Lyon Fatima et sa maraude, une deuxième famille pour les sans-abri

Comme chaque samedi, Fatima, fondatrice de l'association Mamaraude, embarque sa famille pour distribuer à manger auprès des sans-abri. Au menu: couscous et crêpes maison ! Photo Lou VINCENT
Comme chaque samedi, Fatima, fondatrice de l'association Mamaraude, embarque sa famille pour distribuer à manger auprès des sans-abri. Au menu: couscous et crêpes maison ! Photo Lou VINCENT

Deux fois par semaine, Fatima et son association Mamaraude apportent des plats chauds et faits maison à des sans-abri, de Bellecour à Hôtel de Ville. Au fur et à mesure, une vraie relation de confiance et d’échanges s’est nouée entre eux. Elle est «la Mama qui rode », comme l’ont surnommée ces hommes et ces femmes à la rue.

Il est 17 heures quand Jamal se gare en face du Monop’, place Bellecour. Le compteur affiche -2°. Comme chaque samedi, avec sa femme, Fatima, présidente de l’association Mamaraude, ils vont apporter « de la chaleur au corps et au cœur toute la soirée ». Sans-abri, bénéficiaires du RSA, étudiants : tous peuvent venir se servir en couscous, crêpes, café et chocolat. « Tout est fait maison ! On récupère des invendus auprès de la banque alimentaire, de Naturalia et j’accorde une grande importance à ce qu’ils mangent bon et chaud », confie Fatima, mère de trois garçons et assistante maternelle dans le 7e   arrondissement. La fondatrice de Mamaraude – contraction de la « Mama qui rode », nom trouvé par les personnes à la rue, est sur tous les fronts et entraîne avec elle toute sa famille. « Tout le monde met la main à la pâte ! », rigole Dalila, sa belle-sœur, présente avec sa fille.

« Elle apprend à nous connaître, a des petites attentions pour chacun »

Installé place Bellecour, le petit groupe de bénévoles déploie tables, glacières, marmites et caddys… aidés par les sans-abri eux-mêmes. « Je suis la maraude de Fatima depuis le début (ndlr : six mois). Elle est incroyable, elle apprend à nous connaître, prend des nouvelles de tout le monde et a des petites attentions pour chacun… En plus ils font ça en famille, c’est comme une deuxième maman », raconte Dams, 25 ans, sans-abri depuis près de dix ans. Très touché, il se confie sur sa vie dans le froid et l’insécurité. Relogé depuis vendredi soir dans un hôtel à Dardilly avec ses deux chiens, il affirme « ne pas prendre plus de trois jours de nourriture à la fois car à l’hôtel il n’y a pas de frigo et je ne veux pas gaspiller ». Fatima a remarqué elle aussi cette « solidarité de la rue » : « Quand je leur propose de les resservir, ils me disent d’abord de finir la maraude et s’il en reste de revenir vers eux. Ils se partagent les invendus entre eux aussi ».

 Fatima a commencé les maraudes avec son association il y a près de six mois. Une quarantaine de repas chauds et faits maison sont distribués tous les samedis entre Bellecour et Hôtel de ville aux sans-abri, mais aussi à des bénéficiaires du RSA et des étudiants. Photo Lou VINCENT
Fatima a commencé les maraudes avec son association il y a près de six mois. Une quarantaine de repas chauds et faits maison sont distribués tous les samedis entre Bellecour et Hôtel de ville aux sans-abri, mais aussi à des bénéficiaires du RSA et des étudiants. Photo Lou VINCENT
 «Tout est fait maison ! Ce sont comme mes enfants donc je veux qu’ils mangent bon et chaud surtout», confie cette mère de trois garçons et assitante maternelle.   Photo /Lou VINCENT
«Tout est fait maison ! Ce sont comme mes enfants donc je veux qu’ils mangent bon et chaud surtout», confie cette mère de trois garçons et assitante maternelle.   Photo /Lou VINCENT
 « Fatima c’est comme ma deuxième maman», confie Dams. Ce n’est pas une simple maraude: chacun se tutoie, prend des nouvelles et échange lors de ce moment, qui malgrè le froid, est plein de chaleur. Photo Lou VINCENT
« Fatima c’est comme ma deuxième maman», confie Dams. Ce n’est pas une simple maraude: chacun se tutoie, prend des nouvelles et échange lors de ce moment, qui malgrè le froid, est plein de chaleur. Photo Lou VINCENT
 Fatima a commencé les maraudes avec son association il y a près de six mois. Une quarantaine de repas chauds et faits maison sont distribués tous les samedis entre Bellecour et Hôtel de ville aux sans-abri, mais aussi à des bénéficiaires du RSA et des étudiants. Photo Lou VINCENT  «Tout est fait maison ! Ce sont comme mes enfants donc je veux qu’ils mangent bon et chaud surtout», confie cette mère de trois garçons et assitante maternelle.   Photo /Lou VINCENT  « Fatima c’est comme ma deuxième maman», confie Dams. Ce n’est pas une simple maraude: chacun se tutoie, prend des nouvelles et échange lors de ce moment, qui malgrè le froid, est plein de chaleur. Photo Lou VINCENT

« Ce n’est pas qu’une histoire de nourriture, c’est un véritable échange »

Présente tous les mercredis et les samedis, la Mama connaît les prénoms de toutes les personnes qui viennent se restaurer, toutes leurs histoires et ce dont ils ont besoin. Pour Dams par exemple, son péché mignon : les produits sucrés et la viande rouge, qu’elle réserve chaque semaine pour lui. D’une semaine à l’autre, elle leur apporte des duvets, des vêtements et même des casseroles et plaques électriques s’ils sont relogés. Une cagnotte Leetchi a d’ailleurs été ouverte pour acheter ce qui leur manque. « Ce n’est pas qu’une histoire de nourriture, c’est un véritable échange, insiste-t-elle. Je ne leur impose rien, et on veut garder cet esprit familial où on prend le temps pour eux ».

Rien que sur la place Bellecour, 1 h 30 est déjà passée et près de 40 repas ont été donnés. Des numéros de portable aussi ont été échangés : « Au cas où ils ont besoin d’aides… Hier soir, on a déposé un couple à la rue à un hôtel qui leur avait été attribué, normalement c’est au SAMU de les amener, comment ils auraient fait sans nous ? », lâche Jamal. C’est finalement le même scénario ce soir : pendant que Fatima continue la distribution jusqu’à l’hôtel de ville, Jamal ramène en voiture Dams et ses chiens à sa chambre d’hôtel. « Ce sont comme mes enfants », souffle-t-elle.

Compte Instagram : Mamaraude. Cagnotte Leetchi : Mamaraude.

Mamaraude, à la recherche d’un local à Lyon

L’association est à la recherche d’un local, équipé d’une cuisine, à Lyon « car chez moi ça devient de plus en plus compliqué pour cuisiner en grande quantité, et entreposer tout ce que nous ramenons », confie Fatima, habitante du 7e arrondissement. Ce local leur permettrait d’accueillir d’autres bénévoles. Non sans cacher sa fatigue, elle avoue avoir demandé de l’aide à deux cuisinières « mais attention, je vérifie bien que cela soit bon », rigole-t-elle.

L. V.

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