Métropole de Lyon SOS Main : « Du moment où la lame est en direction de la main, on est en danger »

Jérôme Vogels est chirurgien orthopédiste et traumatologue au service SOS Main du Médipôle Lyon-Villeurbanne, ici en pleine opération.  Photo Progrès/Martin Grosjean
Jérôme Vogels est chirurgien orthopédiste et traumatologue au service SOS Main du Médipôle Lyon-Villeurbanne, ici en pleine opération.  Photo Progrès/Martin Grosjean
Jérôme Vogels est chirurgien orthopédiste et traumatologue au service SOS Main du Médipôle Lyon-Villeurbanne, ici en pleine opération.  Photo Progrès/Martin Grosjean

Jérôme Vogels est chirurgien orthopédiste et traumatologue au service SOS Main du Médipôle Lyon-Villeurbanne. Il fait partie d’une équipe spécialisée de 12 chirurgiens qui accueille en urgence 24h/24h, dans un circuit court et dédié, environ 5 000 patients par an. Comme chaque année à l’approche des fêtes, il s’attend à un pic de fréquentation.

Les fêtes de fin d’année représentent-elles toujours une période particulière dans votre spécialisation ?

« On a davantage de blessures au niveau des mains en cette période de l’année concernant les accidents domestiques. Ils sont souvent liés à la cuisine et à l’usage de couteaux. À l’approche du réveillon, les plaies dues à l’ouverture des huîtres sont également courantes. Il n’est pas rare d’intervenir suite à des coupures liées à des verres cassés, l’utilisation des cutters et ciseaux. On opère environ 15 plaies par jour au service d’urgence SOS Main du Médipôle, c’est un peu la surprise tous les jours. Environ 30 % de notre activité est liée aux accidents du travail, 30 % à des blessures liées à l’usage de couteaux et objets contondants, 15 % concernent les morsures et les 25 % restants viennent de sources multiples : tirs de mortiers, pétards, accidents de la route ou encore bagarres. »

Est-ce que vous pouvez quantifier cette hausse d’activité ?

« C’est de l’ordre de 20 %. Comme au printemps, le jardinage nous amène beaucoup de patients qui arrivent avec des plaies de tondeuses à gazon, de taille-haies… Pendant le confinement, on a eu une activité d’urgence qui s’est maintenue avec des gens qui ont bricolé à la maison, cuisiné et se sont fait mal. L’activité SOS Main tourne toute l’année, c’est un peu comme les accouchements, on ne s’arrête jamais ».

« Le noyau d’avocat qui fait riper le couteau, la tranche de viande surgelée qu’on essaie de décoincer »

Quels conseils pouvez-vous donner afin d’éviter l’accident ?

« Parmi les accidents domestiques fréquents, on retrouve le noyau d’avocat qui fait riper le couteau ou la tranche de viande surgelée qu’on essaie de décoincer. Du moment où la lame est en direction de la main, on est en danger. Il faut être concentré et prendre son temps. En ce qui concerne les mortiers, les feux d’artifice et les pétards, il ne faut jamais garder l’objet en main jusqu’au dernier moment. »

Le phénomène des mortiers d’artifice impacte-t-il votre travail ?

« On sait que la nuit du 31, on risque d’avoir des appels. On constate une augmentation de plaies par pétards et mortiers d’artifice. Mais ce n’est pas notre activité prédominante sur les 5 000 urgences que l’on traite par an. Si on avait que cela se serait terrible avec des interventions longues. Si c’est un bout de doigt, cela se reconstruit. Mais quand ça explose à l’intérieur de la main, cela cause plus de dégâts. Tous les éléments nobles se trouvent dans la paume de la main : nerfs, tendons et artères.

« Notre préoccupation principale est toujours d’éviter l’amputation »

Pouvez-vous aller jusqu’à l’amputation ?

« Oui. Notre préoccupation principale est toujours de l’éviter. On est formé pour reconstruire les membres lésés, que cela soit de la plaie simple à la plus complexe. Dans les cas les plus graves, ce sont des plaies que l’on peut retrouver sur les champs de bataille. Quand le patient arrive, notre objectif est de garder un maximum de tissus pour reconstruire la main. Quand il en manque énormément, on peut être amené à amputer. C’est un geste que l’on doit au préalable expliquer aux patients. »

Pensez-vous qu’il est important de consulter ?

« Les gens pensent souvent qu’aller aux urgences va leur prendre des heures pour une bêtise au niveau de la main. Ils se disent qu’il y a plus grave et ne veulent pas encombrer les urgences. À SOS Main, nous sommes des spécialistes. Si on ne s’en occupe pas tout de suite d’une blessure, il peut avoir des conséquences, comme des infections. Il peut aussi avoir des plaies à l’intérieur avec des nerfs ou tendons touchés qui laissent des séquelles. Nous disposons d’un circuit court. Dans tous les SOS main de France, il y a du personnel dédié et spécialisée 24h/24h. C’est un service public labellisé, sans honoraires supplémentaires à payer. Dans la Métropole de Lyon, il existe deux SOS Main : Médipôle Lyon-Villeurbanne et le Centre hospitalier Edouard-Herriot. »

Propos recueillis par Damien LEPETITGALAND

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