Exposition La préservation de l’œuvre de Tony Garnier en question

La chercheure-photographe Anne-Sophie Clémençon s‘est donné pour mission de préserver le patrimoine de Tony Garnier.  Photo Marion MAYER
La chercheure-photographe Anne-Sophie Clémençon s‘est donné pour mission de préserver le patrimoine de Tony Garnier.  Photo Marion MAYER

Pour conclure le 150e anniversaire de Tony Garnier, la chercheure-photographe Anne-Sophie Clémençon interroge la préservation de l’œuvre du célèbre architecte lyonnais grâce à l’exposition photos «Tony Garnier et maintenant» à la bibliothèque de la Part Dieu, jusqu’au 2 janvier.

« Quand j’étais étudiante en histoire de l’architecture à l’université Lyon 2, Tony Garnier était présenté comme un maître absolu du patrimoine lyonnais, mais aussi mondial », se souvient l’historienne et photographe Anne-Sophie Clémençon, à l’origine de l’exposition Tony Garnier et maintenant ? à la bibliothèque municipale de Lyon.

Même s’il est encore reconnu, dans le milieu universitaire surtout, Tony Garnier passe de plus en plus inaperçu dans les rues de Lyon, regrette la chercheure, qui explique : « Les révolutions esthétiques du XXe siècle sont remises en question aujourd’hui, d’un point de vue pratique. On critique le tout béton et le zonage, dont on voit clairement les limites. »

Une indifférence et une critique qui ont fini par mener à un « choix terrible » : la démolition du pavillon H de l’hôpital Édouard-Herriot , fin 2016. Il avait été construit par Tony Garnier entre 1913 et 1933, et était protégé au titre de monument historique. « Ça a été un vrai choc pour moi, j’étais scandalisée que cette destruction ne suscite pas plus de réactions parmi les Lyonnais. Alors avec d’autres chercheurs, on a choisi de témoigner du risque d’effacement de l’œuvre de Tony Garnier grâce à la photo, à travers notre laboratoire Événement, Ville, Société. »

La Villa Méruzin de Tony Garnier, mise en valeur par la chercheure-photographe. Photo Anne-Sophie Clémençon
La Villa Méruzin de Tony Garnier, mise en valeur par la chercheure-photographe. Photo Anne-Sophie Clémençon
La piscine Gerland, aujourd’hui menacée.  Photo Progrès /Anne-Sophie Clémençon
La piscine Gerland, aujourd’hui menacée.  Photo Progrès /Anne-Sophie Clémençon
La Villa Méruzin de Tony Garnier, mise en valeur par la chercheure-photographe. Photo Anne-Sophie Clémençon La piscine Gerland, aujourd’hui menacée.  Photo Progrès /Anne-Sophie Clémençon

Des photos esthétiques, documentaires et engagées

Des photos de 1978 à aujourd’hui nous sont présentées au dernier étage de la bibliothèque de la Part Dieu. Dans la dernière partie de la petite exposition, Anne-Sophie Clémençon partage avec les visiteurs le choc qu’elle a ressenti lors de la démolition du pavillon H, « le déclencheur » de son travail : des images d’avant, pendant et après la démolition, qui témoignent de la menace qui plane sur le patrimoine de Tony Garnier. Celle du temps qui passe, des structures qui s’abîment et dont on ne connaît pas l’avenir.

Avec ses photos, Anne-Sophie Clémençon, 100 % intellectuelle et 100 % artiste (elle a fait les Beaux-Arts), met en avant le sensible. « Dans cette exposition, vous verrez surtout des détails », confie-t-elle, s’inspirant d’une phrase de Lucien Hervé, photographe d’architecture décédé en 2007 : « Un détail exprime l’ensemble mieux que l’ensemble lui-même. »

Ce sont les détails des arcades de ses villas qui « nous incitent à regarder la nature en l’encadrant ». Et ce sont les détails des bâtiments emblématiques de l’architecte qu’Anne-Sophie Clémençon met en valeur sur des kakémonos (grands panneaux suspendus, dans l’art japonais) : la Halle Tony-Garnier, la Cité des États-Unis , le stade et la piscine de Gerland, la Vacherie municipale et le lycée La Martinière-Diderot.

Grâce aux zooms, aux angles et aux lumières, on plonge dans les prouesses architecturales de Tony Garnier et on prend conscience de l’importance de questionner l’avenir de son œuvre. Anne-Sophie Clémençon, elle, ne se contente pas d’interroger : « Avec mon collègue Pierre Gras, historien spécialisé dans le monde urbain, on a lancé une pétition pour la protection des bâtiments construits par Tony Garnier à Lyon. » Elle a déjà recueilli plus de 400 signatures.

« Tony Garnier et maintenant ? », exposition au quatrième étage de la bibliothèque de la Part Dieu (espace patrimoine), jusqu’au 2 janvier 2021. Exposition en ligne sur le site de la bibliothèque.

Un architecte mondialement connu

L’exposition «Tony Garnier et maintenant ?» a été conçue par Anne-Sophie Clémençon elle-même, avec le responsable de la Documentation régionale Alain Caraco et la responsable de l’Action culturelle et grandes expositions de la ville de Lyon, Delphine Guedra.

Elle met en lumière l’œuvre de Tony Garnier, architecte urbaniste lyonnais né en 1869 et décédé en 1948. En 1918, il a publié La Cité industrielle , dans lequel il imagine une ville moderne, bétonnée et pratique. Le Corbusier lui écrit en 1919 : « vous avez exprimé le premier le véritable esprit de notre époque. »

Mondialement connu, il n’a construit que dans la région lyonnaise, « ce qui est dommage », explique Anne-Sophie Clémençon, « parce que le monde aurait gagné à profiter de sa théorie, son architecture et de son art ».

À Lyon, on croise Tony Garnier au parc de la Tête-d’Or, place Antonin-Perrin dans le 7e, à Gerland, au quartier des Etats-Unis, et dans bien d’autres endroits encore.

Marion MAYER

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