Sécurité Ils portent l'uniforme, mais ne travaillent qu'en moyenne 27 jours par an

Au programme d’une formation soutenue, l’apprentissage des techniques de défense / photo X.B.
Au programme d’une formation soutenue, l’apprentissage des techniques de défense / photo X.B.

Issus du civil, 85 candidats viennent d’intégrer la réserve opérationnelle. La gendarmerie n’a pas fini de recruter dans le contexte actuel.

Rien ne les distingue des autres. Ils ont la même tenue, sont armés, et sont prêts à l’emploi. Sauf qu’entre deux missions, ils redeviennent étudiants ou actifs. La réserve opérationnelle, c’est un peu l’agence d’intérim de la gendarmerie. Dans le contexte actuel, elle ne va pas connaître la crise.

 

Deux jours après l’attentat de Nice, le ministre de l’Intérieur a décidé de puiser davantage dans ce vivier. Au même moment, une centaine de jeunes gens achevaient leur formation au pôle régional de Sathonay-Camp. Deux périodes de douze jours en internat.

 

Levés tôt et couchés tard, ils ont marché au pas, suivi des cours théoriques, manié des armes, maîtrisé les techniques d’interpellations. Certains n’ont pas tenu le choc, ou bien n’ont pas satisfait aux multiples tests psychotechniques, médicaux et de personnalité : « Nous recrutons, mais pas à n’importe quel prix », confirme le commandant Séverine Lucano, responsable de la réserve pour Rhône-Alpes.

 

Une centaine de candidats à Lyon depuis le 14 juillet

 

À l’issue, ils ont obtenu le diplôme d’agent de police judiciaire adjoint et ont prêté serment au tribunal. Depuis lundi, ils peuvent servir dans les brigades. Chacun travaille en moyenne 27 jours par an (mais on peut aller jusqu’à 150), en se positionnant sur des missions inscrites sur un planning.

 

Rémunération nette : 50 € la journée, non imposable. « L’objectif est de les fidéliser sur des brigades, ce qui favorise une confiance mutuelle », poursuit le commandant Lucano.

 

2 000 sont actuellement sous contrat dans la Région, dont 412 dans le Rhône. L’objectif est de passer à 2 800, puis 3 500 à l’horizon 2019. Il n’y a pas d’âge pour s’investir : la limite qui était de 17 à 30 ans, vient d’être portée à 40 ans. Cela tombe bien car depuis ce funeste 14 juillet, une centaine de candidats potentiels se sont manifestés rien qu’à Lyon.

 

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Habilités à porter une arme et formés à tirer

Les réservistes sont équipés d'un Beretta et d'un bâton / photo Jean-Pierre Balfin
Les réservistes sont équipés d'un Beretta et d'un bâton / photo Jean-Pierre Balfin

Un simple citoyen peut-il endosser facilement l’uniforme de la gendarmerie et surtout protéger des manifestations ? Ces jeunes appelés à rejoindre les rangs des réservistes auront-ils le droit d’être armés ? Oui, nous répond Alban Nicolas, maréchal des logis à la caserne Delfosse, à Lyon.

 

Il gère avec deux autres gendarmes le bureau Réserve du département. Pendant les deux sessions de deux semaines de formation, les aspirants apprennent les techniques de tir et le maniement des armes.

 

À Sathonay, on leur met en main un Beretta, prochainement, ce sera un Sig Pro. Ils doivent déjà apprendre à connaître l’arme et intégrer les consignes de sécurité. Puis c’est l’étape du pas de tir. Apprentissage du Beretta avec des balles en caoutchouc avant de passer progressivement aux balles réelles.

 

Pour réussir les épreuves, les aspirants doivent atteindre une cible distante de 5 à 10 mètres, connaître le tir de précision et le tir de riposte. « Le maniement de l’arme, c’est la base, souligne Alban Nicolas. Si l’instructeur sent que la personne n’est pas à l’aise avec une arme, il lui dit : on arrête. »

 

Une fois le diplôme obtenu, le réserviste devra effectuer une dizaine de tirs par an. « Le groupement organise des instructions pour approfondir les connaissances acquises : montage, démontage de l’arme, etc. On ne peut pas se permettre de donner une arme à une personne après seulement quatre semaines », précise le gendarme.

 

Pendant leur formation à Sathonay-Camp, les réservistes apprennent également le MAA (maîtrise d’un adversaire armé) et le Masa (maîtrise d’un adversaire sans arme). Quand ils revêtiront l’uniforme, chacun aura le droit de porter un Beretta, un bâton télescopique et un gilet pare-balles.

Annie Demontfaucon

Qui peut devenir réserviste ?

« Demain vous partez en mission »

 

Les réservistes sont appelés pour renforcer les rangs de la gendarmerie à proximité ou non de leur domicile selon leur disponibilité. Ils intègrent le plus souvent des patrouilles de surveillance générale, de contrôle de flux routier et effectuent huit heures de mission par jour. Obligation : servir au minimum dix jours par an.

 

Tout le monde est-il accepté ?

 

Non, l’âge est déjà un critère : il faut avoir moins de 40 ans. Condition indispensable : être de nationalité française et avoir un casier judiciaire vierge. Sinon, tous les profils se présentent : femmes, hommes, père de famille, étudiants, travailleurs, etc.

 

Comment faire quand on travaille ?

 

La loi oblige tout employeur civil à libérer les personnes désireuses de servir dans la réserve opérationnelle cinq jours par an et prochainement dix jours. Lorsque les activités accomplies pendant le temps de travail dépassent cinq jours, le réserviste doit obtenir l’accord de son employeur.

 

Aucun licenciement ou déclassement professionnel, aucune sanction disciplinaire ne peuvent être prononcés à l’encontre d’un réserviste en raison de ses absences.

Xavier Breuil

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