Hôtel-Dieu Cité de la gastronomie à Lyon : pourquoi le projet a capoté

Lors de la visite, la dégustation était un des moments les plus attendus... malgré un prix élevé. Photo Progrès /Joel PHILIPPON
Lors de la visite, la dégustation était un des moments les plus attendus... malgré un prix élevé. Photo Progrès /Joel PHILIPPON

Inaugurée en octobre 2019 dans le Grand Hôte-Dieu, la Cité Internationale de la gastronomie, véritable institution culturelle et touristique dédiée à l’excellence culinaire cesse son activité. En cause, la crise sanitaire, mais aussi des difficultés qui ont surgi dès le départ d’un projet que d’aucuns estiment mal ficelé.

C’était une des locomotives du projet Grand Hôtel-Dieu. L’arrivée de la Cité Internationale de la gastronomie, dans les murs épais de cet ancien hôpital restauré de fond en comble était d’autant plus remarquée, qu’elle a intégré une des parties la plus ancienne de l’ouvrage, le dôme des Quatre-Rangs édifié au XVIIe siècle. Mais cela ne lui a pas porté chance. Car ce bel endroit plein d’ambitions, inauguré le 19 octobre 2019 à grand renfort de petits fours, ferme définitivement ses portes.

L’annonce faite par la société Magma Cultura France en charge de l’exploitation est tombée ce lundi soir comme un couperet  : "Malgré tous nos efforts pour la sauvegarder, nous avons pris la décision de ne pas rouvrir la Cité et d’arrêter définitivement son exploitation."

Un démarrage difficile

La crise sanitaire a-t-elle eu raison de la santé fragile de cette toute jeune entreprise culturelle ? "L’impact est lourd", reconnait-on du côté de la structure en charge de l’exploitation, initialement pour une durée de 8 ans. Mais on admet aussi "des difficultés précarisant son fonctionnement et rendant particulièrement vulnérable la Cité à la crise soudaine et à ses répercussions".

Des difficultés ? Il y en eut, et dès le départ de cette aventure portée par la Ville de Lyon et la Métropole. De là à dire que cette fin était prévisible… Véritable "institution culturelle dédiée à la gastronomie" aménagée sur 4 000 mètres carrés , dédiés à l’excellence culinaire, la Cité a eu du retard à l’allumage : pas reconnu dans le cadre d’un appel à projet lancé par l’État, difficultés à trouver un financement estimé à un peu moins de 20 millions d’euros, qui sera bouclé grâce à l’arrivée de mécènes privés, d’abord.

Puis un exploitant venu d’Espagne qui fait débat et un prix d’entrée qui fait grincer pas mal de dents. Dès l’ouverture, le nombre de visiteurs était en deçà des espérances et les avis sont mitigés. On tablait sur 250 000 à 300 000 visiteurs par an.

La balle est dans le camp de la Métropole

Certains s’attendaient à ce qui pourrait ressembler à un flop : pas assez de moyens, pour les uns, "scénographie loupée" ou "manque de lisibilité" pour Régis Marcon, qui a présidé le Comité d’orientation stratégique. Dans une interview à nos confrères de l’AFP, le chef étoilé n’y va pas avec le dos de la cuillère. Seul l’espace enfant trouve grâce à ses yeux (c’était le plus réussi). Il espère tout de même "que de belles intentions se profileront pour faire de cette Cité un lieu incontournable du patrimoine gastronomique à Lyon, en France et à travers le monde…"

Quel avenir pour ce projet qui mérite sans doute une seconde chance ? La balle est désormais dans le camp de la Métropole de Lyon qui a piloté ce projet. Dans un communiqué, la collectivité dit "prendre acte de la décision de Magma Cultura" et annonce une délibération proposée au vote du prochain conseil de la Métropole prévu fin juillet. "L’avenir du lieu sera étudié en lien étroit avec les parties prenantes du projet, dont les mécènes"…

Aline DURET

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