Rhône Frank Strobel : « Alexandre Astier est un génie »

Alexandre Astier et Frank Strobel dans les travées de l’Auditorium de Lyon.  Photo Progrès /Fred Mortagne
Alexandre Astier et Frank Strobel dans les travées de l’Auditorium de Lyon. Photo Progrès /Fred Mortagne

Le chef allemand a dirigé l‘Orchestre National de Lyon pour l’enregistrement de la bande originale du film Kaamelott. Une musique composée et orchestrée par Alexandre Astier, qui a suivi tout le processus aux côtés de Frank Strobel.

Est-ce que vous connaissiez Kaamelott, ou Alexandre Astier, avant de jouer sa musique ?

Non, je ne le connaissais pas personnellement Alexandre, mais j’avais entendu parler de la série. Je vis à Berlin et Kaamelott n’est pas diffusée ici. Quand j’ai su que j’allais travailler sur ce projet, je me suis renseigné et certains enfants de mes amis, qui avaient vu Kaamelott m’en ont parlé.

Comment avez-vous travaillé avec Alexandre Astier ?

On a commencé par parler ensemble, des mois avant l’enregistrement. Alexandre tenait à m’expliquer la façon dont il compose, sa vision de la musique au cinéma, et la façon dont on allait enregistrer. Il voulait travailler librement, ce qui veut dire qu’il voulait enregistrer la musique avant le montage du film, et enregistrer sans clic (métronome numérique, ndlr). En fait, le rythme de la musique devait donner son rythme au film. D’habitude c’est le contraire qui se passe. Pour moi, c’était très intéressant.

Vous avez travaillé sans voir les images ?

Sur certains thèmes, j’avais les images sur un moniteur, qui me donnaient un rythme. Parfois, c’est Alexandre qui m’indiquait à quoi était destiné le thème. D’autres fois encore, on avait une entière liberté. Alexandre nous a donné l’opportunité d’interpréter son travail, de proposer des idées, il était très ouvert, et ça a beaucoup plu aux musiciens. Parce que c’est très rare d’avoir cette possibilité. J’ai enregistré la musique d’une centaine de films, j’ai rarement vu ça.

Comment qualifiez-vous la musique de Kaamelott ?

Elle a été écrite pour un orchestre symphonique et elle est vraiment dans cette tradition de musique symphonique au cinéma. C’est une tradition américaine, qui remonte aux années 30, mais qui vient de musiciens européens, qui avaient émigré aux USA. Dans le cas de Kaamelott, il y a quand même une « french touch », légère et subtile, quasiment impressionniste qui vient de la culture musicale d’Alexandre Astier. C’est évident à l’écoute de cet enregistrement.

Et que diriez-vous d’Alexandre Astier ?

C’est un génie, ça ne fait aucun doute. Il écrit, il compose, il dirige, il produit, il est capable de tout faire, et de tout faire superbement. Il a même écrit les orchestrations, ce qui m’a impressionné. J’aime le comparer à Charlie Chaplin, qui faisait aussi tout lui-même, et qui contrôlait tout lui-même. J’ai beaucoup travaillé sur Chaplin, je connais bien son travail. Et là, j’avais l’impression de travailler avec le Chaplin d’aujourd’hui.

Est-ce que vous pensez qu’Alexandre Astier pourrait faire ça aux USA ?

Non, c’est impossible, l’industrie du cinéma est différente aux USA. On ne laisserait pas toutes les clés au même homme. Ou alors il faut être Stanley Kubrick, et sa longue filmographie à succès.

Enregistrer sur le plateau de l’Auditorium, c’était compliqué ?

Non, je travaille depuis longtemps avec l’orchestre national de Lyon à l’Auditorium. C’est une salle exceptionnelle. Le projet était compliqué, avec jusqu’à 85 musiciens sur un très grand plateau. Il fallait que tout le monde s’entende, d’un bout à l’autre. Mais au niveau du son, ça a donné un résultat parfait, très ouvert, très spectral, que l’on peut entendre sur l’enregistrement.

« Kaamelott - 1er Volet” Deutsche Grammophon, disponible en trois éditions, dont un coffret collector. À partir de 19€.

Propos recueillis par Thierry Meissirel

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