Lyon Covid-19 : la Légion d’honneur pour le Dr Bojaruniec, un an après son décès

Le Dr Rémy Bojaruniec.  Photo Progrès /DR
Le Dr Rémy Bojaruniec.  Photo Progrès /DR

Ce médecin généraliste, installé dans le 9e arrondissement de Lyon, était mort le 16 mai 2020 après avoir contracté le Covid-19 dans l’exercice de ses fonctions.

Il n’avait pas appelé le Samu, « pour ne pas prendre la place de quelqu’un d’autre »

Médecin généraliste, installé dans le 9e arrondissement de Lyon depuis une vingtaine d’années, Rémy Bojaruniec avait maintenu ses consultations en présentiel malgré le confinement. Il avait ressenti les premiers symptômes du Covid-19 le 20 mars. Quand son état s’est dégradé, il n’avait pas appelé le Samu, « pour ne pas prendre la place de quelqu’un d’autre. C’est ma tante qui a compris qu’il fallait absolument l’hospitaliser », nous avait raconté son fils Louis, 29 ans, qui habite Annecy. Hospitalisé le 3 avril, Rémy Bojaruniec avait été transféré et intubé quelques jours plus tard dans le service de réanimation de l’hôpital de la Croix-Rousse où il est décédé six semaines plus tard.

Malade deux jours après avoir reçu des masques

Rémy Bojaruniec était tombé malade deux jours après avoir reçu sa première dotation en masques…

Rémy Bojaruniec ne figurait pas parmi les 40 professionnels décorés à titre posthume dans la promotion exceptionnelle de la Légion d’honneur du 1er janvier 2021 dédiée aux personnes engagées dans la lutte contre le Covid-19. Ni l’Ordre des médecins ni aucune autre instance professionnelle n’avaient donné son nom à l’Agence régionale de santé lorsque celle-ci a répertorié les acteurs régionaux de cette lutte.

Au Journal Officiel du 19 mars

L’oubli a depuis été réparé et la demande transmise par l’ARS a été acceptée par le ministère de la Santé. Rémy Bojaruniec a reçu les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur aux côtés de 13 autres soignants décédés du Covid-19, sans doute d’autres oubliés du 1re janvier. Le décret entérinant ces nominations est paru au Journal Officiel du 19 mars. Là aussi, en toute discrétion, entre les promotions du 1er janvier et du 14 juillet.

« Il acceptait tout le monde »

Qu’importe pour Louis Bojaruniec, qui a reçu il y a seulement quelques jours le courrier l’informant de la distinction. « J’y tenais beaucoup. C’est un peu la moindre de choses. Mon père était passionné par son travail, hyper-rigoureux. Il est décédé dans ses fonctions. C’est très symbolique et cela le représente bien. Il avait une grande ouverture d’esprit vis-à-vis des autres, des religions, des traitements. Il avait une importante patientèle maghrébine qui était refusée dans les trois quarts des cabinets. Lui acceptait tout le monde. Nous avons reçu une cinquantaine de lettres de patients avec des messages très touchants. Une dame nous a même demandé un effet personnel », raconte son fils.

« Dévoué à la médecine »

Sa sœur, Ophélie, éprouve un sentiment plus « mitigé » vis-à-vis de cette décoration. « D‘un côté, cela pourrait être une sorte de reconnaissance de son engagement pour la médecine mais malheureusement, concernant le Covid-19, il n’a tout simplement pas eu de choix à faire. Et c’est bien ça le problème. Mais, il était dévoué à la médecine, mettait sa sensibilité à son service, avait une bonne intuition clinique et la confiance de ses patients qui parfois avaient une culture différente de la sienne, souligne la jeune femme. Je pense que c’est ce que cette médaille représente pour moi finalement : une carrière et non une fin de carrière qu’il n’a malheureusement pas choisie. »

Sylvie MONTARON

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