Société Étudiante à Lyon le jour, escort girl la nuit, elle raconte

Octopus est tombée dans la prostitution à 17 ans. Elle s’en est sortie et se livre dans une autobiographie. Photo Clémence OUTTERYCK
Octopus est tombée dans la prostitution à 17 ans. Elle s’en est sortie et se livre dans une autobiographie. Photo Clémence OUTTERYCK

Ancienne escort, “Octopus” dénonce le manque de protection des jeunes filles et la facilité d’action des proxénètes. Témoignage.

Une enfance sans père, sa virginité perdue à l’âge de 16 ans lors d’un viol, un besoin d’affection, de vengeance.

Il n’en fallait plus à “Octopus” (le nom d’auteure qu’elle s’est choisi) pour plonger dans la réalité cruelle de la prostitution. Son « corps était déjà sale », elle s’en est servie pour s’évader, s’émanciper… Et s’amuser.

Elle n’a pas encore 18 ans lorsqu’elle s’inscrit sur un forum, basé à l’étranger, pour proposer ses services d’escort girl. Sitôt l’annonce déposée, les contacts pleuvent.

Pendant un mois, la jeune fille en fait un véritable travail. « Au moins 5 heures au préalable pour être payée 200 € de l’heure, ce n’est pas tant que ça, finalement ».

Elle trie les réponses, échange avec les clients potentiels, les sélectionne et organise ses sorties à Lyon. Au restaurant parfois, directement à l’hôtel, souvent. Elle s’offrira ainsi à une dizaine d’hommes, passant des jeunes désireux d’assouvir leurs désirs aux quinquagénaires aisés, attirés par son innocence.

Elle est aussi contactée par d’autres filles souhaitant « se lancer, pour demander des conseils », mais également par des proxénètes plus ou moins camouflés. Dont un qui, sous couvert de proposer un toit à cette jeune impatiente de quitter le nid, lui propose de « travailler ensemble ».

Mais Octopus se méfie. Et la prise de contact du “mac” coïncide avec la découverte par sa mère, soupçonneuse de la voir sortir autant, d’une grosse masse d’argent cachée dans un sac. Elle est alors envoyée chez ses grands-parents. Un exil qui la sort des griffes d’ un danger potentiel. « Je sentais l’étau se refermer sur moi ». Longtemps encore, l’homme continuera à la harceler.

Besoin « d’argent rapide »

Pendant trois ans, elle mène une vie étudiante “normale”. Le pécule qu’elle s’est constitué avant son départ lui permet de subsister, voire de s’offrir quelques extras. Mais la source vient à se tarir, alors elle replonge.

Pourtant, sa précédente expérience a causé des troubles chez la jeune femme, qui a dû être hospitalisée après des crises psychotiques. Mais l’appel de cet « argent rapide » est plus fort. « De toute façon, j’avais intégré que je n’étais qu’un objet ».

Et puis, malgré tout, elle avait pris du plaisir avec ces clients. Pas ceux qui la brusquaient, souvent les plus jeunes. Mais en majorité, les relations sexuelles lui avaient laissé des souvenirs agréables.

Octopus trie plus finement les demandes. Elle espère dénicher un client régulier, qui l’emmène sortir et la traite avec douceur. Mais elle ne trouve pas cette perle rare, tandis que les contacts de proxénètes supposés se répètent.

Elle se laisse séduire par un homme de son âge qui partage sa passion du rap, lui envoie des messages enflammés, la fait rêver. Il semble différent, il s’avère appartenir à la pègre.

« J’aurais pu finir enfermée dans une maison de passes »

Une fois encore, elle s’en sort par l’intervention d’un proche et, au bout de deux mois, réussit une nouvelle fois à décrocher.

« J’aurais pu finir enfermée dans une maison de passes », réalise-t-elle, regrettant avec le recul le manque de protection de ces étudiantes, souvent précaires. Selon Octopus, elles seraient 1 000 à 1 500 à Lyon, au vu et au su de tous. « Les proxénètes agissent en toute impunité, c’est juste scandaleux. Quand on voit ce qu’ils risquent par rapport à des trafiquants de drogue… Or c’est moins grave, il ne s’agit pas de corps humains et de vies détruites ».

Aujourd’hui, à 28 ans, Octopus tente de reprendre une vie classique et envisage une formation de couture. Suivie sur le plan psychologique, elle n’a pour autant pas avoué à sa mère qu’elle avait recommencé. Elle n’a pas raconté non plus cet épisode à son conjoint. Dans l’intimité, cette période n’a pas laissé de séquelles. « Certaines ne peuvent plus avoir de relations sexuelles en dehors de la prostitution, moi ma libido est revenue. »

Si elle est consciente de la détresse psychologique dans laquelle la prostitution l’a plongée, Octopus confie que la tentation n’est pas bien loin, comme une addiction à l’argent facile. « À cause de mes troubles je vis de l’allocation adulte handicapé (AAH). J’ai appris à vivre chichement, mais être escort reste toujours dans un coin de ma tête ».

 

Une autobiographie à paraître

Comme pour expier cette histoire, Octopus l’a couchée sur le papier. « J’ai toujours aimé écrire, les mots me libèrent ». Son objectif n’était pas forcément de diffuser son expérience, mais après avoir montré le manuscrit au journaliste Francis Gruzelle, celui-ci la convainc de l’éditer. L’ouvrage, intitulé “Escort étudiante, itinéraire d’une enfant gâtée”, sortira le 17 novembre. Elle espère alerter les autorités sur la détresse dont souffrent les étudiantes précaires, et « l’impunité offerte aux proxénètes ».

Clémence OUTTERYCK

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?