Littérature Un roman noir charbon pour la Lyonnaise Sonja Delzongle

Sonja Delzongle est installée à Lyon, mais préfrère faire voyager ses romans  Photo Progrès /Pierre Augros
Sonja Delzongle est installée à Lyon, mais préfrère faire voyager ses romans  Photo Progrès /Pierre Augros

La romancière installée à Lyon publie son huitième livre «L’homme de la plaine du Nord» et plante son sombre décor dans la région des terrils. Elle évoque les déviances et desseins assassins de certains, avec une plume trempée dans la houille.

Elle a été peintre et journaliste avant de devenir romancière. Trois professions pour raconter le monde, et trois points de vue pour l’étudier sous toutes ses coutures.

Dans son dernier roman, « L’homme de la plaine du Nord », Sonja Delzongle peint surtout la noirceur des âmes. On y retrouve son héroïne la profileuse Hannah Baxter, qui doit quitter son loft new-yorkais pour la Belgique, où l’attend un mandat d’arrêt. On l’accuse d’avoir tué son maître et amant, Anton Vifkin, vingt ans auparavant. Alors que pas si loin, dans le Nord de la France, un tueur à gages se prépare à l’assassiner.

Dans cette région de terril et de charbon, la romancière lyonnaise plonge dans la noirceur des âmes, une ambiance à la Chabrol, en version trash, où de bons notables torturent pour leur plaisir.

Chaque personnage est ambivalent et Sonja Delzongle en profite pour lancer le lecteur sur toutes les pistes, avant un dénouement assez inattendu…

Dans votre livre, on trouve des policiers, des avocats, des magistrats et tous sont, plus ou moins, attirés par le crime. Est-ce que c’est une maladie professionnelle, liée à leur statut ?

Mes personnages sont ambivalents, c’est un choix littéraire. J’ai peu de goût pour le manichéisme ; même mes personnages dits positifs ont des failles, et il en va de même pour ceux dont le métier est lié à la loi, à l’ordre, à la justice. Entre le justicier et le délinquant, il y a parfois une attirance. C’est parfois l’humain qui prend le dessus, au-delà du rôle social et professionnel. Et l’humain est faillible.

Votre personnage de flic, le commissaire Peeters, n’aime pas trop les règles et les procédures…

Le cadre et la procédure sont souvent vécus comme une perte de temps, comme une contrainte plus ou moins nécessaire. Quand j’écris le quotidien de ce personnage, j’essaie de me mettre dans sa peau, d’imaginer ses émotions, son ressenti plutôt que son parcours procédural…

Votre livre parle de déviances, de crimes horribles. Pourquoi tant de noirceur ?

Quand on écrit, on a plusieurs vies, et on doit aller jusqu’au bout de chacune. La noirceur humaine existe, il faut la raconter. Je ne vais jamais dans le trash ou le gore. Les scènes difficiles sont toujours justifiées, il n’y a pas de complaisance, elles ont un rôle à jouer dans le roman, on ne peut pas les en extraire.

Pourquoi avoir choisi le nord pour ce roman ?

L’exotisme, ce n’est pas que les palmiers. Les terrils et la culture minière peuvent être tout aussi exotiques. Il y a aussi une dimension de solitude dans les terrils, ça m’a fait penser aux pyramides. Ce sont des tombeaux, et les terrils aussi, dans une certaine mesure.

Le nord est aussi un moteur à clichés…

J’ai essayé de les éviter, mais en fait je n’ai rien contre les clichés. Mon héroïne habite un loft à Brolin, c’est bien un gros cliché. Et un cliché peut être utile, comme une base de départ. Après tout, si un cliché existe, c’est qu’il dit quelque chose, c’est une représentation, un repère. Sans cliché, sans banalité, il n’y a plus de vie sociable possible !

Vos livres ont parcouru le monde et les continents. Mais jamais à Lyon…

J’adore cette ville, je l’ai choisie. C’est sûrement un excellent décor pour un polar. Mais pour moi, non. Je ne peux pas écrire sur la ville que j’habite. J’ai besoin d’imaginer un ailleurs. Sinon, ce serait comme partir en vacances dans sa propre ville. Ce n’est pas forcément un calvaire, mais ça fait moins rêver…

Sonja Delzongle : L’homme de la plaine du Nord, édition Denoël. pages, 19,99€

Propos recueillis par T.M.

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