Danse Pietragalla, une étoile en toute liberté

Marie-Claude Pietragalla, qui fut danseuse étoile à l’Opéra de Paris, se produit mercredi à Lyon dans une adaptation théâtrale   et dansée de la pièce de Musset,  Lorenzaccio.  Photo  Pascal ELLIOTT
Marie-Claude Pietragalla, qui fut danseuse étoile à l’Opéra de Paris, se produit mercredi à Lyon dans une adaptation théâtrale et dansée de la pièce de Musset, Lorenzaccio. Photo Pascal ELLIOTT

La danseuse qui aime explorer tous les univers présente, ce mercredi à la salle 3000 à Lyon, un Lorenzaccio inédit. Les danseurs y sont aussi comédiens.

Pourquoi cette envie d’adapter la pièce de Musset, Lorenzaccio  ?

« Avec le danseur et chorégraphe Julien Derouault, et notre compagnie le Théâtre du corps, nous voulions brosser une peinture du Florence du XVIe  siècle, et de cette époque foisonnante qu’est la Renaissance. Cette œuvre magistrale, avec ce texte si riche et la musicalité de la langue, entre en résonance avec l’expression des comédiens et danseurs. »

En quoi ce drame romantique est-il toujours aussi actuel ?

« Il traite de la passivité, de la lâcheté, du sens du devoir, du désir de justice, de l’ambition, de la vengeance, d’une humanité en perte de repères, des jeux de pouvoir, qu’ils soient politiques ou religieux. Et aussi des dirigeants qui ne servent que leurs intérêts… Dans cette pièce, l’homme est mis face à ses contradictions. » 

Théâtre dansé ou danse parlée ? Comment définiriez-vous l’adaptation que vous faites de ce Lorenzaccio  ?

« C’est vrai, c’est un genre inédit ! Cela peut d’ailleurs dérouter les spectateurs. S’ils s’attendent à un spectacle de danse, il y a aussi des mots. Et s’ils s’attendent à du théâtre, il y a du mouvement ! Je dirais que c’est plutôt un spectacle total. »

Une sacrée prouesse pour les artistes sur scène !

« C’est vrai, et c’est tout le travail que l’on développe au Théâtre du corps. Un travail important sur le souffle. Sachez que dans ce Lorenzaccio, nos artistes n’ont pas de micro. Ce que les mots ne disent pas, le corps l’exprime d’une autre façon. Dans notre adaptation, nous avons beaucoup réfléchi à ce que le corps de chaque personnage devait raconter. Pour chaque situation, il a fallu chercher une gestuelle particulière, qui met en éclairage ce que les personnages vivent, mais aussi les choses non dites qui ne se voient qu’avec le corps. »

Votre parcours artistique très diversifié le montre : c’est important de décloisonner les disciplines ?

« Ah oui ! En France, on sectorise les artistes. On est comédien ou peintre ou danseur. Et puis, dans la danse, il y a des sous-catégories, on pratique le classique ou le hip-hop… Il n’y a rien de plus sclérosant pour un artiste que d’être employé tout le temps dans le même registre, soit dramatique, soit comique. Ce qui est intéressant, c’est d’être en mutation, de surprendre. »

Sans pour autant renier votre parcours de danseuse étoile classique.

« Certainement pas. Je me suis ouverte à tous les styles. Je suis allée chercher dans toutes les disciplines, avec émerveillement, mais toujours dans le respect de ce qui m’a constituée. La technique classique que j’ai apprise à l’Opéra de Paris n’est qu’une technique parmi d’autres, comme le buto, le flamenco, les arts martiaux… Un outil qui permet ensuite d’exprimer ce que l’on souhaite dire. Une façon pour moi de me construire “avec” plutôt que “contre”. »

Un Lorenzaccio de feu et de passions

Lorenzaccio, un drame romantique, résolument moderne.  Photo  Pascal ELLIOTT
Lorenzaccio, un drame romantique, résolument moderne.  Photo Pascal ELLIOTT

Créé en 2017 lors des Fêtes nocturnes de Grignan (Drôme), le Lorenzaccio de la compagnie du Théâtre du corps Pietragalla-Derouault (les deux artistes signant la chorégraphie et comptant parmi les interprètes) est une adaptation de la pièce fleuve d’Alfred de Musset publiée en 1834. Pour restituer toute la richesse de ce drame romantique, théâtre, danse, musique electro, images 3D sont convoqués sur scène.

Nous voici plongés dans le Florence du XVIe  siècle, où le jeune et idéaliste Lorenzo de Medicis, (interprété par Julien Derouault), incarnation du héros romantique, met tout en œuvre pour libérer la cité de la tyrannie de son cousin Alexandre. « La fin justifie-t-elle les moyens quand on croit servir une cause juste ? ». À vous de juger.

Mercredi 13 mars à 20 heures. Tarif : de 40 à 68 €. Amphithéâtre 3000, 50, quai Charles-de-Gaulle, Lyon 6e. Billetterie dans les points de vente habituels.

Pietragalla digest

1973 : entrée à l’école de danse de l’Opéra de Paris.

1990 : nommée danseuse étoile à l’Opéra national de Paris. Elle y interprète tous les grands rôles du répertoire.

1998 : directrice du Ballet national de Marseille. Elle y rencontre Julien Derouault. Ensemble, ils signent neuf créations.

2004 : avec Julien Derouault, son partenaire de danse et de vie, elle crée la compagnie le Théâtre du corps.

2012 : elle entre pour cinq saisons dans le jury de l’émission Danse avec les stars. 

2017 : Pietra et Derouault totalisent 20 ans de créations et 25 chorégraphies.

Propos recueillis par Fabienne BARBIER

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