People Benjamin Biolay: «Pendant le confinement, je me suis plongé dans la musique»

« Quand j’étais enfant, les pilotes étaient des rock stars, et ils m’ont toujours fasciné. »  Photo Progrès /DR
« Quand j’étais enfant, les pilotes étaient des rock stars, et ils m’ont toujours fasciné. »  Photo Progrès /DR

Avec son neuvième album Grand-Prix, qui sort à la fin du mois, le Caladois retrouve le rock et les guitares, sur le thème de la course automobile. Un disque qui tombe à pic après un confinement « anxiogène » et avant une longue tournée, de l’automne aux festivals estivaux.

Ce nouvel album est très rock, plein d’énergie et de guitares. Vous avez remonté le temps?

Un peu, oui. C’est le disque que j’aurais adoré faire à mes débuts, au studio Midi-Minuit à Lyon. En fait, j’ai toujours été frustré d’être né un peu trop tard, et ne pas avoir pu participer à la grande époque de l’éclosion du rock lyonnais. Quand arrivaient la new-wave, les groupes de Manchester, j’aurais aimé essayer d’en faire une version française.

Comment avez-vous décidé de vous tourner vers ce son?

Je ne l’ai pas vraiment décidé, c’est la musique qui m’a porté. J’avais une envie très vague de musique qui danse, qui pulse, et qui soit un peu musclée. Je savais que, in fine, quand j’allais me mettre au texte, ce serait un peu noir. Je sais bien que je ne suis pas Patrick Sébastien et que mes paroles ne font se gondoler personne de rire. L’un de mes saint Graal, c’est la chanson de Joy Division, Love will tear us apart. Le texte est lugubre, et en même temps on a tous vu des gens danser et faire la fête sur ce titre. Je voulais ce contraste, et j’ai toujours poussé les musiciens vers quelque chose de dansant.

Comment avez-vous travaillé?

On a commencé à deux, avec le guitariste Pierre Jaconelli. J’avais préparé chansons, et je savais que c’était avec lui qu’il fallait que je les réalise. Je me suis privé de jouer de la guitare, je l’ai laissé faire. Il a une énergie folle, et ça m’a poussé à me mettre au diapason. Ensuite, on a fait venir un batteur et un bassiste, comme si on montait un groupe. C’était très joyeux.

 

Avec une chanson postée par soir, on ne vous a jamais vu autant que pendant le confinement…

C’est vrai ! Et c’était très agréable pour moi, et j’ai eu tellement de bons retours. Ça m’a obligé à garder une discipline de travail, à préparer ces rendez-vous, à apprendre les chansons que je n’avais jamais jouées. Pendant le confinement, je me suis plongé dans la musique, c’est la seule forme d’art à laquelle j’étais sensible. J’avais du mal à bouquiner, à regarder des films ou des séries. Alors que je pouvais me plonger dans la musique quinze heures par jour comme quand j’étais ado.

Les paroles s’adressent souvent à quelqu’un, comme un dialogue…

Là aussi, je me suis laissé emporter. Je savais que je voulais parler des pilotes automobiles, parce que ça m’a toujours fasciné. Quand j’étais enfant, les pilotes étaient des rock stars, et j’ai eu envie de parler d’eux. Mais évidemment, la mort n’est jamais loin, ce sont des gens qui jouent avec leur vie. La passion est plus forte qu’un éventuel prix à payer. C’est inhérent à leur milieu. Comme chez les alpinistes, les pilotes d’avions, les sports extrêmes… Mais malgré ce concept, derrière lequel je me croyais à l’abri, j’ai évidemment fini par parler de moi, ou de là où j’aurais aimé être.

Vous allez jouer trois soirs sur scène à Lyon, du Ninkasi au Radiant en passant par le Tobbogan de Décines. Pourquoi cette triplette?

C’est pour pouvoir faire de très petites salles. Parce que j’adore ça, mais il faut économiquement pouvoir le faire. On a une grosse tournée, avec cinq ou six musiciens sur scène, ça correspond à une certaine économie. Jouer trois dates, avec une grande salle et deux plus petites, ça équilibre le tout. Ensuite, après tous ces concerts, on sera rodés pour aller jusqu’aux festivals.

En ce moment, tout le monde a repris, sauf la musique…

C’est quelque chose que je ne comprends pas, j’ai beau retourner la question dans ma tête dans tous les sens, ça m’échappe. Quand on sait l’importance de la culture dans notre pays, y compris au niveau économique. C’est surréaliste. Et il y a beaucoup de petits producteurs indépendants qui n’y survivront pas, ce qui est terrible, car ce sont eux qui incarnent l’avenir, qui découvrent les nouveaux talents.

 

Le sport vous a manqué?

Le sport, c’est ma soupape. Quand je rentre du travail, que je suis fatigué, regarder un match, un grand-prix ou une compétition, c’est mon relâchement. Alors cette période a été terrible pour moi, évidemment. Tout ce que j’aime avait disparu…

L’OL en premier lieu…

Oui, et je comprends le combat de Jean-Michel Aulas, il est légitime. C’est quelqu’un qui a refusé de baisser les bras au moment où tout le monde les baissait. Le confinement a eu cet effet de mettre tout le monde sous cloche, comme une soumission. Et lui, non, il ne s’est pas soumis et je trouve ça chouette. Je l’aime bien pour ça…

Benjamin Biolay, album Grand-Prix (Polydor), sortie le 26 juin. En concert le 26 novembre au Ninkasi Gerland à Lyon, le 27 novembre au Radiant Bellevue à Caluire et le 28 novembre au Toboggan.

A fond la caisse

Ce nouvel album de Benjamin Biolay évoque le thème de la course automobile, la légende des pilotes, et leur vie à cent à l’heure, à frôler la mort. Musicalement, il affole aussi les radars. On est loin du crooner jazzy de ses derniers albums, et plus proche du jeune rocker lyonnais qui découvrait les Smiths et les Buzzcocks. C’est un album à danser, à l’image de la chanson « Idéogrammes » et son tempo en zone rouge. Un disque jouissif, qu’on a hâte de retrouver sur scène.

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