Littérature Nous avons été séduits par deux auteurs lyonnais: Lilian Auzas et Judith Wiart

Parmi la dizaine d’auteurs rhônalpins qui publient lors de cette rentrée littéraire de printemps, nous avons apprécié le portrait de Nina Hagen proposé par Lilian Auzas et le recueil poétique de Judith Wiart.

Lilian Auzas, auteur de « Nina Hagen interprète Bertolt Brecht » Photo Progrès/Nicolas BLONDEAU
Lilian Auzas, auteur de « Nina Hagen interprète Bertolt Brecht » Photo Progrès/Nicolas BLONDEAU

Le jeune auteur lyonnais Lilian Auzas avait déjà mis un pied dans l’univers artistique allemand avec Leni Riefenstahl, un essai (sorti en 2012 chez Leo Scheer) consacré à l’actrice et cinéaste germanique admirée par Adolf Hitler. C’est le portrait d’une autre artiste allemande qu’il propose aujourd’hui dans son dernier livre « Nina Hagen interprète Bertolt Brecht ».

Il révèle un aspect peu connu de sa biographie. En tout cas pour ceux qui ont gardé de la sulfureuse chanteuse l’image qu’elle offrait dans les années 80, lorsqu’elle entonnait ce qui fut sans doute son plus grand tube, «  African reggae ». Son maquillage outrancier, ses déhanchements provocateurs, ses gloussements et vocalises ont laissé une empreinte indélébile.

Sa relation avec Bertolt Brecht

Mais même si cet aspect de la diva punk revient dans l’évocation qu’en fait l’écrivain, c’est un tout autre angle qui structure le livre. Il scrute en effet sa relation avec Bertolt Brecht et surtout l’influence que ne cessa d’exercer sur elle le dramaturge croisé dans son adolescence par l’intermédiaire de sa mère Eva-Maria Hagen, qui était une comédienne star en ex-RDA durant les années après-guerre, amenée à jouer sous la direction de Brecht.

La mère a transmis à la fille sa passion pour l’univers brechtien, sa révolte, son engagement en faveur des sans-grade, des opprimés.

Pourquoi cette passion ?

Lilian Auzas nous explique sa passion pour la chanteuse allemande ? «  Je pourrais simplement dire que je suis fan de Nina Hagen ; je savais que j’écrirai un jour sur elle. J’ai eu des idées de romans, de pièces ou d’essais. Des choses dorment dans des tiroirs, d’autres n’ont tout simplement pas abouti. Lorsque Nina Hagen a entamé sa série de concerts hommages à Brecht, beaucoup ont été surpris. Pas moi. Je savais qu’elle avait déjà fait des reprises. Il y avait là matière à écrire. Je n’ai pas été déçu.

Lors de mes recherches, je me suis aperçu que Brecht avait toujours été présent dans la vie de Nina Hagen : sa mère a démarré sur les planches sous la direction du maître, ses citations fourmillent dans la correspondance familiale, etc. Brecht fut une réelle figure tutélaire chez les Hagen. Il fut une inspiration pour la chanteuse punk. Musicalement certes, mais aussi politiquement. Avec mon livre, j’ai voulu mettre en lumière cette autre facette de la personnalité complexe de Nina Hagen. »

« Nina Hagen interprète Bertolt Brecht », Lilian Auzas, éditions Hippocampe, 96 p. 12 €.

Judith Wiart avec quelques exemplaires de son livre, « Le jour où la dernière clodette est morte ». Photo Progrès/Nicolas BLONDEAU
Judith Wiart avec quelques exemplaires de son livre, « Le jour où la dernière clodette est morte ». Photo Progrès/Nicolas BLONDEAU

Judith Wiart, enseignante, publie un savoureux recueil de textes courts, entre poésie et chroniques.

Contrairement à ce qu’indique son titre, «  Le jour où la dernière clodette est morte », il n’est pas question des affriolantes danseuses qui accompagnaient Claude François dans ce premier livre signé par Judith Wiart aux éditions Clos Jouve (l’une des rares maisons d’édition établies à Lyon). Mais il y flotte, ici et là, une nostalgie des années 70 et de la décennie suivante.

Judith Wiart a le goût, et le talent singulier, de ressusciter son enfance et son adolescence. C’est l’un des axes du volume. Il est tissé de notations issues de son blog, de poèmes, de vignettes, de bribes de chansons dont la musique est donnée par le rythme et l’écriture. L’ensemble forme un savoureux recueil dont chaque texte, ciselé avec soin, ne va rarement au-delà d’une page.

Flirt sur Tinder

Difficile de résumer l’entreprise… Si l’enfance et l’adolescence sont bien convoquées, on y trouve aussi des aperçus du quotidien, teintés d’une tendre ironie. Judith Wiart est prof de français, elle enseigne à Bron. Ce qui explique certaines des délicieuses esquisses qu’elle met en scène. Comme cette description, toute simple, d’une voisine de bus qui fait défiler sur son écran les prétendants que lui offre l’application Tinder. «  Elle sélectionne, zoome, revient sur la photo précédente avec une agilité et une vélocité qui forcent l’admiration. »

De la chronique, on passe à la poésie sans que l’on ne s’en aperçoive. Chaque extrait dessine une bulle où l’on se sent à l’aise ; même si des sujets graves – comme la mort d’un proche ou la déception amoureuse — font irruption. L’autodérision, l’humour et une forme de mélancolie particulière rendent ce petit livre particulièrement attachant.

« Le Jour où la dernière clodette est morte », Judith Wiart, Éditions Le Clos Jouve, 100 p., 19 €.

De notre correspondant Nicolas BLONDEAU

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