Culture Comment Sylvie Ramond a sauvé l’exposition Picasso au musée des Beaux-arts de Lyon

Sylvie Ramond, directeur général du pôle des musées d’art de Lyon.  Photo Progrès /Pierre. DUBUIS
Sylvie Ramond, directeur général du pôle des musées d’art de Lyon.  Photo Progrès /Pierre. DUBUIS

Les collections permanentes sont accessibles depuis le 22 juin et l’exposition Picasso. Baigneurs et baigneuses sera visible à partir du 15 juillet. Sylvie Ramond, directeur général du pôle des musées d’art de Lyon, raconte la genèse de cet évènement et évoque le tournant induit par la crise sanitaire pour les établissements culturels.

Vous êtes parvenue à reporter l’exposition Baigneuses, les négociations ont- elles été difficiles?

Sylvie Ramond  : « Dès l’annonce du confinement, nous avons été obligés de fermer l’exposition Picasso. Baigneurs et baigneuses alors que nous nous apprêtions à l’inaugurer. J’ai entamé les négociations tout de suite et j’ai été extrêmement frappée par l’extrême générosité des prêteurs qui ont accepté de nous permettre de présenter l’exposition cinq mois et demi au lieu des quatre mois initialement négociés.

 Pablo Picasso, Femme assise sur la plage, 10 février 1937. Legs Jacqueline Delubac, 1997. Lyon, musée des Beaux-Arts.   Photo Alain Basset
Pablo Picasso, Femme assise sur la plage, 10 février 1937. Legs Jacqueline Delubac, 1997. Lyon, musée des Beaux-Arts.   Photo Alain Basset

L’engagement de Laurent Le Bon, directeur du musée national – Picasso qui est le prêteur le plus important de l’exposition, a été déterminant. De notre côté, nous avons aussi joué la solidarité en répondant favorablement aux demandes de prolongation de prêts des musées en France ou à l’étranger ».

 Pablo Picasso, La Baignade, 12 février 1937. Huile, Venise, Peggy Guggenheim Collection. Photo Peggy Guggenheim Museum
Pablo Picasso, La Baignade, 12 février 1937. Huile, Venise, Peggy Guggenheim Collection. Photo Peggy Guggenheim Museum
Malgré tout, avec les jauges, la fréquentation sera moindre qu’espérée…

« Nous avions imaginé accueillir près de 140 000 visiteurs, une fréquentation calculée en regard du succès de l’exposition Henri Matisse en 2016. Nous espérons aujourd’hui en accueillir 60 000 en raison des jauges très restrictives imposées par les règles sanitaires et en sachant que nous ne pourrons plus compter sur les touristes étrangers. Peut-être aurons-nous une heureuse surprise…

 Picasso Pablo (1881-1973) : la Grande Baigneuse au livre. 18 février. 1937, Paris, musée national Picasso.   Photo Progrès /Mathieu Rabeau
Picasso Pablo (1881-1973) : la Grande Baigneuse au livre. 18 février. 1937, Paris, musée national Picasso.   Photo Progrès /Mathieu Rabeau

Les conséquences financières sont importantes malgré le soutien des mécènes du Club du musée Saint-Pierre qui compte 16 entreprises aujourd’hui et qui a renouvelé l’aide qu’il avait apportée pour l’exposition Matisse. Des négociations ont pu être menées auprès des compagnies d’assurance grâce au concours des services de la Ville, afin de limiter ces coûts qui risquaient de s’envoler… »

Un tableau de la collection Delubac est à l’origine de cette thématique, racontez-nous la genèse de cette exposition ?

« Depuis ma nomination à la direction du musée, j’ai toujours rêvé de concevoir une exposition à partir du tableau F emme assise sur la plage , peint le 10 février 1937, de Picasso qui m’a toujours fasciné. C’est un des chefs-d’œuvre de la collection qui a été légué au musée en 1997 par l’actrice et collectionneuse Jacqueline Delubac.

Le tableau lyonnais se rattache à deux autres tout aussi exceptionnels : La Baignade , exécutée deux jours plus tard, le 12 février conservée à la Fondation Peggy Guggenheim à Venise et la Grande Baigneuse au livre du Musée national Picasso-Paris qui leur succède une semaine plus tard le 18 février. En raison de leur fragilité, ces tableaux n’avaient jamais été réunis auparavant.

 Paul Cézanne, Cinq baigneuses, 1877-1878. Collection personnelle de Picasso. Paris, Musée national Picasso.   Photo Progrès /Mathieu Rabeau
Paul Cézanne, Cinq baigneuses, 1877-1878. Collection personnelle de Picasso. Paris, Musée national Picasso.   Photo Progrès /Mathieu Rabeau

A Lyon, ils occupent une place de choix avec des confrontations avec des maîtres anciens (Renoir, Cézanne, Gauguin, Manet), des contemporains de Picasso (Moore, Bacon…) ou encore des artistes actuels (Farah Atassi, Elsa Sahal et Guillaume Bruère) ».

 Farah Atassi, The Game [Le jeu], 2019.   Photo Rebecca Fanuele
Farah Atassi, The Game [Le jeu], 2019.   Photo Rebecca Fanuele
Cette crise marque-t-elle un tournant pour les musées ?

« Il ne s’agit pas de renoncer demain à présenter des expositions de rayonnement international (en projets : les frères Flandrin, Poussin et l’amour,…) même s’il nous faudra reconsidérer nos budgets et la cadence des expositions de cette ampleur. Il faudrait surtout que nous parvenions à remettre en cause ce système productiviste qui a eu pour conséquence de saturer l’offre des expositions en région comme à Paris et qui soumet chaque institution à une logique où l’organisation vient dominer la conception. Une des solutions serait de trouver un meilleur partage entre les expositions et les collections.

 Francis Bacon, Composition (figures) [Composition (personnages)], 1933.   Photo Triton Collection Foundation
Francis Bacon, Composition (figures) [Composition (personnages)], 1933.   Photo Triton Collection Foundation

Un autre point à explorer serait de concevoir à nouveau des collaborations avec des institutions d’un même réseau ou d’une même région. Nous pourrions imaginer de travailler ou retravailler avec des institutions en Europe et aux Etats-Unis qui sont de rang et d’importance comparables ».

 Jean Auguste Dominique Ingres, Femme aux trois bras, étude pour Le Bain turc, vers 1859.   Photo Montauban, musée Ingres Bourdelle
Jean Auguste Dominique Ingres, Femme aux trois bras, étude pour Le Bain turc, vers 1859.   Photo Montauban, musée Ingres Bourdelle
Comment continuer à proposer des thématiques singulières et attractives pour le public ?

« Nous avons à Lyon grâce au pôle des musées d’art une des collections d’art les plus importantes en France en dehors de Paris qui couvre un champ chronologique très large de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Nous pouvons concevoir à partir des collections du musée des Beaux-Arts et du Musée d’Art Contemporain d’innombrables projets d’exposition, comme nous l’avons fait avec «Penser en formes et en couleurs» l’été dernier, comme nous le ferons cet automne au MAC en proposant une relecture des collections sur le thème de l’expérience du déplacement avec la participation de plusieurs artistes de la scène locale ».

 Pablo Picasso dansant devant Baigneurs à la Garoupe dans l’atelier de La Californie, Cannes, en juillet 1957. Photo RMN-Grand Palais (Musée national Picasso)
Pablo Picasso dansant devant Baigneurs à la Garoupe dans l’atelier de La Californie, Cannes, en juillet 1957. Photo RMN-Grand Palais (Musée national Picasso)
Les possibilités de visites virtuelles sont nombreuses sur le site du musée, quels comportements avez-vous observé pendant le confinement ?

« Les contenus enrichis ont été beaucoup consultés pendant le confinement, ce qui nous a permis de garder un lien fort avec notre communauté d’abonnés qui ne cesse de grandir. Sur le site, nous avons constaté une hausse importante de la fréquentation des pages dédiées à la découverte des collections.

Les œuvres en gigapixel ont été beaucoup consultées. Les contenus enrichis, les parcours dynamiques et balades en street view disponibles depuis le site de Google Arts and Culture ont été vus deux voire trois fois plus pendant les mois de confinement qu’en janvier et en février.

Ce constat nous encourage à continuer à développer à l’ avenir les contenus numériques sur nos collections à condition qu’ils donnent envie de venir et revenir voir les œuvres en vrai ».

Les horaires

Le musée des Beaux-Arts accueille le public dans le respect des règles sanitaires depuis le 22 juin (port du masque obligatoire). Il est ouvert aux horaires habituels, tous les jours sauf les mardis et les jours fériés de 10 h à 18 h, les vendredis de 10 h 30 à 18 h (20 place des Terreaux, Lyon 1er)

L‘exposition «Picasso. baigneuses et baigneurs» sera visible du 15 juillet au 3 janvier 2021. Les modalités d‘accès au musée seront communiquées prochainement sur le site www.mba-lyon.fr

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