Politique Comment en deux mandats, Collomb a imposé sa griffe à Lyon

Gérard Collomb et Camille Augey. Élue écologiste elle a battu sèchement le maire de Lyon sortant, aux municipales dans le  9e arrondissement. Les deux élus siègent au nouveau conseil de la Métropole.  Photo ProgrèsJoël PHILIPPON
Gérard Collomb et Camille Augey. Élue écologiste elle a battu sèchement le maire de Lyon sortant, aux municipales dans le 9e arrondissement. Les deux élus siègent au nouveau conseil de la Métropole. Photo ProgrèsJoël PHILIPPON

Dimanche 28 juin, il est plus de 20 heures. Son regard s’échappe on ne sait où. Gérard Collomb goûte à l’amertume de la défaite. À 73 ans, l’homme aux (presque) trois mandats de maire qui a, cette fois, candidaté à la présidence de la Métropole de Lyon est battu. Son poulain à Lyon (Yann Cucherat) a perdu, s’effaçant derrière une tornade verte. La fin d’une époque.

Les électeurs (ceux qui ont voté) au deuxième tour ont tranché. Cette fois, ils veulent passer à autre chose, comme une envie d’un autre monde sans Gérard Collomb et ses équipes. S’y attendait-il ? Peut-être pas autant que son élection surprise, il y a une vingtaine d’années. Il n’a pas oublié, bien sûr, ce jour de mars 2001 et sa longue arrivée en préfecture, à l’heure des résultats, par l’escalier d’honneur recouvert de tapis rouge.

Un moment de victoire qu’il n’osait espérer. Ce mordu de politique, poursuivi alors par les micros et les caméras, comme sonné par des tombereaux d’applaudissements savoure cet instant qui le parachute à ce poste tant convoité par l’opposition socialiste, depuis des années.

Un peu trop seul à la barre pour fixer le cap

Il prend place dans le fauteuil qu’ont occupé avant lui, Raymond Barre et Michel Noir. Celui qui est entré en politique comme on entre en religion s’investira pleinement dans sa tâche. Totalement. Un peu trop peut-être ? À trop vouloir en faire… Ses amis d’hier ne lui pardonneront pas sa façon de gouverner, un peu trop seul à la barre pour fixer le cap.

Il n’empêche. Les erreurs et les reproches n’enlèvent rien au choix des électeurs qui l’ont désigné patron de Lyon durant près de vingt ans. Sa réélection à deux reprises n’a rien de hasardeux. À peine installé il avance, parfois se trompe, mais il tranche, projette et inaugure à tire-larigot.

Ce professeur agrégé de Lettres classiques qui entre à 34 ans, en politique sur une vague rose, celle qui pousse un grand nombre de députés socialistes moustachus sur les bancs de l’assemblée nationale en 1981, se passionne pour la Ville et ses défis. Lorsqu’il arrive dans l’hémicycle lyonnais, en 1977, Francisque Collomb est aux commandes. Conseiller municipal d’opposition, il finit par mettre les mains dans le cambouis en 1995, quand il devient maire du 9e arrondissement.

 27 octobre 1972, Gérard Collomb a 25 ans. Cinq ans plus tard, il fera son entrée au conseil municipal de Lyon, sur les bancs de l’opposition.   Photo LE PROGRES-DOC PHOTO /ARCHIVES LE PROGRES
27 octobre 1972, Gérard Collomb a 25 ans. Cinq ans plus tard, il fera son entrée au conseil municipal de Lyon, sur les bancs de l’opposition.   Photo LE PROGRES-DOC PHOTO /ARCHIVES LE PROGRES
 Gérard Collomb, est élu député de 1981 à 1988 dans la deuxième circonscription du Rhône. À 34 ans, il bat le sortant Roger Fenech (UDF).   Photo LE PROGRES - DOC PHOTO /ARCHIVES LE PROGRES
Gérard Collomb, est élu député de 1981 à 1988 dans la deuxième circonscription du Rhône. À 34 ans, il bat le sortant Roger Fenech (UDF).   Photo LE PROGRES - DOC PHOTO /ARCHIVES LE PROGRES
 18 mars 2001, c’est la bousculade dans l’escalier d’honneur de la préfecture pour Gérard Collomb et son épouse.   Photo LE PROGRES - LYON/2001/03/19 /Philippe JUSTE
18 mars 2001, c’est la bousculade dans l’escalier d’honneur de la préfecture pour Gérard Collomb et son épouse.   Photo LE PROGRES - LYON/2001/03/19 /Philippe JUSTE
 27 octobre 1972, Gérard Collomb a 25 ans. Cinq ans plus tard, il fera son entrée au conseil municipal de Lyon, sur les bancs de l’opposition.   Photo LE PROGRES-DOC PHOTO /ARCHIVES LE PROGRES  Gérard Collomb, est élu député de 1981 à 1988 dans la deuxième circonscription du Rhône. À 34 ans, il bat le sortant Roger Fenech (UDF).   Photo LE PROGRES - DOC PHOTO /ARCHIVES LE PROGRES  18 mars 2001, c’est la bousculade dans l’escalier d’honneur de la préfecture pour Gérard Collomb et son épouse.   Photo LE PROGRES - LYON/2001/03/19 /Philippe JUSTE

Le 9e, c’est là que tout commence

Ah ! ce 9e arrondissement où il habite et où il enseigne un temps à « Jean-Perrin ». Fils d’ouvrier métallurgiste, Gérard Collomb y est comme chez lui, même sur les contreforts de la Duchère, le quartier où il n’y a pas si longtemps, on lui demandait de poser pour des selfies. C’est vraiment là que tout commence. Son engouement pour le terrain, pour les échanges avec les habitants, ses visites sans fin dans des quartiers alors en pleine reconversion, et son penchant très net pour l’urbanisme.

Et ça laisse des traces, plus ou moins heureuses, c’est selon. Gérard Collomb restera le maire qui a dégagé les voitures des bas ports du Rhône pour en faire une promenade piétonne. Qui a installé les vélos en libre-service, qui a construit le quartier de la Confluence avec ses atouts et ses loupés et qui a terminé la Cité Internationale comme pour assurer la continuité de ses prédécesseurs.

Gerland métamorphosé et sa densité inouïe, la Part-Dieu, ses tours et ses chambardements sont aussi à mettre à son actif. Une manière pour lui, de développer une certaine image de la ville qui sort peu à peu de son train-train provincial, et lui donner une dimension internationale. L’homme connaît ses dossiers, c’est Raymond Barre qui le dira.

 Mai 2007, inauguration des Berges du Rhône libérées de voitures.   Photo LE PROGRES - LYON /Philippe JUSTE
Mai 2007, inauguration des Berges du Rhône libérées de voitures.   Photo LE PROGRES - LYON /Philippe JUSTE
 2007-2008, le creusement de la darse, fer de lance de la nouvelle place Nautique en cours de construction à la Confluence.   Photo LE PROGRES DE LYON /Richard MOUILLAUD
2007-2008, le creusement de la darse, fer de lance de la nouvelle place Nautique en cours de construction à la Confluence.   Photo LE PROGRES DE LYON /Richard MOUILLAUD
 25 août 2009, Gérard Collomb visite les chantiers à la Confluence.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
25 août 2009, Gérard Collomb visite les chantiers à la Confluence.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
 Le 9 avril 2009, visite de chantier dans le quartier de Gerland. Gérard Collomb avec l’architecte Christian Devillers et Gilles Buna, qui est son adjoint en charge de l’urbanisme depuis 2001.   Photo Progrès /Maxime JEGAT
Le 9 avril 2009, visite de chantier dans le quartier de Gerland. Gérard Collomb avec l’architecte Christian Devillers et Gilles Buna, qui est son adjoint en charge de l’urbanisme depuis 2001.   Photo Progrès /Maxime JEGAT
 25 juin 2010, l’inauguration du quai Antoine-Riboud à la Confluence.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON
25 juin 2010, l’inauguration du quai Antoine-Riboud à la Confluence.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON
 Le futur chantier Rives de Saône. Le 9 juin 2011. Sur les bas ports en rive gauche qui seront aménagés en véritable jardin.   Photo Progrès /Philippe JUSTE
Le futur chantier Rives de Saône. Le 9 juin 2011. Sur les bas ports en rive gauche qui seront aménagés en véritable jardin.   Photo Progrès /Philippe JUSTE
 À la Duchère, place Abbé-Pierre, visite des chantiers en cours. Nous sommes le 31 août 2011.   Photo Progrès /Philippe JUSTE
À la Duchère, place Abbé-Pierre, visite des chantiers en cours. Nous sommes le 31 août 2011.   Photo Progrès /Philippe JUSTE
 Au 31e étage de la tour Oxygène encore en chantier à la Part-Dieu. Cette tour de 115 mètres de haut composée de 28 étages sera inaugurée le 2 juin 2010.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Au 31e étage de la tour Oxygène encore en chantier à la Part-Dieu. Cette tour de 115 mètres de haut composée de 28 étages sera inaugurée le 2 juin 2010.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
 28 août 2015, visite de chantiers à Gerland où ont été lancées les plus grosses opérations d’urbanisme. Ici dans la ZAC du Bon Lait les immeubles poussent comme des champignons.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
28 août 2015, visite de chantiers à Gerland où ont été lancées les plus grosses opérations d’urbanisme. Ici dans la ZAC du Bon Lait les immeubles poussent comme des champignons.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
 Mai 2007, inauguration des Berges du Rhône libérées de voitures.   Photo LE PROGRES - LYON /Philippe JUSTE  2007-2008, le creusement de la darse, fer de lance de la nouvelle place Nautique en cours de construction à la Confluence.   Photo LE PROGRES DE LYON /Richard MOUILLAUD  25 août 2009, Gérard Collomb visite les chantiers à la Confluence.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD  Le 9 avril 2009, visite de chantier dans le quartier de Gerland. Gérard Collomb avec l’architecte Christian Devillers et Gilles Buna, qui est son adjoint en charge de l’urbanisme depuis 2001.   Photo Progrès /Maxime JEGAT  25 juin 2010, l’inauguration du quai Antoine-Riboud à la Confluence.   Photo Progrès /Stéphane GUIOCHON  Le futur chantier Rives de Saône. Le 9 juin 2011. Sur les bas ports en rive gauche qui seront aménagés en véritable jardin.   Photo Progrès /Philippe JUSTE  À la Duchère, place Abbé-Pierre, visite des chantiers en cours. Nous sommes le 31 août 2011.   Photo Progrès /Philippe JUSTE  Au 31e étage de la tour Oxygène encore en chantier à la Part-Dieu. Cette tour de 115 mètres de haut composée de 28 étages sera inaugurée le 2 juin 2010.   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD  28 août 2015, visite de chantiers à Gerland où ont été lancées les plus grosses opérations d’urbanisme. Ici dans la ZAC du Bon Lait les immeubles poussent comme des champignons.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON

On se regarde en chien de faïence

L’initiateur de la gauche plurielle, l’homme d’alliances avec les Verts ou la Gauche de la gauche du début finit par se rapprocher du centre et même de la droite pour négocier le second tour… L’erreur de trop ? Ses « amis » d’hier le lâchent. On se regarde en chiens de faïence y compris dans sa propre majorité. Certains fidèles finissent par s’éloigner. Pas tous. Les autres restent « par loyauté ».

Le retour prématuré à Lyon après une parenthèse « macroniste » au ministère de l’Intérieur passe mal. Quelque chose s’est cassé. La dynamique est cette fois bien grippée. On lui reproche en vrac, son âge, sa façon de s’enfermer dans une tour d’ivoire, de n’être plus de gauche… Les collectifs d’habitants contestent les projets et sa manière de gérer les sans-abri. Gérard Collomb n’est plus dedans, comme à côté de la plaque. Il loupe le virage écologiste, l’envie qui s’affiche d’une autre ville. A-t-il sollicité le mandat de trop ?

La défaite est sévère, sans doute envisageait-il une tout autre porte de sortie.

Aline DURET

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