Commerce Le Café de la Cloche a nouveau menacé de fermeture

Philippe Bitat, le gérant du café, fait de nouveau appel à la justice / photo Aurélie Usaï
Philippe Bitat, le gérant du café, fait de nouveau appel à la justice / photo Aurélie Usaï

Après avoir déjà failli fermer, le Café de la Cloche se retrouve à nouveau menacé.

Depuis près de trente ans, le café de la Cloche accueille ses visiteurs au 4, rue de la Charité (Lyon 2e). En 2009, Philippe Bitat, le gérant, a bien failli mettre la clé sous la porte. Et pour cause : son nouveau propriétaire, la société ANF, lui impose une augmentation de loyer de 300 %.

 

Toutefois, le cafetier ne se laisse pas abattre. Il entame rapidement une action en justice. Selon ANF, cette augmentation est justifiée par l’attrait touristique de la place Bellecour, toute proche. Philippe Bitat reste ferme. Pour lui, une voie aussi peu fréquentée que la rue de la Charité, ne peut résolument pas attirer les touristes. Le juge des loyers lui donne gain de cause. Son cas fera même jurisprudence dans des affaires similaires.

 

Début 2016, l’immeuble hausmmannien qui abrite le café de la Cloche a été racheté par le groupe Apicil. Philippe Bitat est certain d’obtenir la reconduction de son bail commercial, au même tarif. Juste avant la validation du nouveau bail, un représentant d’Apicil lui assure : « Tout va bien se passer. Le groupe ne souhaite pas en arriver au clash. » Trois jours plus tard, le cafetier tombe des nues. On lui impose finalement une augmentation de loyer de 400 %.

 

Des “facteurs locaux de commercialité”

 

Selon l’Apicil, le café de la Cloche serait situé dans une importante zone touristique. De plus, les aménagements de la place Bellecour en 2011, l’installation de Vélo’v, ainsi que le ravalement de façade de l’immeuble, auraient dû considérablement développer la clientèle de Philippe Bitat. Tous ces “facteurs locaux de commercialité” justifieraient donc une augmentation de loyer.

 

« Je ne vois pas comment une nouvelle façade pourrait attirer plus de clients dans mon café, s’étonne le gérant. De plus, la prochaine station Vélo’v est assez éloignée, et les buvettes de la place Bellecour constituent une concurrence, pas une aubaine touristique. »

 

Pour le cafetier, considérer la rue de la Charité comme une zone touristique est une aberration : « Depuis les premiers rachats, ici, c’est la valse des enseignes. Les loyers sont trop élevés, les commerçants ne parviennent pas à rentrer dans leurs frais. Soit le commerce ferme, soit il change de main. »

 

Un sort auquel Philippe Bitat ne parvient pas à se résoudre. En 1989, l’établissement est créé par son père. Il travaille à ses côtés, jusqu’à son départ à la retraite. Puis, il hérite du rôle de gérant.

 

« Je travaille ici depuis vingt-cinq ans. Le café de la Cloche me tient particulièrement à cœur, explique-t-il. Il s’agit d’un lieu d’échange et de culture. En effet, j’organise régulièrement des soirées thématiques, avec des conférences sur l’économie, la philosophie ou la mode. La fermeture du café amorcerait également la fin de tout ce foisonnement culturel. »

 

Pour ne pas voir son établissement disparaître, Philippe Bitat a pris les choses en main. En avril, il a lancé une pétition en ligne, sous le titre “Sauvons notre café de la Cloche”. Celle-ci compte déjà 350 signatures, sur les 500 espérées. « J’avais procédé de la même façon, il y a neuf ans. Tous ces soutiens avaient contribué à sauver le café. »

 

D’autre part, le gérant a décidé de faire une nouvelle fois appel à la justice. « À l’heure actuelle, je souhaite simplement une conciliation. J’aimerais pourvoir discuter avec mon propriétaire. Pour l’instant, je n’ai eu à faire qu’à des huissiers. Si nous ne parvenons pas à trouver un accord, je convoquerai le juge des loyers. » Si toutes ces démarches n’aboutissent pas, Philippe Bitat se verra contraint de fermer définitivement le café de la Cloche.

 

> Pétition “Sauvons notre café de la Cloche”, disponible sur www.cafe-de-la-cloche.org

Votre opinion ?

Les commentaires sont clos.