Environnement Le vert reprend ses droits sur le bitume

A la Guillotière, les plantes grimpantes envahissent les rues Bechevelin, Montesquieu ou Pasteur. / Photo Marion Saive
A la Guillotière, les plantes grimpantes envahissent les rues Bechevelin, Montesquieu ou Pasteur. / Photo Marion Saive
Les roses trémières sont plébiscitées par les riverains, car elles sont imposantes et offrent de belles fleurs colorées. / Photo Marion Saive
Les roses trémières sont plébiscitées par les riverains, car elles sont imposantes et offrent de belles fleurs colorées. / Photo Marion Saive
Rue Paul-Bert, côté Villette (Lyon 3e), les roses trémières fleurissent au pied des rambardes. / Photo Marion Saive
Rue Paul-Bert, côté Villette (Lyon 3e), les roses trémières fleurissent au pied des rambardes. / Photo Marion Saive
Les habitants du quartier résidentiel de Montchat (Lyon 3e), qui possèdent souvent un jardin privé, aiment aussi fleurir leurs trottoirs. / Photo Marion Saive
Les habitants du quartier résidentiel de Montchat (Lyon 3e), qui possèdent souvent un jardin privé, aiment aussi fleurir leurs trottoirs. / Photo Marion Saive
A la Guillotière, les plantes grimpantes envahissent les rues Bechevelin, Montesquieu ou Pasteur. / Photo Marion Saive Les roses trémières sont plébiscitées par les riverains, car elles sont imposantes et offrent de belles fleurs colorées. / Photo Marion Saive Rue Paul-Bert, côté Villette (Lyon 3e), les roses trémières fleurissent au pied des rambardes. / Photo Marion Saive Les habitants du quartier résidentiel de Montchat (Lyon 3e), qui possèdent souvent un jardin privé, aiment aussi fleurir leurs trottoirs. / Photo Marion Saive

La Ville de Lyon, leader en matière de micro-implantations florales, poursuit sa politique d'aménagement de trottoirs végétalisés, lancée en 2005. Des opérations de reconquête de rues, menées en lien avec les riverains citoyens, désireux d'apporter verdure et fraîcheurs aux rues bétonnées.

Elsa Laubez
Elsa Laubez

Vous en avez sûrement croisé, au pied d’un immeuble, entre deux pavés, le long d’une rambarde. Rues Bechevelin, Montesquieu ou Pasteur à la Guill’. Sainte-Marie, de la Balme ou de la Caille côté Montchat. Ou encore le long de la rue Paul-Bert (photo), à la Villette. Depuis plusieurs années, roses trémières, pourpiers, campanules, gueules de loup et vipérines réinvestissent peu à peu nos rues bétonnées. Le résultat d’opérations de reconquête des rues, initiées par des groupes de riverains désireux d’apporter un peu de verdure aux trottoirs, et soutenues par les espaces verts de la Ville.

Des "bacs à fleurs sauvages" percés à même le bitume

Ces « jardins de rue » appelés de façon plus barbare « micro-implantations florales », sortes de « bacs à fleurs sauvages » percés à même le bitume, ont été lancées en 2005 dans le Vieux-Lyon. D’année en année, le phénomène s’est amplifié. Et a pris ses racines dans le quartier résidentiel de Montchat, comme dans celui, plus dense, de la Guillotière.

La Ville fournit aux habitants la liste des végétaux à privilégier en fonction de la nature de la plante souhaitée (vivace, aromatique, champêtre,  grimpante…), de la qualité du sol et de l’exposition des trottoirs. Mais aussi graines, terreau et conseils pratiques. Charge aux habitants de prendre le relais pour assurer l’arrosage et l’entretien des plantes.

Les riverains se réapproprient leurs quartiers

Planter plutôt que désherber et remplacer une flore sauvage « subie » par des plantes « choisies », c’est la stratégie que Lyon a adoptée. Les citoyens agissent ensemble, se réapproprient leurs quartiers et jardinent leurs pas-de-porte, transformant alors les trottoirs en espaces communautaires.

L’opération verte s’avère double. En plus d’assainir et rafraîchir l’air en centre-ville, de recréer un micro-environnement (les fleurs mellifères choisies pour agrémenter les rues ramènent insectes pollinisateurs et oiseaux) et d’embellir la chaussée, les micro-implantations florales – ou « mifs » – égayent les rues, suscitent le dialogue. « Les habitants passent autant de temps à jardiner qu’à discuter entre eux », se réjouit Elsa Laubez, référente aux espaces verts de la ville de Lyon. « Le fait que ce soit les habitants qui s’occupent eux-mêmes de ces “jardins de rues” et non le personnel municipal change la donne. On voit moins de riverains faire crotter leurs chiens ou jeter leurs mégots au pied des plantes que leurs voisins entretiennent... 

« Grâce au vent et insectes pollinisateurs, les plantes se ressèment dans les fissures de trottoirs, créant ainsi une trame verte urbaine. » Elsa Laubez, référente « mifs » aux espaces verts de la ville de Lyon

Plus de 7,3 km de "rues jardinées" à Lyon intra-muros

Plus de la moitié des incisions ont été réalisées dans le quartier de Montchat (Lyon 3e), lesquelles sont ensuite entretenues par les habitants, associations et conseils de quartiers qui en ont fait la demande aux espaces verts de la Ville.

Au total, 800 trous ont été percés à même le bitume, soit un total de 7,3 km de « rues jardinées » à Lyon intra-muros.

Comment ça marche ?

Les apprentis jardiniers déposent une demande auprès d’Elsa Laubez (elle en reçoit quatre par an), référente des micro-implantations florales aux espaces verts. Si elle juge le dossier solide (de par la motivation et le nombre de personnes impliquées dans le projet) et viable (le trottoir identifié ne doit pas se situer proche d’un égout ou sous un balcon pour favoriser un arrosage naturel, et doit mesurer au moins 1,60 m de large pour laisser passer piétons et fauteuils roulants), des ouvriers BTP de la Métropole débarquent trois mois plus tard, disqueuse en main, pour réaliser les incisions dans le trottoir.

Plus d’informations auprès des espaces verts de la ville de Lyon : Tél. 04 72 69 47 60.

Thomas Boutreux, médiateur biodiversité, fait découvrir les fleurs d'interstices et de bitume aux curieux, au cours d'une visite guidée dans la descente de la Croix-Rousse. / Photo Marion Saive
Thomas Boutreux, médiateur biodiversité, fait découvrir les fleurs d'interstices et de bitume aux curieux, au cours d'une visite guidée dans la descente de la Croix-Rousse. / Photo Marion Saive
Là, un bouleau, qui a pris racine dans une canalisation, dans le rempart. / Photo Marion Saive
Là, un bouleau, qui a pris racine dans une canalisation, dans le rempart. / Photo Marion Saive
Thomas Boutreux, médiateur biodiversité, fait découvrir les fleurs d'interstices et de bitume aux curieux, au cours d'une visite guidée dans la descente de la Croix-Rousse. / Photo Marion Saive Là, un bouleau, qui a pris racine dans une canalisation, dans le rempart. / Photo Marion Saive

Les Lyonnais, fervents défenseurs de la conservation de la biodiversité

Lyon, 4e au classement de l’Observatoire des villes vertes, leader en matière de micro-implantations florales (avec d'autres grandes villes de France comme Rennes et Nantes), œuvre depuis plusieurs années pour conserver une biodiversité en ville.

 

Des visites guidées pour découvrir la flore sauvage de nos rues

Le service de la Ville, Lyon Nature, pousse dans ce sens. Régulièrement, des visites guidées – « flore sauvage de nos rues » - sont organisées en plein cœur de ville, pour sensibiliser Lyonnais et touristes autour des plantes sauvages de bitume, qui ont repris petit à petit leurs droits depuis l'interdiction de désherbants chimiques (la loi l'interdit depuis 2017 mais Lyon avait fait ce choix depuis 2007). Celles-ci fleurissent dans les interstices des trottoirs, sur les courts de tennis désaffectés et terrains en friches... Thomas Boutreux, médiateur biodiversité à la Ville de Lyon, en anime régulièrement, dans les descentes de Fourvière et de la Croix-Rousse.

A travers une balade d’une heure et demie, on découvre la multitude de plantes qui ont su s’acclimater à la ville et aux humains, c'est-à-dire à la pollution, au piétinement, à l’urine et crottes de chiens ainsi qu'au faible débit d'eau et au peu de matières organiques présentes dans ces sols "récents". On trouve notamment des ailantes, ces vigoureuses plantes venues d'Asie, pouvant monter jusqu'à 25 mètres de haut. Ou la ruine de Rome, plante classique des murailles, qui plante elle-même ses graines dans le mur où elle s'est installée. Ou encore l'oxalis, faux trèfle à quatre feuilles/folioles, résistante à l'urine et donc, de fait, généralement présente aux pieds des bars de la ville.

Prochaines dates des visites guidées "flore sauvage de nos rues" : les 28 juin et 12 juillet à 18 heures dans la descente de Fourvière, le 5 juillet à 18 heures dans la descente de la Croix-Rousse et le 26 juillet à 18 heures dans le quartier de la Guillotière. Plus d'infos au 04 72 69 47 78 ou par e-mail : animation.nature@mairie-lyon.fr

 

Des ateliers de bombes à graines avec les associations de quartiers

Acte plus militant, les bombes à graines, issues de la "Green Guerilla", initiée dans les rues de New-York pour reverdir les rues bétonnées. Des associations de quartiers comme Brin d'Guill, à la Guillotière, proposent notamment des ateliers pour enfants afin d'en confectionner. Une cuillère à soupe d'argile, deux de terreau et une d'eau, on malaxe le tout en formant une boule, on y insère des graines de soucis, roses trémières ou œillets d'Inde, on referme la boule et le tour est joué. Les enfants peuvent alors bombarder les parcelles de terre avec leurs projectiles 100 % naturels.

Plus d'infos auprès de Brin d'Guill, 10 rue Jangot, Lyon 7e. Contact : brindguill@yahoo.fr

L'association lyonnaise Brin d'Guill a proposé un atelier "bombes à graines" dans la bibliothèque de la Guillotière. / Photo Marion Saive
L'association lyonnaise Brin d'Guill a proposé un atelier "bombes à graines" dans la bibliothèque de la Guillotière. / Photo Marion Saive
De l'argile, du terreau, de l'eau et des graines, et le tour est joué. Gaëlle Tribut (en marron à droite), de l'association Brin d'Guill, anime l'atelier. / Photo Marion Saive
De l'argile, du terreau, de l'eau et des graines, et le tour est joué. Gaëlle Tribut (en marron à droite), de l'association Brin d'Guill, anime l'atelier. / Photo Marion Saive
Il est temps pour les enfants de "bombarder" les parcelles de terre de leurs projectiles 100 % naturels. / Photo Marion Saive
Il est temps pour les enfants de "bombarder" les parcelles de terre de leurs projectiles 100 % naturels. / Photo Marion Saive
L'association lyonnaise Brin d'Guill a proposé un atelier "bombes à graines" dans la bibliothèque de la Guillotière. / Photo Marion Saive De l'argile, du terreau, de l'eau et des graines, et le tour est joué. Gaëlle Tribut (en marron à droite), de l'association Brin d'Guill, anime l'atelier. / Photo Marion Saive Il est temps pour les enfants de "bombarder" les parcelles de terre de leurs projectiles 100 % naturels. / Photo Marion Saive

Marion Saive (marion.saive@leprogres.fr)

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