Lyon Florence Aubenas invitée des Quais du Polar : "J’adore mon métier"

Florence Aubenas faisait partie des invités du Festival Quai du Polar. Le temps d’une balade sur la Saône, elle a déroulé le fil de son enquête et de son dernier livre L’inconnu de la poste, qui raconte l’histoire du crime de la postière de Montréal-la-Cluse, dans l’Ain. Sans livrer le nom du coupable, bien sûr !  Photo Progrès /Muriel FLORIN
Florence Aubenas faisait partie des invités du Festival Quai du Polar. Le temps d’une balade sur la Saône, elle a déroulé le fil de son enquête et de son dernier livre L’inconnu de la poste, qui raconte l’histoire du crime de la postière de Montréal-la-Cluse, dans l’Ain. Sans livrer le nom du coupable, bien sûr ! Photo Progrès /Muriel FLORIN

Florence Aubenas faisait partie des invités du Festival Quais du Polar à Lyon, où elle a dédicacé ses ouvrages et animé deux rencontres. L’occasion de parler de son métier de journaliste.

Vous êtes grand reporter au Monde, libre de publier des sujets que vous choisissez la plupart du temps. C’est un statut particulier de journaliste…

Bien sûr, j’ai conscience d’être très privilégiée en tant que grand reporter, dans une grande rédaction telle que Le Monde , forte de 400 journalistes, de gens de grand talent. Je gagne 4 000 euros par mois. J’ai de la liberté, oui, mais elle est relative, avec les contraintes liées à l’actualité. L’an prochain, par exemple, je devrai couvrir les présidentielles. C’est un métier avec un jeu de contraintes et de libertés qui me convient.

Vous n’aviez pas prévu de devenir journaliste. Vous avez commencé par le secrétariat de rédaction, puis, à votre premier reportage, vous dites vous-même que « vous avez vu la Vierge ». Bref, vous aviez trouvé votre métier. Quand vous regardez en arrière, c’est parfait ?

Je ne regarde pas vraiment en arrière. Je n’ai pas une grande capacité d’introspection. Mon parcours est celui de la plupart des gens, dans différents secteurs. Il y a une part de chance, une part de travail… J’adore toujours mon métier. De façon générale, je pense que c’est un vrai privilège de faire ce qu’on aime, quel que soit le métier.

L’épisode de la détention, en Irak, a-t-il changé votre façon de travailler ou de vivre ? Réfléchissiez-vous alors à la suite, au moment où vous recommenceriez à écrire ?

Pour moi, il n’y a pas d’avant-après. D’abord, quand vous partez en Irak, que vous savez qu’il y a des personnes détenues, des otages, vous prenez des risques connus. C’est comme un maçon qui peut tomber de l’échafaudage, ou un chauffeur routier qui sait qu’il a davantage de risques d’avoir un accident. Par ailleurs, lorsque j’étais détenue, je ne savais pas si je serai en vie le lendemain… Alors ce n’était pas du tout le moment de faire un plan de carrière.

Vous venez d’écrire un livre sur le meurtre d’une postière dans l’Ain. Le fait divers vous passionne ?

J’ai traité beaucoup de faits divers. Ils ont leur place. Mais je m’intéresse à beaucoup de sujets. Je n’ai pas de spécialité. J’aime le fait divers, le social… J’aime l’aventure et ce qu’elle entraîne…

Mais qu’est-ce qui déclenche l’envie d’écrire sur un sujet ?

Le sujet !

Les médias oublient-ils de traiter certains sujets ?

Toutes les sociétés ont leurs angles morts. Des problématiques telles que l’inceste, le sexisme ou les féminicides surgissent aujourd’hui mais tout cela existe depuis longtemps, sans avoir été traité en profondeur.

Vos reportages donnent la parole à des personnes qui n’ont pas l’habitude d’être interviewées. Pourquoi ?

Pour moi, la France, ça n’a jamais été Paris. Je déteste l’expression « la France d’en bas » ou « les invisibles ». Cette expression en dit plus long sur ceux qui ne les voient pas, que sur ces soi-disant invisibles. On les voit, il suffit de regarder. Mais on leur tend rarement un miroir. J’aime rencontrer des gens qui n’ont pas l’habitude des médias, à qui on ne propose pas souvent de s’exprimer.

Il y a une quinzaine d’années, vous avez écrit « La fabrication de l’information » avec le philosophe Miguel Benasayag. C’est un livre très critique pour notre profession…

Ceux qui sont très critiques sur leur métier sont aussi ceux qui l’aiment beaucoup !

À Quais du Polar, vous avez évoqué un ami reporter, qui s’est un jour rendu compte qu’il n’avait plus envie d’assembler les mots, un peu comme on renonce à recoller une porcelaine cassée. Il n’avait plus envie de faire son métier. Vous partagez cette angoisse ?

J’adore mon métier et je n’ai pas du tout envie de l’abandonner.

Propos recueillis par Muriel FLORIN

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