Sports extrêmes Riderman, l’homme-roulettes qui atteint les 110 km/h au ras du bitume

Riderman à l’échauffement sur l’esplanade du musée des Confluences.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Riderman à l’échauffement sur l’esplanade du musée des Confluences.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD

Avec son armure équipée de 26 roulettes, il fuse sur l’asphalte et reproduit toutes sortes de pirouettes sur le dos, le ventre ou les fesses. Rencontre avec Riderman, de passage à Lyon pour un entraînement hebdomadaire de buggy rollin'.

Combinaison noire intégrale, casque  de cross  à la visière rabattue, coques de carbone sur les épaules, cuisses, avant-bras et genoux, 26 roulettes réparties entre patins aux pieds, coudes, mains, torse, genoux, fesses et dos, rangées de LED sur le torse…   Riderman  a des  allures de Transformers monté sur rollers.

La tenue interpelle. La posture, aussi. Quand on  le rencontre, au pied des marches du musée des Confluences un  vendredi après-midi, Riderman fait le show sur le bitume lisse de l’esplanade. Le colosse  cuirassé (1 90 m, 95 kg) enchaîne les courses à plat ventre et figures freestyle, devant le regard médusé des passants, qui ne tardent pas à dégainer leurs téléphones portables pour filmer la scène.

« Ça s’appelle comment ce que vous faites ? », ose lui demander une jeune fille alors qu’il reprend son souffle. La visière se relève. « Du buggy rollin’», répond l’homme d’une cinquantaine d’années, avant de se lancer dans une longue explication de ce « sport », que seules trois personnes pratiquent en France - une dizaine dans le monde.

Une façon « ludique » de rouler sur l’asphalte, mais aussi très physique. « On change sans arrêt de positions : assis, à plat ventre, sur le dos, debout… ça revient à enchaîner des squats. À force, ça fatigue. Le soir, on dort bien », plaisante le quinqua aux quadriceps musclés. Sans compter le poids à supporter. Une armure comme celle que porte Riderman ce jour-là, avec moteur et batterie électriques intégrés, pèse jusqu’à 22 kg.

Comme tout « super-héros » qui se respecte, Riderman entretient le mystère, et préfère ne pas dévoiler son identité : « Je tiens à mon personnage ». La session d’entraînement de 30 m… et les multiples tours de musée par 25 degrés le poussent à faire tomber le casque.

On découvre Christophe, joues rouges et cheveux gris-blancs trempés par l’effort. Ce bricolo-débrouillard de 54 ans s’est épris du buggy rollin’ il y a une dizaine d’années, en regardant des vidéos sur YouTube pour améliorer sa technique de slaloms en roller. « Je suis tombé sur Jean-Yves Blondeau, le concepteur (lire ci-contre), qui dévalait une pente à toute vitesse, tête en bas, avec toutes ces roulettes fixées sur sa panoplie et j’ai trouvé ça fou. » A 42 ans, il l’imite et construit sa première armure – « elle était en acier et faisait plus de 30 kg » - avant de faire de même pour ses deux enfants. Seule sa fille, aujourd’hui lycéenne, y prendra goût.

En parallèle de son métier - gardé top secret -, Riderman s’entraîne une à deux fois par semaine et passe en moyenne une heure par jour à peaufiner son matériel. Une marotte qui l’a amené à créer sa propre invention : un plastron à roulettes avec moteur électrique intégré, activé grâce à une télécommande fixée dans la protection du poignet. Un petit boost d’énergie pratique sur du plat, lui permettant facilement d’atteindre les 80 à 90 km/h sur les routes de campagne, mais superflu pour dévaler les pistes de montagne.

« On va déjà bien assez vite comme ça », admet Christophe, dont le record, effectué dans l’Ain au niveau du col du Berthiand (une pente à 10 % sur 3 km), culmine à 111 km/h. De quoi effrayer pour un tronçon non fermé à la circulation. « On ne se lance pas les yeux fermés. Il y a un gros travail de repérage en amont. On vérifie l’état de la route, si elle est mouillée, s’il y a des trous, des cailloux… On fait ça en période creuse le dimanche midi, pour profiter de la lumière du jour, sur des voies sans carrefour, et on respecte le code de la route », rassure Riderman.

Il jure n’avoir jamais connu d’accident, excepté « deux trois sorties de route sans gravité ». «Et puis, il est toujours possible de freiner en “slide”, sur le côté », dit-il avant de remettre son casque et de se risquer à une démo, d’un bout à l’autre du bassin du musée. Un garçonnet l’observe, stupéfait. « C’est toujours amusant de voir la réaction des gens, nous glisse Riderman. Un jour, je suis tombé dans une manifestation à Lyon, les étudiants ont pris peur, ils pensaient que j’étais un CRS. À choisir, je préfère autant provoquer l’admiration chez les enfants… »

Exhibitions et rides solidaires à Lyon

Riderman et sa fille étaient de passage à Lyon et faisaient une démonstration de buggy rollin à Confluence.


Rollers électriques Photo Progrès/Richard MOUILLAUD
Riderman et sa fille étaient de passage à Lyon et faisaient une démonstration de buggy rollin à Confluence. Rollers électriques Photo Progrès/Richard MOUILLAUD

Vous avez peut-être déjà aperçu Riderman à Lyon. Faire le show place Bellecour ou près de l’Hôtel de ville, descendre la rue de la République sur les genoux (il a fait ça un 8 décembre, jour de fête des Lumières), rouler le long des berges du Rhône… Ou parcourir les rues de Lyon pour des « rides solidaires », une action que Riderman a lancée l’hiver dernier pour aider les personnes défavorisées : une dizaine de riders font des courses au supermarché, lesquelles sont ensuite redistribuées aux SDF.

Marion SAIVE

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