Commerce Le Café de la Cloche continuera de tinter rue de la Charité

Philippe Bitat, le propriétaire du Café de la Cloche à Lyon va se séparer de son établissement après plus de 35 ans de service.  Photo Progrès /Joël PHILIPPON
Philippe Bitat, le propriétaire du Café de la Cloche à Lyon va se séparer de son établissement après plus de 35 ans de service.  Photo Progrès /Joël PHILIPPON

Acquis en 1989 par son père André, le Café de la Cloche quitte la famille Bitat : Philippe qui l’avait racheté en 2002, le vend durant l’été. Bonne nouvelle toutefois, c’est l’actuel salarié qui le reprend et qui devrait en conserver l’esprit.

Une fresque immense qui représente l’hôpital de la charité, des banquettes d’époque en cuir rouge, de grands miroirs, des éclairages des années 1930 sous des moulures magnifiques… Un lieu hors du temps, symbole du temps qui passe, rue de la Charité : depuis des années le Café de la Cloche est resté dans son jus.

Peu de changement depuis 1930 : le lieu est le seul de la rue, à proximité de la place Bellecour à être resté tel quel.

Une épicerie au début du siècle dernier, devenue un café. Les habitués s’y retrouvent, les touristes aiment s’y perdre…

 La cloche est présente partout, même sur le sol.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
La cloche est présente partout, même sur le sol.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
 Le clocher, seul vestige de l’ancien hôpital de la Charité   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
Le clocher, seul vestige de l’ancien hôpital de la Charité   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
 Depuis deux ans, Philippe a instauré les cafés solidaires, où il offre à certains habitués, qui ont des difficultées financières, cafés et autres boissons...   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
Depuis deux ans, Philippe a instauré les cafés solidaires, où il offre à certains habitués, qui ont des difficultées financières, cafés et autres boissons...   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
 Fresque, banquettes en cuir rouge, mirroir d’époque...   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
Fresque, banquettes en cuir rouge, mirroir d’époque...   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
 La Cloche est devenu un café-brasserie au milieu du XXe siècle. Avant, c’était une épicerie.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
La Cloche est devenu un café-brasserie au milieu du XXe siècle. Avant, c’était une épicerie.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON
 La cloche est présente partout, même sur le sol.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON  Le clocher, seul vestige de l’ancien hôpital de la Charité   Photo Progrès /Joel PHILIPPON  Depuis deux ans, Philippe a instauré les cafés solidaires, où il offre à certains habitués, qui ont des difficultées financières, cafés et autres boissons...   Photo Progrès /Joel PHILIPPON  Fresque, banquettes en cuir rouge, mirroir d’époque...   Photo Progrès /Joel PHILIPPON  La Cloche est devenu un café-brasserie au milieu du XXe siècle. Avant, c’était une épicerie.   Photo Progrès /Joel PHILIPPON

Mais pour Philippe Bitat, qui a pris la succession de son père en 2002, il est pourtant temps de passer la main. Après plus de 35 ans de service, le propriétaire du Café de la Cloche à Lyon va se séparer de son établissement.

Pas de franchise comme repreneur

« J’y pense depuis deux ans. c’est un métier passionnant, très prenant, mais aussi usant. Mon week-end commençait le samedi soir tard et se terminait le dimanche soir. Et même si je faisais moins d’heures que mon père qui était présent de 6 heures du mat' à minuit, il était temps que je raccroche ».

Et bonne nouvelle, le Lyonnais de 47 ans n’a pas succombé aux sirènes des franchises. Burgers et coffee-shop se sont succédés, mais il a tenu bon, revendant finalement le fonds – au même prix qu’il l’avait acquis de son père en 2002 – à Julien Chave, apprenti sous son père et salarié depuis près de 10 ans à la Cloche. « Ce n’est pas une question d’argent » explique-t-il, « mais de choix de personne. Julien, associé en cuisine à Nicolas Fenoll, connaît l’esprit du lieu et va en perpétuer l’esprit, en le modernisant un peu évidemment ».

La Cloche devrait continuer à sonner à chaque but de l’OL ou à chaque fin de conférence-débat. Car au fil des années, le bar s’est forgé une image de lieu d’échanges. Et Philippe y est pour quelque chose puisqu’il a instauré, une dizaine de fois par mois, les cafés-débats à thème depuis une vingtaine d’années. Philo, politique, mode, environnement, mais aussi tricot, tout y passait. Sans oublier les événements sportifs comme la Coupe du Monde de rugby où Philippe a vu les Irlandais danser sur son bar -qui en garde les traces-, les 200 litres de bière vendus durant la finale de la Coupe du Monde en 2018, le film avec Benabar tourné en 2018, Pete Doherty, du groupe rock des Libertines qu’il a coursé car celui-ci avait oublié de payer, la Cloche Éphémère en avril 2008 où l’institut Paul-Bocuse a pris ses quartiers ou encore les bus de touristes qui viennent depuis des années découvrir la fresque, photographie d’une époque déjà lointaine.

« Ce lieu, c’est plein de souvenirs et évidemment, il y aura des regrets. Mais le confinement m’a permis de souffler et de me rendre compte qu’il fallait que je passe la main et que je me cherche une passion pour ma vie d’après. Et si j’ai dû me battre des années avec plusieurs bailleurs afin que le loyer ne flambe pas, je remercie l’actuel, Apicil, qui m’a offert les trois mois de fermeture, durant le confinement… » conclut-il.

La vente sera effective le 7 août et Julien Chave fermera l’établissement deux semaines pour lui faire une beauté, avant de rouvrir le 23 août. La cloche et la fresque seront toujours là.

Cloches… et moulins à cafés

Chaque institution a ses marottes… À la cloche, c’est justement la cloche, mais également les moulins à cafés.

Pour la cloche, la plus ancienne est en façade. Son histoire remonte à la disparition de l’hôpital de la Charité, détruit en 1933 pour cause d‘insalubrité. À l’époque, les mamans qui ne souhaitaient pas garder leurs nouveau-nés les déposaient dans un tourniquet en façade de l’hôpital et sonnaient cette cloche : les médecins venaient les récupérer directement dans le bureau de réception des enfants. Aujourd’hui, rares sont les photos qui montrent ce détail de l’histoire et seule la fresque, située en hauteur dans le café, rappelle cet épisode. En plus de cette cloche qui a rejoint l’établissement, pas moins de 17 cloches ont investi les lieux.

Et les moulins à cafés dans tout cela ? Tout est parti d’un vieux moulin exposé dans le café par son propriétaire au début des années 2000. Et au fil du temps, ce sont les clients qui ont proposé les leurs : désormais ce sont 42 pièces qui décorent le haut du bar. Enfin 43, comme l’explique le Lyonnais, superstitieux, si l’on compte celui qui est utilisé au quotidien…

David TAPISSIER

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