Rhône A Lyon, Blynd invente les BD à écouter

Tim Borne et Fred Roux.  Photo Progrès /Tatiana VAZQUEZ
Tim Borne et Fred Roux.  Photo Progrès /Tatiana VAZQUEZ

Dans l’ambiance feutrée du studio Anatole, quai Saint-Vincent (Lyon 1er), les histoires de bandes-dessinées s’offrent une nouvelle destinée, adaptées en fictions audios originales et produites par Blynd.

Tim Borne a des projets plein la tête. Pour lui, un peu, mais surtout pour le studio d’enregistrement dont il a repris les rênes derrière son père, Jean-Michel Borne, l’homme que tout le monde connaît pour avoir fait la première partie des Rolling Stones, dans les années 80, quand Lyon était la capitale du rock.

Musicien, ingénieur du son, cycliste émérite, il est aussi celui qui a créé le studio Anatole, niché sur le quai Saint-Vincent depuis 1984, devenu au fil du temps, une référence en matière de sons. On y enregistre de la musique évidemment, des voix off pour de la publicité, des films de communication ou à destination des musées, on y réalise du doublage pour le cinéma et les séries à la renommée mondiale, on y crée de la bande-son pour des jeux vidéos… Le fils a mis ses pas dans ceux du paternel - qu’il appelle comme tout le monde, ici, Jean-Mi – avec l’envie de faire résonner le lieu. Pour ce faire, iI a ajouté une nouvelle corde au studio. Elle s’appelle Blynd. Les lettres BD entourent LYN (comme Lyon) et le tout sonne comme le mot « blind » (malvoyant en anglais). Tout est dit. Ou presque.

« C’est comme créer une œuvre cinématographique »

« Blynd mixe ce qu’on sait faire, le son, le doublage, avec ma passion de la bande dessinée », explique Tim Borne qui est le premier, à avoir eu l’idée de créer de la BD audio, sur le même principe que les livres audios. Le concept est aussi simple - « Que l’auditeur puisse voir la BD juste avec le son. » - que complexe - « Il faut retranscrire le dessin de chaque planche et ce qui est écrit dans les bulles par le son ».

Bref, « C’est comme créer une œuvre cinématographique en tant que telle, sans les images pour qu’elle soit accessible à tous, aux enfants, aux grands, aux déficients visuels, aux amateurs de BD ou non… », résume-t-il encore, alors qu’il cherche activement des licences (XIII, Largo Winch) et des éditeurs (Dupuis, Dargaud, les Humanoïdes associés) qui accepteraient de lui confier leurs histoires. « De simple prestataire, avec Blynd, on devient producteur », confie Tim Borne qui a lancé le projet, comme une start-up, il y a deux ans, avec deux associés, Fred Roux et Maryne Chouzenoux, également membres du studio Anatole.

Le pas est franchi : Blynd a déjà sorti plusieurs BD audios et son catalogue compte des adaptations de Carthago, Jazz Maynard ou encore Brooklyn 62nd. D’autres projets sont en cours. Parmi eux, il y en a un qui fait particulièrement briller les yeux de Tim Borne qui a décidé de s’attaquer à un bestseller du 9e Art : Lanfeust de Troy (12 millions d’albums vendus), d’après la série de Christophe Arleston et Didier Tarquin, éditée chez Soleil. Les moyens sont à la hauteur des ambitions.

C’est le scénariste, créateur de la série qui a travaillé en personne, à l’adaptation du script. Les rôles des personnages principaux ont été confiés à des comédiens de renom.

Gérard Darmon en narrateur

Les plus aguerris reconnaîtront Jacques Chambon, alias Merlin dans Kaamelott, Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carey, de Chandler (Friends) ou de Simba (Le Roi Lion), Daniel Reignoux, la voix française de Titeuf et Spiderman, Sarah Cornibert qui prête sa voix dans la série Black Miror, Frédéric Souterelle, entendu dans la version française de Game of Thrones ou encore Dorothée Pousséo, la voix de Mortelle Adèle… Quant au rôle du narrateur, c’est Gérard Darmon qui s’y colle. La musique est une composition originale.

Une application mobile à venir

En cours de mixage, l’œuvre de fiction sonore fait actuellement l’objet d’un financement participatif. Le succès est au rendez-vous : plus de 300 contributeurs, 26 000 euros récoltés et encore quinze jours pour participer. Avec 60 000 euros, le studio pourra adapter les huit tomes de la série, soit 24 épisodes, pour une durée totale d’écoute de 6 à 7 heures.

Quant à savoir où elle sera « écoutable », Blynd entend jouer les producteurs mais aussi les distributeurs. Refroidie par les expériences de plateformes existantes, très peu rémunératrices, l’équipe a décidé de lancer sa propre application mobile de diffusion. « J’y crois », dit-il.

L’adaptation sonore de Lanfeust de Troy sera terminée en septembre. Pour sa sortie, Tim Borde rêve d’une salle de cinéma où les spectateurs, confortablement installés dans leur fauteuil, auraient les yeux bandés, les oreilles en alerte. Histoire de vivre pleinement l’épopée… audio.

Tatiana VAZQUEZ

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