Insolite Comment les momies d’oiseaux du musée des Confluences ont-elles vécu ?

Echantillonnage sur une buse sacrifiée issue des collections du Musée des Confluences, à Lyon Romain Amiot/LGL-TPE /CNRS
Echantillonnage sur une buse sacrifiée issue des collections du Musée des Confluences, à Lyon Romain Amiot/LGL-TPE /CNRS

Il ne faut pas prendre les momies offertes aux dieux pour des canards d’élevage… C’est la conclusion d’une enquête menée par des scientifiques sur les oiseaux emmaillotés du musée des Confluences, à Lyon.

Les chats, souvent accusés, sont de piètres prédateurs à côté des humains qui ont tué des millions d’oiseaux en des temps reculés.

Les preuves ont été découvertes dans les nécropoles de la vallée du Nil : à partir du VIIe siècle avant notre ère, et pendant mille ans environ, des armées d’ibis et de rapaces y ont laissé leurs plumes.

Ils n’ont pas fini rôtis, mais momies, sacrifiées à Horus, Rê, Thot ou autres terribles dieux de l’Égypte ancienne. Offrandes aux temples, un peu comme les cierges des églises aujourd’hui.

Ces collectes massives et ces préparations votives contribuaient sans doute à l’économie antique. Mais d’où venaient ces dizaines de millions d’oiseaux ?

« On s’est posé la question. S’agissait-il d’un élevage intensif ou bien d’une énorme chasse  ? » raconte Romain Amiot, paléontologue et géochimiste à l’université Claude-Bernard Lyon 1.

Pour déterminer l’origine des oiseaux momifiés, les scientifiques ont prélevé de tout petits morceaux – quelques dizaines de milligrammes et au maximum un centimètre - de plumes, d’os et de bandelettes sur vingt momies dormant au musée des Confluences, à Lyon.

Héritées du XIXe siècle, ces collections égyptiennes sont riches, mais les chercheurs ont choisi des momies déjà ouvertes, moitié ibis, moitié rapaces, précise Romain Amiot.

La chimie a parlé

Les tissus ont été datés par la méthode carbone 14. L’abondance relative des différents isotopes de l’oxygène, du carbone, de l’azote, du soufre et du strontium a été mesurée.

Cette composition peut apporter des informations sur l’alimentation et le mode de vie des animaux ou des hommes d’autrefois comme pour ces oiseaux, par exemple l’eau bue, le sol qui nourrissait les plantes environnantes… Cette « signature isotopique » a été comparée à celle de momies d’humains ayant vécu à la même époque.

« À l’état sauvage, ces oiseaux sont des migrateurs » précise le paléontologue. « Or, les rapaces ont vraiment des compositions exotiques à la vallée du Nil. Quant aux ibis, on trouve la signature du Nil, mais des variabilités importantes selon les saisons. Ce sont des éléments typiques des oiseaux sauvages ».

Il n’y avait donc pas d’élevage de futures momies votives. Les ibis en captivité mentionnés par quelques textes anciens ne sont qu’exceptions. « Sans doute des momies sacrées d’animaux déifiés de leur vivant » explique Romain Amiot.

La question est tranchée. Les Égyptiens pratiquaient probablement la chasse au filet – des scènes de bas-reliefs en témoignent – puis achevaient promptement leurs proies. « Pas mal de momies d’oiseaux ont le cou tordu » remarque le paléontologue. « La version arc et flèche était sans doute plus anecdotique ».

En des temps reculés, l’homme a donc déjà exercé une pression écologique très importante sur l’avifaune, dont le déclin est aussi observé aujourd’hui. Désormais pas par dévotion, mais par surexploitation et pollution des écosystèmes.

Travaux coordonnés par le Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes et environnement (CNRS/ENS de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1) en collaboration avec le musée des Confluences (Lyon), le Laboratoire d’écologie des hydrosystèmes naturels et anthropisés (CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/ENTPE) et le Centre de recherche et de restauration des musées de France.

Muriel FLORIN

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