Lyon 4e Sur les terrains du FCCR, la nouvelle vie de Mohamed, jeune migrant de la Croix-Rousse

Mohamed, aux côtés du président du FCCR Laurent Guilhermet et de son partenaire entraîneur Alexandre. Photo Progrès /Yves LE-FLEM
Mohamed, aux côtés du président du FCCR Laurent Guilhermet et de son partenaire entraîneur Alexandre. Photo Progrès /Yves LE-FLEM

A 16 ans, après un périple long et douloureux, Mohamed, originaire de Côte d’Ivoire, réussit les premiers pas d’une intégration qu’il souhaite ardemment. Et le Football club croix-roussien qui lui a offert l’opportunité de devenir entraîneur adjoint, y est pour beaucoup.

« Aujourd’hui, je connais plein de gens. J’ai envie de rester ici. » Avec sa douceur qui le caractérise, Mohamed, jeune migrant de Côte-d’Ivoire, arrivé au squat de la Croix-Rousse en octobre 2018, l’affirme : Il a trouvé un environnement où il se sent bien, où l’avenir est enfin synonyme de promesses. Et «  le Football club croix-roussien (FCCR) y est pour beaucoup  », reconnaît-il.

A 16 ans, après un périple long et douloureux, le jeune homme, reconnu comme mineur isolé étranger, avance désormais avec assurance sur le chemin d’une intégration qu’il souhaite ardemment. Logé à l’hôtel par la Métropole, scolarisé au lycée Cuzin à Caluire, quatre demi-journées par semaine, entouré de bénévoles, il aimerait suivre ensuite une formation de soudeur et s’installer durablement à Lyon. Peut-être à la Croix-Rousse pour rester près du club qui l’a accueilli « comme une famille ».

C’était il y a presque un an. Lorsque les jeunes migrants étaient arrivés à la Croix-Rousse, le FCCR fidèle à ses valeurs, s’était déplacé au squat de l’ancien collège Maurice-Scève pour proposer à ceux qui le souhaitaient une activité au sein du club. L’idée, créer du lien entre les habitants de la Croix-Rousse et les mineurs isolés résidant dans l’établissement désaffecté. Laurent Guilhermet, le président du FCCR, explique : « Quand je suis arrivé au FCCR à l’âge de 10 ans, tous les garçons du vestiaire se connaissaient. J’étais en quelque sorte l’étranger. Dans un club sportif, le vestiaire est un lieu sacré, un formidable accélérateur d’intégration. Il n’y a pas de race, pas de religion, pas de condition sociale. Il existe une vraie camaraderie. »

« On s’est battu pour obtenir leurs papiers dans les pays d’origine »

Comme Mohamed, une trentaine d’entre eux a ainsi intégré en tant que joueurs des équipes de jeunes de 15 à 19 ans. Le responsable se souvient également des 5 à 6 mois de bataille administrative qui ont été nécessaires à l’enregistrement des licences. « On s’est battu pour obtenir leurs papiers dans les pays d’origine. La Métropole nous a ensuite facilité la tâche pour les attestations de domicile » se rappelle le président. Il dit aussi : « Une association, c’est avant tout du partage et de la solidarité. » C’était le sens du tournoi de foot solidaire organisé, en juin dernier, avec les migrants de la Croix-Rousse qui avait réuni des joueurs d’horizons divers autour des migrants du collège. Ce jour-là, les matches avaient brassé bien plus que les origines.

Ensuite, une nouvelle étape avait été franchie. Au début de l’année, certains jeunes avaient proposé leurs services comme bénévoles, pour renvoyer l’ascenseur. Mohamed en faisait partie. Depuis, il passe beaucoup de temps au stade des Chartreux, sur le terrain du Football club Croix-Roussien.

En duo avec Alexandre, un coach plus expérimenté, il entraîne désormais les enfants de 7 à 9 ans. Une activité qui le passionne et qui lui permet de faire de multiples rencontres. « Le retour des enfants comme des parents est très positif. Mohamed dégage une vraie gentillesse. Il est disponible et passionné », souligne le dirigeant qui aujourd’hui veut aller plus loin en lui proposant une formation d’éducateur de football entièrement prise en charge par le club.

Abidjan-Lyon : récit d’un long périple

Lorsque Mohamed raconte le périple qui l’a conduit à la Croix-Rousse en octobre 2018, la voix est détachée. Certains épisodes semblent pourtant plus douloureux à raconter. Dans ces moments-là, le regard est moins présent, comme s’il tentait de chasser quelques souvenirs.

« Mon père est décédé en 2015. C’est mon oncle qui m’a recueilli », commence-t-il. « La cohabitation avec mon oncle passait mal, je me suis retrouvé dans les rues d’Abidjan. Je dormais à la gare. Avec des copains, nous louions des brouettes pour aider les commerçants sur les marchés. Ça nous faisait quelques sous pour manger ».

Et puis le départ pour le Mali, où il n’a fait que passer. À partir de là, les dates sont un peu floues, on perd parfois le fil du témoignage. Secret, pudique, il ne se livre qu’à demi-mot. Ensuite, l’Algérie où il survit en transportant des briques sur les chantiers. Il ne se plaint pas. Tout juste ose-t-il un « c’était difficile ». Il rejoint après la Libye, se retrouve dans un camp, enfermé. Un passeur paie sa caution pour le faire libérer à condition qu’il travaille pour lui. Il devient berger et surveille ses moutons. Ce même passeur lui permet de rejoindre l’Italie, la Sicile puis Rome. Il intègre là une équipe de foot, des moments de plaisir et d’oubli. Du fait du racisme montant en Italie selon lui, il décide de venir en France. Il débarque à Grenoble puis gagne Lyon en train avec un ami.

De notre correspondant Yves LE-FLEM

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