LYON Fanny Dubot : « Nous allons dire à KFC que nous ne voulons pas d’eux à la Guillotière »

KFC étudie l’opportunité d’une implantation à la place de ce magasin de robe de mariées, face au McDonald’s de la place Gabriel-Péri . Photo Progrès /Clémence OUTTERYCK
KFC étudie l’opportunité d’une implantation à la place de ce magasin de robe de mariées, face au McDonald’s de la place Gabriel-Péri . Photo Progrès /Clémence OUTTERYCK

Le géant du fast-food KFC envisage de s’implanter à cours Gambetta, à deux pas du McDonald’s de la place Gabriel-Péri. Un projet dont la mairie de Lyon 7 e ne voit pas d’un bon œil. Entretien croisé avec Camille Augey, adjointe en charge de l’emploi et de l’économie durable et la  maire du 7e, Fanny Dubot.

Où en est-on du projet de l’implantation d’un KFC à la Guillotière ?

Camille Augey  : « Il y a eu la signature d’un compromis de vente, réalisée il y a quelques semaines. On n’en connaît ni le montant, ni la date. Il y a eu des déclarations préalables de travaux, pour refaire la devanture. Différentes rencontres ont eu lieu mais aujourd’hui, c’est encore en cours d’instruction d’un point de vue technique.

Il faut notamment un accord de la copropriété à la majorité pour installer une gaine d’extraction afin que le projet soit possible. Une AG extraordinaire se réunira en juin pour voter la mise en place ou non de cette gaine. »

Si la copropriété vote contre, il n’y aura donc pas de KFC…

Fanny Dubot  : « Sans gaine d’extraction, KFC ne peut pas faire son activité de restauration rapide et se retirera probablement du projet. Des échos disent que la majorité des copropriétaires seraient contre. Mais on ne peut pas compter que là-dessus. »

C.A  : « Dans le contrat, ce qu’on suppose, ce serait l’apparition de clauses suspensives. Par exemple, l’annulation du contrat, s’il n’y a pas d’accord avec la mairie de Lyon. »

Avez-vous votre mot à dire sur cette implantation ?

F.D  : « Nous n’avons pas de levier technique mais la mairie va aller voir le propriétaire qui veut vendre à tout prix son fonds de commerce. Il en a tout à fait le droit, mais on peut lui dire l’orientation souhaitée par la municipalité tout en l’aidant dans ses démarches. Nous souhaitons donner des perspectives pour cette place autre que celles d’aujourd’hui. »

 Fanny Dubot et Camille Augey sont contre l’arrivée d’un KFC vers la place Gabriel-Péri.   Photo Progrès /Bolat KUTLU
Fanny Dubot et Camille Augey sont contre l’arrivée d’un KFC vers la place Gabriel-Péri.   Photo Progrès /Bolat KUTLU
Allez-vous aussi discuter avec KFC ?

F.D  : « Nous allons dire à KFC que nous ne voulons pas d’eux à la Guillotière. Nous leur ferons part de notre orientation. Notre but premier est qu’ils ne s’implantent pas ici. »

Pourquoi ne pas utiliser votre droit de préemption sur ce local pour empêcher l’installation du KFC ?

F.D  : « Le compromis de vente a été signé avant l’activation (1). Donc a priori, on ne pourra pas l’utiliser. Si c’était possible, on l’aurait bien sûr étudié. »

C.A  : «  Voté au conseil municipal de mars , ce droit de préemption sera véritablement activé autour de la mi-mai. Nous ne savons pas combien de commerces seraient concernés. Si les montants se cèdent à 200 000 € ou à 50 000 €, on prendra en compte plusieurs paramètres. »

Comment réagissez-vous par rapport au mécontentement des habitants de la Guillotière avec cette possible implantation ?

F.D  : « Des riverains nous ont écrit et sont inquiets. Cela s’inscrit dans un contexte local autour de la place Gabriel-Péri , qui nous occupe à la mairie du 7e. Lors des ateliers menés avec les habitants autour de l’avenir de la place du Pont, on a senti une volonté de diversité commerciale. »

KFC ne permettrait pas cette diversité ?

F.D  : « Non sur cette place, on ne répond pas du tout à ces enjeux de diversité et le KFC n’en apportera pas davantage. Il y a un McDonald’s en face et de nombreux kebabs. En tout, 17 fast-foods dans un rayon de 150 mètres : c’est deux fois plus que la moyenne de la ville. Par ailleurs, cette arrivée engendrerait un trafic important et du déchet. »

Quel fonds de commerce manque-t-il pour apporter cette variété ?

F.D  : « Nous ne savons pas s’il y a des manques. Mais on sait qu’il y a différents commerces en nombre suffisamment importants dont les fast-foods, les magasins téléphoniques et de cigarettes électroniques. Les critères que nous regarderons, ce sont les besoins du quartier avec une accessibilité à tous car c’est un quartier populaire. Par exemple, il peut y avoir des épiceries, un bureau de tabac qui fait de la presse ou ce genre de choses. Rien d’extraordinaire mais on s’adaptera en fonction des besoins de la place. »

L’implantation d’un KFC ne pourrait-elle pas être malgré tout intéressante en termes d’emploi  ?

C.A  : « N’importe quelle enseigne peut apporter de l’emploi, le commerce en amène forcément. Nous préférons des enseignes indépendantes ancrées sur leur écosystème local que des multinationales avec des chaînes d’approvisionnement énormes, et pas forcément respectueuses des problématiques environnementales. »

1- Lors du dernier conseil, la municipalité a voté un périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité sur le secteur Guillotière-Péri. Il s’agit principalement pour la mairie d’exercer un droit de préemption lors de la cession des fonds artisanaux, de commerce ou de baux commerciaux.

Propos recueillis par Bolat KUTLU

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