures d’occasion récentes sur le marché.

« La situation est compliquée », résume Pascal Cerqueira qui peine à trouver des véhicules sur le marché. À tel point que ses partenaires d’avant sont devenus ses concurrents. « Avant on s’entraidait pour satisfaire au mieux les clients aujourd’hui, c’est devenu une guérilla entre professionnels pour avoir des automobiles », déplore-t-il.

Plus rares, donc plus chères

Autre souci, à cause des retards de livraisons sur le marché du neuf, beaucoup de particuliers se tournent par défaut sur de l’occasion récente. Car chez la majorité des constructeurs, il faut attendre entre 6 et 12 mois pour espérer être livré d’un modèle neuf. Pour certains modèles, il n’y a même pas de date avancée. Si on est pressé, acheter un véhicule d’occasion est la seule possibilité d’être livré dans un délai acceptable. Outre le manque de produits, le second effet pervers d’un tel engouement, c’est que les prix sont plus élevés que d’habitude. Des voitures récentes mais disponibles sont mêmes parfois affichées plus cher que les neuves.

Un phénomène européen

Le retour à la normale n’est pas attendu avant fin 2022 début 2023 . Entre-temps, les voitures continuent à rouler et reviendront en masse dans quelques mois avec plus de kilomètres. « Cela aura pour effet de faire baisser les prix », ajoute avec inquiétude le professionnel qui a déjà dû se séparer de collaborateurs et a été contraint de vendre son bateau pour remettre à flot la société.

Un phénomène qui touche toute l’Europe. À titre indicatif, en Allemagne, selon l’observateur du marché Deutsche Automobil Treuhand, sur près de 400 concessionnaires interrogés, 65 % ont déclaré que les véhicules d’occasion manquaient en concession.

Damien LEPETITGALAND

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?