Agroalimentaire L214 : 18 000 personnes luttent contre la maltraitance animale

Brigitte Gothière, végane convaincue et cofondatrice de L214, veut « sortir de l’ère de l’abattage » / photo Maxime Jegat
Brigitte Gothière, végane convaincue et cofondatrice de L214, veut « sortir de l’ère de l’abattage » / photo Maxime Jegat

Cette année, L214 a frappé fort en révélant des dysfonctionnements graves dans certains abattoirs. Des coups de force médiatiques qui ont permis de faire entrer pleinement la question de la maltraitance animale dans le débat public.

Difficile de garder un air stoïque devant les images tournées clandestinement par L214 dans les abattoirs d’Alès, de Mauléon-Licharre et, plus récemment, à Pézenas et au Mercantour. Visionnées des millions de fois sur les réseaux sociaux, ces vidéos montrent, par exemple, des bœufs, des ovins, des porcs, se débattre, agonisant.

 

Des images insoutenables qui ont propulsé sur le devant de la scène le combat de L214. « Ça a provoqué un choc dans l’opinion. On a soulevé le paradoxe de la viande. D’un côté, on se dit contre la maltraitance animale, de l’autre, on continue à en consommer dans nos assiettes comme si de rien n’était… Mieux encore : notre vidéo qui a engendré le plus de commentaires révoltés concerne une séquence d’abattage qui respecte les normes… », assure Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association, installée dans un modeste local du septième arrondissement de Lyon.

 

« Une alerte sérieuse par semaine »

 

Des enquêtes, L214 en a encore dans ses cartons. Aucun autre détail ne sera donné, pour protéger ses sources. « On reste vigilant. On a eu affaire à des faits troublants durant nos dernières enquêtes. À Pézenas, il y a eu pas moins de seize contrôles durant la durée du tournage. Étrange ! D’ailleurs, on a eu très chaud : les caméras ont été trouvées, mais pas l’informateur. Heureusement… », confie Brigitte Gothière, d’un sourire crispé.

 

Tous ces informateurs sont des lanceurs d’alerte, choqués par ce qu’ils découvrent dans les abattoirs. Ce sont eux qui prennent tous les risques en cachant des caméras dans les abattoirs. D’ailleurs, L214 reçoit désormais « au moins une alerte sérieuse par semaine, mais toutes ne sont pas exploitables ». Les enquêtes, parfois au long cours, parfois express, exigent un accès direct au lieu d’abattage et un travail de recoupement sérieux. Une nécessité. L214 ponctue toujours son travail d’un dépôt de plainte : quatre sont d’ailleurs en cours d’instruction.

 

Née en 2008, l’association n’est pas près de rendre les armes. « On pourra dire qu’on aura atteint notre but lorsque nous serons sortis de l’ère de l’abattage. Nous n’en sommes qu’à l’amorce de cette réflexion. Après, je tiens à préciser que nous ne sommes pas contre les éleveurs. On n’oublie pas l’humain et ceux qui sont confrontés à ce travail complètement fou dans les abattoirs », lance la militante.

 

Une chose est sûre : ce discours s’avère de plus en plus mobilisateur. Depuis le début de l’année, L214 a gagné 8 000 adhérents. Ils sont désormais plus de 18 000 à mener ce combat.

 

Les abattoirs du Rhône dans la conformité

Face aux cas de maltraitance révélés par L214, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll avait exigé en mars dernier que tous les abattoirs de France soient contrôlés. Ces rapports d’inspection viennent d’être rendus publics.

 

Dans le Rhône, deux des trois abattoirs sont en règle. Seul l’« Abattoir Rhône Ouest », situé à Saint-Romain-de-Popey, présente des « non-conformités mineures ». L’évaluation globale indique que « La protection animale est globalement bien prise en compte. Cependant, la mise en place des contrôles internes et leur formalisation manquent.

 

De plus, les cas de reprise de conscience, des agneaux principalement, avant la saignée ne font pas l’objet d’actions correctives ». Si Brigitte Gothière applaudit la publication de ces rapports, elle s’interroge : « Théoriquement, les abattoirs sont suivis tous les jours. Un vétérinaire doit toujours être présent au moment de l’abattage. Alors, comment ça se fait que nous arrivons à filmer de si graves manquements ? »

Jérôme Gallo

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