Elections Ces assesseurs qui jettent l’éponge pour le second tour des municipales à Lyon

Serge Rabak qui n’avait manqué aucune tenue de bureau de vote ou presque depuis plus de 20 ans dans le 2e arrondissement, a pris la décision de ne pas être assesseur ce dimanche 28 juin. Il n’est pas le seul à se mettre en retrait. Photo Progrès /Jean-Alain GARAVEL
Serge Rabak qui n’avait manqué aucune tenue de bureau de vote ou presque depuis plus de 20 ans dans le 2e arrondissement, a pris la décision de ne pas être assesseur ce dimanche 28 juin. Il n’est pas le seul à se mettre en retrait. Photo Progrès /Jean-Alain GARAVEL

Peur du Covid, crise de la vocation, manque de conviction… Un très grand nombre de fidèles des bureaux de vote a déclaré forfait pour le second tour du 28 juin. Le vide qu’ils laissent accentue les difficultés pour les mairies d’arrondissement à recruter des assesseurs pour s’assurer du bon déroulement des élections.

C’est presque un crève-cœur. En tout cas, c’est un vrai regret. Mais à 81 ans, Serge Rabak a pris la décision, en conscience, de ne pas être assesseur dans un bureau de vote du 2e arrondissement ce dimanche 28 juin, pour le second tour de l’élection municipale de Lyon. Le coronavirus aura eu raison de son engagement.

Depuis les années 1995 et l’élection d’Albéric de Lavernée à la tête du 2e, il n’avait presque jamais manqué ce rendez-vous. Passionné de politique, il y voyait un moyen de faire preuve de civisme, de faire vivre la démocratie et de passer, un bon moment, il faut bien l’avouer, aussi. Le 15 mars dernier, pour le premier tour, on le croisait encore à l’école Germaine-Tillion, recevant les électeurs, vérifiant les cartes d’identité.

À l’époque, les gestes barrières n’étaient pas totalement maîtrisés. Depuis, près de trois mois ont passé, la pandémie a laissé place à des protocoles plus réglementés. On se prépare à les mettre en place. Ce sera sans lui. Il n’a pas peur. Il est prudent. « Cette fois, vu mon âge, je jette l’éponge », dit-il. Il ne veut prendre aucun risque pour sa santé, a décidé de suivre les recommandations des autorités sanitaires d’autant que les Lyonnais qu’il regarde vivre autour de lui ne portent pas de masques et ne respectent pas vraiment les gestes barrières. À quoi bon ?

« Je n’avais pas envie d’être en première ligne »

Combien sont-ils comme lui, Lyonnais d’un certain âge, fidèle des bureaux de vote, à s’être mis en retrait ? Un très grand nombre, sans doute. Le vide qu’ils ont laissé place les mairies d’arrondissement, face une difficulté encore plus grande que d’ordinaire à recruter des présidents et des assesseurs pour leurs bureaux de vote. À Lyon, entre les élections métropolitaines et les élections municipales, c’est 1 200 personnes qu’il faut convaincre de venir passer la journée derrière la table ou l’urne. Pas simple.

« C’est même très compliqué », dit-on dans le 6e arrondissement où il manque encore une trentaine d’assesseurs. Entre les retraités qui ont répondu moins présent et les listes moins nombreuses au second tour, les assesseurs, citoyens ou politiques, se font rares. Jeanne, 62 ans, n’a pas voulu tenter le diable cette fois-ci. Elle qui allait, à chaque élection, aider au dépouillement, a décidé que le 28 juin, les choses se feraient sans elle. « Je n’avais pas envie d’être en première ligne » , justifie-t-elle simplement, alors même que la Ville assure que « tout sera mis en œuvre pour garantir la sécurité sanitaire des électeurs, comme des membres des bureaux de vote lors du déroulement du scrutin ».

« Désistement par wagon »

Le coronavirus n’est pas le seul responsable des forfaits recensés. Il y a aussi ceux qui marquent le coup. « Ce n’est pas que j’ai peur du coronavirus mais je suis écœurée. On nous a fait prendre un risque. Jeter l’éponge pour ce dimanche, c’est aussi un moyen de dire que je ne suis pas d’accord avec la manière dont le premier tour a été organisé. Il n’aurait jamais dû avoir lieu dans ces conditions », affirme Marie (prénom d’emprunt), qui a tenu un bureau de vote dans le 3e arrondissement. Crise de la vocation. Manque de conviction.

« Politiquement, certains de nos habitués des bureaux de vote, ne s’y retrouvent plus. Jusque-là, ils étaient portés par leurs idéaux. Ce manque de sens ne leur donne pas envie de participer à l’effort collectif », explique-t-on également à la mairie du 2e arrondissement où il manque encore une vingtaine d’assesseurs pour les 40 bureaux. « La campagne de recrutement lancée par la mairie centrale auprès des citoyens n’a pas vraiment marché. Elle nous a amené quelques nouvelles têtes, bien sûr. Mais pas assez. Le renouvellement ne s’opère pas autant qu’il le faudrait. »

Comment combler, alors ? « En relançant les gens que l’on connaît », affirme-t-on dans le 4e arrondissement. Ici, il manque une dizaine d’assesseurs mais le climat est moins tendu qu’en mars dernier. « À quelques jours du premier tour, on avait été confronté à des désistements par wagon. Il avait fallu faire des pieds et des mains. Je mise sur les assesseurs politiques pour combler. »

Faudra-t-il réquisitionner les agents de la ville ?

À petit arrondissement, petit trou dans la raquette. Dans les gros arrondissements, c’est une vraie pénurie. Exemple dans le 7e où il reste à peine une semaine pour trouver une quinzaine de présidents de bureau et plus de 60 assesseurs pour un total de 76 bureaux. Au cabinet de la maire, on enchaîne les coups de téléphone, les relances par mail. On dépense énormément d’énergie pour recruter ces bénévoles chargés de s‘assurer du bon déroulement du vote et faire émarger les votants.

« Certains s’interrogent encore. Ils réservent leur réponse jusqu’au dernier moment. On travaille aussi avec les listes candidates. Elles font preuve de compréhension, mais pour elles aussi c’est compliqué », indique un membre du cabinet qui espère bien « recruter deux personnes de plus d’ici ce soir ».

Pourrait-il y avoir des bureaux sans assesseurs le dimanche matin ? Qui pour s’assurer alors de la régularité du scrutin, vérifier l‘identité des électeurs, faire signer la liste d’émargement et tamponner la carte électorale ? Dès la publication du décret portant sur le second tour des élections municipales, tous les maires d’arrondissement avaient alerté la mairie centrale et la préfecture au sujet des difficultés qu’il y aurait sûrement à recruter des bénévoles pour tenir les bureaux. S’en était suivie une « invitation » lancée aux agents de la ville de Lyon afin que ceux-ci se mobilisent le 28 juin pour tenir les bureaux, avec formation à la clé. « Si le jour du vote, les bureaux ne sont pas au complet, le maire peut réquisitionner des personnes parmi les votants présents. Avant d’en arriver là, peut-être faut-il songer à réquisitionner les agents de la ville… »

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