Rhône Tests de dépistage : comment mettre fin à l’embouteillage

Une file d’attente pour le dépistage Covid, vendredi à Lyon. Photo Michel NIELLY
Une file d’attente pour le dépistage Covid, vendredi à Lyon. Photo Michel NIELLY

Les laboratoires de biologie de ville sont débordés, les délais s’allongent pour avoir un rendez-vous ou un résultat à un test de dépistage du Covid-19.

Un délai d’attente de huit jours pour obtenir un rendez-vous ou de sept jours pour avoir un résultat… ces réponses ne sont plus rares quand on appelle un laboratoire de biologie médicale dans la Métropole de Lyon pour réaliser un test de dépistage RT-PCR… quand le laboratoire est joignable ! Car dans certaines structures, les appels ont été multipliés par 5 ces derniers jours.

« On cherche des bouées de sauvetage »

Le système est-il embolisé à Lyon ? L’Agence régionale de santé ne répond pas sur ce point. À la CPAM du Rhône, où les chiffres de la plate-forme de recherche des cas contacts (contact tracing) explosent avec 481 « cas zéros » (patients positifs au Covid) et 1 228 cas contacts recensés ce 6 septembre, la directrice Emmanuelle Lafoux a le sentiment d’une situation « hétérogène ». Les personnes contactées rapportent toutes les situations : délais et/ou de résultats très longs ou à l’inverse assez courts.

Des directives de priorisation ont été prises par le gouvernement. Mais « ces trois pages sont incompréhensibles », estime Jérôme Soucheleau, président de l’URPS (Union régionale des professionnels de santé) biologistes. Sa structure, comme d’autres, ont défini leurs propres priorités : les personnes symptomatiques avec ordonnance, les cas contacts, les patients préopératoires. Malgré cela, « on cherche des bouées de sauvetage », soupire le biologiste, d’une voix lasse. Son laboratoire - où le nombre de tests est passé de 120 à 250 ces derniers jours - ne prend plus de rendez-vous pour cette semaine et n’avance plus de délais pour les résultats.

Arrivée à 10 heures, dépistée à 18 heures

L’une des conséquences de l’allongement de ces délais est l’afflux aux barnums mis en place à la sortie des métros. Comme vendredi, environ 650 personnes ont été testées ce lundi place de la Comédie. Mais il fallait s’armer de patience. Responsable de ce centre provisoire, le Pr Frédéric Laurent, chef du service de bactériologie aux Hospices civils de Lyon, s’apprêtait à prendre en charge à 18 heures une dame arrivée à 10 heures ! Alors que la file d’attente s’était étendue dans quatre rues autour du site, le Pr  Laurent avait passé sa journée à demander aux gens de garder leurs distances…

Ces prélèvements sont traités par la plate-forme des HCL dans un délai de 24 à 36 heures, « 48 heures maximum », assure le Pr Laurent. En service 7 jours/7, de 7 à 23 heures, ce service hospitalier traite entre 1 200 et 1 400 tests par jour et devrait passer prochainement à 2000 tests traités en activité continue de 24 heures. Pour les laboratoires libéraux, des appareils supplémentaires sont attendus pour pouvoir doubler la capacité de tests en ville à la fin du mois de septembre. 

Alors que le gouvernement continue d’appeler la population à se faire dépister en masse, le biologiste et le médecin lyonnais appellent à mieux définir les personnes prioritaires pour éviter la saturation.

Qui devrait se faire tester et quand se faire dépister ?

Pour éviter la saturation sur les sites de dépistage, le Pr Frédéric Laurent, médecin aux HCL, préconise de prioriser certaines personnes, dans certaines conditions. Tout d’abord, les personnes symptomatiques, puis les personnes ayant eu des contacts avec un patient Covid +.  Mais pour être « cas contact », le contact doit avoir été prolongé,  il ne s’agit pas du collègue croisé dans un couloir. Le Pr Laurent insiste aussi sur le délai à respecter avant de faire le test : « Cela ne sert à rien de le faire tout de suite. Il faut le faire 7 jours après le dernier contact. »

Alors que de plus en plus d’organismes demandent également des tests, Frédéric Laurent rappelle : « Si ce n’est pas fait par le médecin du travail, il est illégal pour une entreprise de demander à un salarié un test de dépistage. Il est aussi illégal d’exiger un test négatif chez un patient qui a été Covid +.» Pour le Pr  Laurent, un patient Covid + peut retourner travailler après un délai de 7 jours s’il porte un masque. C’était la mesure appliquée pour la plupart des professionnels de santé dans les hôpitaux pendant le confinement. Un test RT-PCR peut détecter la présence de l’ADN du virus alors qu’un patient n’a plus de symptômes.

Les syndicats de biologistes libéraux demandent, eux, au gouvernement de donner la priorité aux patients ayant consulté au préalable leur médecin traitant et munis d’une ordonnance.

S. M.

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