Covid-19 «Je suis comme vous, blasé et épuisé»: le cri du cœur d’un médecin lyonnais

« Un message du cœur. » Romain Mouchel insiste, il s’est exprimé à titre personnel : « Je ne pense pas être légitime pour donner des leçons ».  Photo DR
« Un message du cœur. » Romain Mouchel insiste, il s’est exprimé à titre personnel : « Je ne pense pas être légitime pour donner des leçons ».  Photo DR

Chef de clinique des universités, médecin ophtalmologiste, Romain Mouchel décrit la situation du moment dans un message très personnel, « qui n’engage que moi ». Ses conseils « pour s’en sortir plus vite ».

Ce n’est ni une tribune, ni une prise de position publique. Juste un « message d’humeur » posté sur la page Facebook de la communauté de « runners » Courir à Lyon ce samedi soir. Abondamment relayé depuis, il en dit long sur l’état d’esprit de nombreux médecins, qui s’attendent à « une situation équivalente à la région grand-est en mars ». C’est à dire avant le confinement. « On nous annonce une deuxième vague extrêmement violente dans notre région […]. Rien de bon en perspective », présume Romain Mouchel, chirurgien ophtalmologiste à Édouard-Herriot (HEH). Qui décrit la situation actuelle « à titre personnel », avec ses mots, qui sonnent juste.

 

 

« L’hôpital où je bosse, HEH, commence à déborder et nous organisons actuellement, en urgence, une réorganisation totale des pavillons pour accueillir les patients Covid et les soigner dignement. De plus, nous transférons certains patients dans d’autres régions moins saturées. Imaginez votre proche, transféré à 300 km de Lyon pour faire de la place… Nous gérons des situations familiales et sociales difficiles, en plus des malades à soigner. »

Le 19 octobre, à l’initiative du professeur Olivier Claris, président de la commission médicale d’établissement des Hospices Civils de Lyon, plusieurs acteurs de la santé avaient lancé un appel à la population pour dire leur inquiétude. Une déclaration qui résonne forcément avec les mots de Romain Mouchel.

« Ce qui suit n’engage que moi mais il me semblait important de vous le partager : soyez prudent. Protégez-vous, gardez le masque, utilisez des solutions hydro alcooliques régulièrement : lorsque vous rentrez dans un magasin, lorsque vous rentrez chez vous. Respectez les recommandations sanitaires : distance avec vos collègues, limitez vos déplacements et évitez les rassemblements inutiles. Respectez le couvre-feu, réapprenez à cuisiner ou à profiter des gens qui partagent votre foyer. »

Romain Mouchel le dit sans langue de bois : « Je suis comme vous, à la fois blasé et épuisé de toute cette m…, mais en même temps inquiet pour mes proches et soucieux de ne pas me mettre en danger ou mettre en danger autrui. Je rêve du jour où nous pourrons dire c’est derrière nous, et où je pourrais enfin faire un gros câlin à ma grand-mère. Mais avant ça il va falloir traverser une nouvelle épreuve, et si chacun y met un peu du sien, je suis sûr qu’on s’en sortira plus vite. »

Alors, pour éviter un reconfinement total, « et par respect pour les gens qui consacrent leur quotidien » aux malades du Covid, le docteur en appelle « à (la) responsabilité individuelle et à une prise de conscience collective que non, ce n’est pas encore fini. »

Ses conseils aux coureurs

Son message s’adressait donc d’abord aux membres de la communauté Courir à Lyon, dont il fait partie. Romain Mouchel est coureur amateur. « Je suis aussi frustré que vous. Mais je voudrais de nouveau tirer mon chapeau à Courir à Lyon d’avoir eu le courage et l’honneur, depuis mars, d’être droit et respectueux des recommandations. J’imagine l’horreur de voir l’annulation coup sur coup de tous les événements et d’avoir une trésorerie mise à mal […]. »

Selon lui, « il vaut mieux courir seul, ou en petit groupe et en respectant une distance. Car quand on court, on transpire, on bave, on crache et on peut être porteur et vecteur en étant asymptomatique […]. J’avoue avoir du mal à comprendre que certains groupes de runneurs à Lyon maintiennent des événements malgré les restrictions recommandées par l’État. On peut détester Macron, la politique en général ou le premier ministre, mais nous avons un devoir de respecter les lois qui régissent notre pays ; l’opposition n’empêche pas le respect et l’obéissance. Et un groupe de six ou dix runneurs, provenant de 10 foyers différents, c’est 10 fois plus de chance d’aggraver la situation actuelle. »

B. M.

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