Procès du 13-Novembre "Je parlais à un mur" : le désarroi du père d'un kamikaze des attentats de Bruxelles

Najim Laachraoui est mort en participant aux attentats du 22 mars  Bruxelles, qui ont fait 32 morts. DR
Najim Laachraoui est mort en participant aux attentats du 22 mars Bruxelles, qui ont fait 32 morts. DR

Driss Lachraoui est venu témoigner mardi à la barre du procès des attentats du 13-Novembre, dont sont fils Najim fut l'un des artificiers.

« C’était un bon enfant, brillant à l’école. »

Comme le père de Samy Amimour, kamikaze du Bataclan, vendredi dernier, Driss Laachraoui, 64 ans, est venu mardi à la barre du procès des attentats du 13-Novembre raconter son désarroi face à la radicalisation de son fils Najim, qui s’est fait exploser lors des attaques de Bruxelles le 22 mars 2016. Avant cela, le terroriste né en 1991 au Maroc avait participé à la fabrication de plusieurs gilets explosifs utilisés par les commandos de Paris et Saint-Denis.

Ce chauffeur de taxi bruxellois à la retraite le répète : son fils a été selon lui « endoctriné ». « Par qui ? Je sais pas », ajoute-t-il, tout en s'interrogeant sur une mosquée de Molenbeek : « J’ai des doutes, mais pas de preuve. »

«J’ai essayé de le retenir»

Les relations père-fils ont rapidement pâti de cette radicalisation : « On n’était pas en bons termes lui et moi quand j’ai constaté que son niveau à l’école a commencé à baisser. » Najim Laachraoui est alors dans l’équivalent belge de la Terminale et contrairement à d’autres futurs djihadistes, il parle ouvertement de ses projets de départs en Syrie auprès de ses parents : « J’ai essayé de le retenir. Je lui ai dit ‘Mais à quoi ça sert ? Tu es jeune, tu vas faire tes études’, explique six ans plus tard son père. Mais il ne voulait rien savoir. Je parlais à un mur. »

C’est à 21 ans à peine que le jeune homme de Schaerbeek partira pour la Syrie, en février 2013, « pour combattre Bachar El Assad, pense son père. Ce qui s’est passé après, je ne sais pas. »

Enrôlé par Daech, il ne donnera des nouvelles à ses parents qu’épisodiquement : « Une fois, il a dit qu’il était en train de surveiller une caserne », raconte son père, qui se doute bien que Najim a participé à des combats : « C’était pas pour jouer, c’était pour faire la guerre », dit-il.

L’enquête a déterminé qu’au sein de l’Etat islamique, Najim Laachraoui a participé à la détention d’otages occidentaux, dont certains ont été torturés, voire exécutés. Reparti clandestinement en Europe en septembre 2015 pour préparer les attentats de Paris et Bruxelles, il a séjourné en Belgique, dans des planques, jusqu’à sa mort en mars 2016, mais sans jamais recontacter ses parents.

«Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?»

Comme les autres pères qui ont déposé avant lui, Driss Laachraoui est sommé par des avocats de parties civiles de se justifier sur l’éducation donnée à son fils, et l’impossibilité d’endiguer sa radicalisation, notamment via des vidéos de propagande de Daech sur internet. Le sexagénaire résume son désarroi en un exemple : « Je coupais le wifi, mais comme il a des frères, je ne pouvais pas couper éternellement. Et même si je coupais, il le trouvait ailleurs… »

Acculé, Driss Laachraoui finit par lâcher, à la question de savoir ce que ces événements ont changé. « Ça change tout. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? C’est catastrophique. »

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Au palais de justice de Paris, Aurélien POIVRET

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