Lyon 9e Le projet immobilier qui pourrait priver la maison solaire de lumière

Isabelle et Bruno Guédel luttent contre le permis de construire qui privera de soleil leur maison bioclimatique.  Photo Progrès /Clémence OUTTERYCK
Isabelle et Bruno Guédel luttent contre le permis de construire qui privera de soleil leur maison bioclimatique.  Photo Progrès /Clémence OUTTERYCK

Bruno et Isabelle Guédel luttent contre la construction d’un immeuble au sud de leur maison bioclimatique, conçue autour de l’énergie solaire par les architectes Jourda et Perraudin. Le permis de construire sera de nouveau étudié le 9 mars par le tribunal administratif, dont le premier jugement en faveur du couple a été cassé par le Conseil d’État.

Ils se battent pour ne pas vivre dans l’ombre. Bruno et Isabelle Guédel luttent depuis 2017 contre un permis de construire autorisant la Cogedim à ériger un immeuble au bout de leur jardin, situé au 17, rue du Docteur-Horand (9e). Après un jugement en leur faveur en première instance annulé par le conseil d’État (voir par ailleurs), l’affaire qui les oppose au promoteur et à la ville de Lyon sera de nouveau étudiée par le tribunal administratif le 9 mars.

En soi, le développement du quartier Valmy dans lequel ils habitent depuis 1990, où Bruno a enseigné les arts plastiques et vu grandir des générations, ne leur pose aucun problème. Lorsque l’urbanisme prévoit de les « plonger dans la nuit », la problématique est tout autre.

Conçue à partir de l’énergie solaire en 1987 par les emblématiques architectes Françoise-Hélène Jourda et Gilles Perraudin, la maison que Bruno et Isabelle Guédel ont acquise en 1998 est autonome à 35 %. Construite plein Sud, le soleil pénètre chaque jour de l’année par les 52 m² de baie vitrée que surplombent 330 m² de bâche. Un système de chauffage écologique unique, prototype des bâtiments à énergie passive chers au couple d’architectes qui imaginera par la suite la Cité scolaire Internationale, l’école d’architecture de Vaulx-en-Velin ou la station de métro Parilly.

Désormais à la retraite, Bruno et Isabelle Guédel imaginaient profiter de cet espace privilégié. Une quiétude menacée par le projet d’un immeuble de six étages au bout de leur jardin qui les plongerait non seulement dans l’obscurité, passant à une autonomie de 20 %, mais qui prévoit également fenêtres et terrasses en contre-plongée sur le terrain du couple et l’ensemble de leur intérieur. « Notre maison deviendrait une vitrine géante », imagine Isabelle.

« Je suis prêt à faire une grève de la faim si on perdait »

Le couple, qui n’exclut pas de se séparer de la maison, se sent piégé. Si le projet devait aboutir, leur propriété deviendrait invendable. Resterait comme option celle, imaginée lors de la construction, d’un déplacement de la structure, imaginée sans béton de manière à être entièrement démontable afin de « libérer le terrain pour les générations à venir ». Une opération initialement interdite par la Ville de Lyon via un « sursis à statuer », devant empêcher le dépôt d’un permis de démolir nécessaire au démontage. La décision est rejetée en avril 2019, la municipalité n’a pas déposé de recours. Le projet de classer la maison comme « élément bâti patrimonial » dans le PLU-H de 2019 est également abandonné. « En théorie, ils pourraient juridiquement démonter la maison », explique l’avocat du couple Me Nicolas Combaret. Mais sans parler du coût, trouver un terrain à l’ensoleillement identique relèverait d’une mission, sinon impossible, bien difficile.

« Ils considèrent la maison remarquable et tuent tout son caractère exceptionnel, c’est une position très contradictoire », regrette Bruno qui n’hésitera pas à employer les grands moyens si leur recours venait à échouer. « On aura l’air d’Apaches dans une réserve. Je suis prêt à faire une grève de la faim si on perdait. »

Clémence OUTTERYCK

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