Villeurbanne Ahmed Ziani veut toujours croire à son Renoir à 700 €

Ahmed Ziani et cette « Soirée d’été » qui pourrait être signée Renoir. Photo Maxime JEGAT
Ahmed Ziani et cette « Soirée d’été » qui pourrait être signée Renoir. Photo Maxime JEGAT

Sept ans après, le chineur de Villeurbanne n’en démord pas, c’est bien une œuvre de jeunesse d’Auguste Renoir qu’il a achetée sur Le Bon Coin. « Je suis sur le point de le démontrer », promet-il.

C’est un conte de fée. À l’origine, une habitante d’un petit village alsacien en promenade à Strasbourg, émerveillée par un tableau dans la vitrine d’un antiquaire. Sur un coup de tête, elle l’achète 1 000 euros. Mais une fois rentrée chez elle, la dame de 65 ans se rend compte que le tableau est trop grand pour son logement : 96 cm de large pour 76 cm de haut.

Au grenier durant des années

Elle le remise au grenier, pendant des années, avant de proposer à la vente sur Le Bon Coin. C’est un Villeurbannais, passionné de brocante et d’histoire de l’art qui l’achète, pour 700 euros, le 1er mai 2014. Toute la famille admire l’achat, et le jeune fils d’Ahmed Ziani fait observer à son père un détail : dans les herbes du paysage, on dirait bien la signature A. Renoir, accompagnée de la date 1864.

L’expert qui dit non

Le cœur du chineur fait un bond, et il va en faire plusieurs au fil de ces années. Tout d’abord parce qu’une société d’expertise, Lumière Technology étudie le tableau à la lumière de ses lasers et offre un avis sans appel : Non, ce n’est pas un Renoir. La fameuse signature n’apparaît pas et le style ne correspond pas à celui du maître.

Il en faut plus pour arrêter Ahmed Ziani, qui épuise ses économies au fil de son enquête. Une graphologue girondine est mandatée pour étudier l’œuvre. Et elle redonne de l’espoir au Villeurbannais. « Les observations approfondies dévoilent le monogramme “A. R.” apposé au niveau de l’herbe. Ses signatures – ou monogrammes – sont multiples et se confondent parfois avec l’œuvre, et peu importe son emplacement sur le tableau : il pouvait signer en bas à gauche, en bas à droite, en haut à gauche, etc. », explique Liliane Poul, graphologue.

Celui qui dit oui

A Montceau-les-Mines, un autre passionné d’art, Ali Zenasni passe le premier confinement à étudier un détail de l’œuvre de Renoir : sa façon de signer et de cacher ses monogrammes dans ses œuvres. « C’est une preuve de plus de la technique incroyable de Renoir, il réussit à intégrer son nom ou ses initiales dans le corps même de son œuvre » explique Ali Zenasni. « C’est vraiment une nouvelle façon d’authentifier les œuvres de Renoir, d’ailleurs je l’ai déposée, pour la protéger au niveau juridique », explique ce vendeur de tableaux. De nombreux musées se sont intéressés à la découverte, et ont trouvé des paraphes inconnus dans certaines œuvres. Quant à l’avis d’Ali Zenasni sur le tableau d’Ahmed Ziani, il est nuancé: «je pense que c’est un Renoir. Mais je n'ai vu que des photos faites avec un téléphone, il faudrait que j'observe le tableau pour être vraiment affirmatif ».

Les initiales A.R. se fondent dans l’œuvre du peintre. Photo DR
Les initiales A.R. se fondent dans l’œuvre du peintre. Photo DR

« Après, j’irai à la pêche »

En attendant, le tableau reste dans son coffre à la banque. Les avocats du chineur villeurbannais ont mandaté d’autres experts pour valider la théorie. « On est sur le point de gagner », affirme Ahmed Ziani. Et que fera-t-il s’il gagne ? « Il y a plusieurs maisons d’enchères très célèbres qui se sont déclarées prêtes à le vendre. Si ça se fait, j’achète une maison au bord de la mer et je vais à la pêche ! »

T. M.

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?