TRANSPORTS Rhônexpress : David Kimelfeld va au clash avec Vinci

La navette Rhônexpress à son arrivée à l’aéroport Saint-Exupéry. Photo d’archives Progrès/Philippe JUSTE
La navette Rhônexpress à son arrivée à l’aéroport Saint-Exupéry. Photo d’archives Progrès/Philippe JUSTE

Le président (LaRem) de la Métropole de Lyon souhaite la résiliation de la convention Rhônexpress conclue avec Vinci et demande au Sytral de mettre la question à l’ordre du jour d’un comité syndical extraordinaire.

Un vote en janvier

« Pourquoi pleurez-vous, m’avez-vous cru immortel ». Dans son tout nouveau jeu pour les enfants à bord de la navette reliant la Part-Dieu (Lyon 3e) à l’aéroport Saint-Exupéry, Rhônexpress cite Louis XIV sur… son lit de mort. Comme un écho à la volonté du président de la Métropole de mettre fin à la concession conclue par le Conseil Général du Rhône avec Vinci jusqu’en 2038. David Kimelfeld a demandé, très officiellement, la tenue d’un comité syndical extraordinaire au Sytral, l’autorité organisatrice des Transports, en janvier.

Que fait la Métropole de Lyon dans cette galère ?

La Métropole a hérité de Rhônexpress avec la dissolution du Conseil Général du Rhône sur son territoire. Concrètement, cela se traduit par une dépense annuelle pour la collectivité, de 5 M€ correspondant au remboursement des investissements de Rhônexpress ainsi que d’une partie de ses frais de fonctionnement. Le Sytral (dont la Métropole est le plus gros financeur) rembourse aussi une dette bancaire de 3, 7 M€ par an, toujours au titre de ce même contrat.

Les objectifs

Le président de la Métropole souhaite « améliorer les tarifs ». Aujourd’hui, il en coûte pour un aller-retour 28,30 € (ou 26,30 € sur internet). L’élu table sur une baisse de « 20 % à 25 % » des tarifs « dès le deuxième semestre 2020 », en cas de reprise de la concession par la collectivité et le Sytral. David Kimelfeld entend aussi « améliorer la desserte du tram T3 » dont une partie de l’infrastructure est commune avec Rhônexpress.

« Des usagers regardent passer des Rhônexpress vides et ne parviennent pas à se déplacer dans les bons délais avec le T3 » a-t-il dénoncé. Enfin, pointant un « contrat mal négocié dès le départ avec Vinci », le président de la Métropole, candidat à sa propre réélection, « souhaite que les collectivités puissent bénéficier du succès de Rhônexpress ». La vente actuelle des billets génère 19,1 millions d’euros par an, avec un coût d’exploitation de 14 millions d’euros, tandis que le trafic a augmenté « de +9 % entre 2016 et 2018 ».

Echec des négociations

Les « cinq propositions successives de Rhônexpress » ont été « refusées car inacceptables » a annoncé Gérard Claisse, vice-président aux Marchés à la Métropole. Si Vinci acceptait de « baisser les tarifs de 15 % » comme l’a révélé La Tribune et permettait une desserte plus importante (+ 27 %) des rames de T3 sur la partie commune, « les efforts financiers étaient rognés sur la marge de l’exploitant (société CFTA)» et par « le Sytral au titre des pénalités pour non respect des temps de parcours » bousculés par l’augmentation de la fréquence du T3, a révélé l’élu.

« Maintien de la desserte »

« Le service ne s’arrêtera pas » : David Kimelfeld tient à rassurer les usagers, qu’ils se rendent à l’aéroport pour prendre un avion, un train ou pour y travailler. Il appartiendra à la collectivité et au Sytral de reprendre en régie l’exploitation de la ligne ou de la déléguer à une société d’exploitation.

Le coût de la résiliation

Combien coûterait la résiliation du contrat ? Le contrat prévoit le paiement d’une indemnité au concessionnaire correspondant au manque à gagner jusqu’à 2038 de 25 M€, outre une possible indemnité de résiliation d’un montant de 5,4M€. « Pour 1€ de résiliation payé, ce sera 2€ de recettes pour le Sytral » tient à nuancer le président de la collectivité, pour qui « ce n’est pas un coût, mais de l’investissement », avec « un service, rentable, à terme ».

Mais où est passé le Sytral ?

Le président de la Métropole a répété à l’envi : sa collectivité et le Sytral « ont présenté un front uni dans toutes les négociations avec Vinci », « partageant le même constat », à savoir « que les propositions du concessionnaire sont inacceptables » et « qu’il y a la nécessite d’aller à la résiliation ». Mais où est alors Fouziya Bouzerda, la présidente (MoDem) du Sytral, l’autorité organisatrice des Transports, elle qui « a mené personnellement toutes les négociations au côté de Gérard Claisse, pour la Métropole », a aussi appuyé David Kimelfeld. Pas à la conférence de presse du président de la Métropole, en tout cas.

L’élue a pris acte, par communiqué, « de la demande du président de la Métropole de résilier unilatéralement le contrat de concession ». « Le Sytral fera examiner les conséquences exhaustives qui en découlent sur les plans juridique, financier et d’exploitation, et soumettra ces éléments aux élus auxquels il sera proposé de délibérer lors d’un comité syndical extraordinaire », a-t-elle ajouté. Y aurait-il une reculade du clan Collomb dont Fouziya Bouzerda fait partie ?

En avril dernier, la présidente du Sytral avait pourtant indiqué ne « rien s’interdire », envisageant même « une résiliation » en cas d’échec des négociations avec Vinci. Le prochain vote promet donc d’être intéressant, les élus devant se prononcer, à main levée, pour ou contre la résiliation du fameux contrat. On scrutera les votes des anciens conseillers généraux ayant validé en son temps, la convention.

François-Noël Buffet, candidat (LR) à la Métropole, estime, de son côté, que « le candidat David Kimelfeld démontre que sa manière de faire de la politique est brutale. Depuis maintenant deux ans qu’il préside la Métropole, il aurait pu travailler ce dossier sur le fond, préférant les effets d’annonce en période électorale ». Le candidat de la droite « s’engage à rendre le prix du trajet plus accessible », proposant « la mise en place d’une billettique unique pour tous les transports, Rhônexpress compris »

Quant à Michel Mercier, le grand ordonateur de la liaison Rhônexpress, bien que siégeant au Sytral, il ne sera pas convié, n’étant pas un élu de la Métropole.

« Une position clivante »

Contactée, la société Rhônexpress s’étonne de « cette prise de position clivante du résident de la Métropole ». Considérant « avoir toujours exécuté son contrat de manière loyale et extrêmement professionnelle », Rhônexpress indique avoir « répondu de manière concrète et substantielle à tous les points politiques exigés par les parties prenantes : baisse tarifaire, amélioration de la desserte de l’est lyonnais par l’augmentation du flux du T3, mise en place d’offres concurrentes. »

Des propositions qui impliquent « des efforts économiques et organisationnels très importants, alors qu’une éventuelle résiliation nécessiterait un lourd effort pour les finances publiques », souligne encore le concessionnaire.

Sophie MAJOU

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