Métropole de Lyon Ces Rhodaniennes qui luttent contre le gaspillage alimentaire

Chaque jour, sur la petite terrasse d’une villa à Bron, des bénévoles viennent pour aider à trier et distribuer. Ils récupèrent au passage de quoi se nourrir eux aussi.  Photo Progrès /Muriel Florin
Chaque jour, sur la petite terrasse d’une villa à Bron, des bénévoles viennent pour aider à trier et distribuer. Ils récupèrent au passage de quoi se nourrir eux aussi. Photo Progrès /Muriel Florin

Elle militait déjà contre le gaspillage. Pendant le confinement, elle s’est dit qu’il fallait aider les gens dans la galère. Aujourd’hui, cette maman de sept enfants, nourrit 150 personnes, qui participent à la récupération, au tri et à la distribution. Le tout dans son jardin à Bron.

D’un geste qu’on devine exercé, Violaine épluche des salades flétries. Rajeunies par cette coupe express, les laitues s’installent dans une cagette verte. Autour d’elle, Annie, Clotilde, Marie, Katarina se croisent difficilement dans le petit espace peuplé de caisses grises qui s’empilent, de barquettes de légumes, de packs d’eau gazeuse, de rangées de compotes et de yaourts. Des kilos et des kilos de produits s’entassent chaque jour ici, temporairement, sur la petite terrasse d’une villa modeste à deux pas du centre de Bron.

« Avec les économies, on peut financer des loisirs »

Une fois par semaine, depuis cinq mois, Violaine se déplace de Craponne pour trier les arrivages. Elle récupère au passage ce dont elle a besoin. « Maintenant, c’est rare quand je fais les courses. Avec les économies, on peut financer des loisirs. Comme ça, ma fille peut faire de l’équitation ». Elle s’interrompt pour aider à transporter d’énormes sacs de biscuits qu’un bénévole vient de sortir du coffre de sa voiture. « Il va falloir répartir tout cela… ». Et aller vite : l’après-midi même, des étudiants débarquent pour récupérer des denrées qu’eux-mêmes redistribueront en partie.

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« Ici, c’est une petite ruche » s’amuse Annie qui traverse Montchat au moins deux fois par semaine pour venir donner un coup de main. « On fait la tournée des magasins, on trie, on range, on lave, on prépare des barquettes parce que c’est plus pratique, et on distribue… Parfois même, je cuisine pour ceux qui récupèrent » sourit cette retraitée des hôpitaux de Lyon. « Et voilà la reine des abeilles » lance-t-elle en désignant une petite dame brune, à l’air juvénile. « Ah non, j’ai 45 ans et 7 enfants. Ma dernière a deux ans et demi » assure Emmy (1) haussant les sourcils derrière de fines lunettes.

150 personnes nourries chaque semaine

Grâce à cette mère de famille, environ 150 personnes se nourrissent gratuitement chaque semaine. L’initiative remonte à mars 2020 « J’aidais dans une association où on récupérait des invendus, mais je trouvais cela limité alors que l’épidémie mettait plein de gens dans la galère. Pendant ce temps, il y avait plein de gaspillage. Alors, avec deux étudiants, j’ai commencé à récupérer dans les magasins pour redistribuer. Petit à petit, les gens sont venus. De plus en plus nombreux. Aujourd’hui, ça commence à être bien juste pour tout stocker chez moi… Mais si je dis non, ça passe à la poubelle. Pas question ! ».

Au fil des mois, l’association DLC (pour Détournement libre de consommable) est devenue Agir. Emmy, titulaire d’une licence de gestion des entreprises, y consacre désormais un plein-temps. Elle contacte les magasins susceptibles de donner , organise les tournées de récolte, gère les distributions, parfois au pied levé parce qu’un lot à consommer très rapidement vient d’arriver. Elle modère aussi le groupe Facebook, où 1 200 membres peuvent s’échanger des informations et toutes sortes d’objets. Le mot d’ordre ? « Chacun peut récupérer des denrées à condition de contribuer activement à la vie de l’association. Je ne veux pas être une assistante sociale » souligne celle qui tient mordicus à l’aspect collectif et participatif. « Au début, les gens qui arrivaient pour les distributions avaient le dos courbé. Ils disaient qu’ils avaient faim, qu’ils avaient besoin… Désormais, ils repartent toujours avec ce qu’il leur faut, mais en levant la tête. Ils sont fiers de venir et de participer ».

(1) Prénom d’emprunt. La responsable d’Agir veut rester anonyme dans la mesure où le tri et des distributions se déroulent chez elle. On peut entrer en contact avec elle via Facebook page Agir (ex DLC).

Muriel FLORIN

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