Portrait Laurent de la Clergerie, initiales LDLC

Le patron la société lyonnaise de vente de matériel informatique, Laurent de La Clergerie le 11 septembre 2018 lors de la conférence de presse qui avait officialisé le contrat de naming entre LDLC et l’Asvel.  Photo Le Progrès /Joël PHILIPPON
Le patron la société lyonnaise de vente de matériel informatique, Laurent de La Clergerie le 11 septembre 2018 lors de la conférence de presse qui avait officialisé le contrat de naming entre LDLC et l’Asvel. Photo Le Progrès /Joël PHILIPPON

Personnage discret, le patron de LDLC affiche pourtant ses initiales devant le nom de l’Asvel basket depuis la signature d’un contrat de naming. Un investissement sur dix ans qui doit beaucoup à sa relation avec Tony Parker dont il admire l’esprit d’entreprise.

C’est un petit bureau pour un PDG pesant un demi-milliard de chiffre d’affaires. Des cartons traînent partout. Il a juste déballé le sabre laser sorti de ses labos de recherche-développement. Rien au mur, même pas un maillot de l’Asvel, pardon LDLC-Asvel devrait-on dire depuis la signature l’automne dernier d’un contrat de naming à un million d’euros par an sur dix ans. « Je viens de déménager. Avant j’avais plus d’espace, mais ça me suffit », explique Laurent de la Clergerie au siège de son groupe à Limonest à moitié planqué derrière ses quatre immenses écrans d’ordinateur.

La position cachée va bien au boss de la société lyonnaise de vente de matériel informatique. A 48 ans, il en fait dix de moins. Ce doit être ce rire qui ponctue chacune de ses phrases, ses cheveux en épis et son look à la Steve Jobs en jeans délavés et Nike noires. Du créateur d’Apple, il revendique sinon l’esthétique du moins une certaine éthique : « S’il m’a inspiré une chose, c’est qu’on ne s’habille que pour les autres. Être anonyme dans la rue me va très bien. Parfois j’ai honte quand j’apparais à côté de gens en costards. Mais je suis moi, je ne changerai pas. »

Vu de loin, il avait pourtant le profil de troisième loup de Lyon. Avec Jean-Michel Aulas et Olivier Ginon, il partage le parcours de self-made-man et le goût pour l’investissement dans l’un des fleurons du sport local. « Ça n’a rien à voir, balaye de la Clergerie. Ils sont propriétaires de leurs clubs. Moi, je ne suis pas actionnaire de l’Asvel, je n’en ai pas les moyens. Je ne les connais pas. Je n’aimerais pas être à leurs places. J’admire leurs carrières. Mais cette recherche d’image, je n’en ai pas besoin. »

« Avec Tony Parker, nous sommes des investisseurs dans l’âme »

Jusqu’à l’automne dernier, il avait bien réussi à rester M. nobody. Un exploit pour quelqu’un qui a donné ses initiales à sa boîte parce que son premier nom avait déjà été déposé. « Je n’avais pas prévu la suite », se marre-t-il. Encore moins de devenir le sponsor-titre du club dix-huit fois champion de France après six années de sponsoring maillot. « Tout ça, c’est la faute de la ligue (LNB) qui a interdit de sponsoriser le rond central du parquet pour y mettre le logo du club, raconte-t-il. Les gens de l’Asvel m’ont dit : “Laurent, il y a un moyen de contrer le truc si on devient LDLC-Asvel”. J’ai dit : “Non : LDLC, ce sont mes initiales. Mettre son nom devant l’Asvel, c’est un truc de grand mégalo”. On m’a fait remarquer que c’était surtout une marque. Mais ça me dérangeait franchement. »

Pas tant toutefois que la tempête qui a suivi à l’annonce de relooking du vert en noir et blanc. Pour faire passer la pilule, Tony Parker évoque les couleurs de LDLC. « Quand on est un club européen, le vert n’est pas une couleur qui fait rêver », ajoute de la Clergerie en dérapage incontrôlé… Il a failli en faire un ulcère : « Je l’ai mal vécu. D’un coup, tout le monde parlait de moi comme du méchant. Je me suis retrouvé au milieu alors que je n’y étais pour rien. Là-dessus, Jean-Paul Bret (maire de Villeurbanne) retourne sa veste alors qu’il avait dit qu’il s’en fichait (*)… J’ai dit à Tony : “J’ai un problème parce que je prends tout dans la tête alors que la décision n’est pas la mienne”. Ça m’emmerde un peu… Je n’avais pas mesuré que dans le sport, tout est démultiplié par dix. »

L’affaire n’a pas brouillé les deux hommes. Le boss de LDLC avait acheté sa place sur le maillot pour gagner en notoriété quand son installateur internet lui avait demandé : « LDLC ? Vous faites quoi ? » Plus fan de jeu vidéo que de Michael Jordan, cet amateur de squash s’est laissé convaincre par son ancien DG, Philippe Sauze. « J’ai découvert un sport famille, pas très cher et une histoire en train de s’écrire. »

Au-delà du maillot, c’est surtout un coup de cœur d’entrepreneurs entre le meneur star et celui qui regrette toujours un peu de ne pas avoir fait carrière en cuisine : « (Alain) Ducasse a de la chance : j’aurais été un sérieux adversaire », blague-t-il à moitié.

TP et LDLC ont matché dès leur premier face-à-face : « Il était presque aussi timide que moi. Je rencontrais une légende et lui le patron d’une grosse boîte. On était à égalité. Je suis allé le voir jouer, mais je ne connais presque pas le basketteur. Je connais mieux l’homme d’affaires qui ne laisse rien au hasard. Ce qui nous rapproche, c’est que nous sommes des investisseurs dans l’âme. » Ils ont mis quelques sous dans une start-up (pharmarket), failli investir ensemble dans le vin en canettes et planchent sur le e-sport et des connexions entre l’Academy Parker et l’école LDLC.

Et tant pis si personne ne dit LDLC-Asvel, même pas lui. D’ailleurs, le retour sur investissement ne l’intéresse pas vraiment. « LDLC, je sais faire : c’est tous les jours un peu pareil, regrette-t-il. Ce que j’aime, c’est participer, même à petite dose. A l’Asvel, je vois comment ça marche, je suis au courant des nouveaux joueurs… Je vis l’histoire par procuration. »

Surtout pas en pleine lumière.

(*) Jean-Paul Bret a tenu à réagir à ces propos : « J’ai toujours tenu à ce que des parements verts subsistent sur le maillot de l’Asvel. Il y a peut-être eu quiproquo dans la mesure où je n’ai jamais parlé du sujet directement avec Laurent de la Clergerie. »

Benjamin STEEN

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