Société Les coworking à la (re)conquête de l’espace

Les espaces de coworking post déconfinement : ici à La Cordée Valmy, dans le 9e arrondissement. Photo Sandrine RANCY
Les espaces de coworking post déconfinement : ici à La Cordée Valmy, dans le 9e arrondissement. Photo Sandrine RANCY

La crise sanitaire est venue remettre en cause l’idée même de ces espaces de travail qui, en dix ans, ont poussé comme des champignons. Ils ne s’avouent pourtant pas vaincus, bien au contraire, comme à La Cordée qui dispose de cinq « tiers-lieux » dans la Métropole.

En l’espace de quelques années, la façon de travailler s’est faite davantage nomade. Plus de « 50 % des travailleurs déclarent aujourd’hui travailler en dehors de chez eux au moins une fois par semaine, en mode nomade et de façon informelle. Les espaces de coworking ont été multipliés par 3 en 5 ans. », nous expliquait en 2016 Jean Pouly, fondateur d’Econum, société de conseil spécialisée dans la transformation numérique dans le domaine du travail notamment et vice-président d’un espace de coworking à Charly. Des petits, des gros, des associatifs : ces « troisièmes lieux » ont poussé comme des champignons.

A Lyon, ce sont plus d’une soixantaine de lieux qui se sont implantés en dix ans. Mais la crise du coronavirus est venue mettre des grains de sable dans les rouages d’un système pourtant bien huilé.

« Nous avons perdu 80 % de notre CA »

Si les acteurs accusent le coup, ils n’ont pas dit leur dernier mot, à l’image d’une des références lyonnaises en matière d’espaces partagés, La Cordée, qui a essaimé partout en France (Paris, Rennes, Marseille…). Toutes ont rouvert sauf celle de Perrache, déjà en difficulté de rentabilité et « trop petite pour supporter la distanciation physique ».

« Depuis la reprise le 12 mai, nous avons 40 % de salariés en télétravail sur l'ensemble de nos 800 membres. Nous avons perdu 80 % de notre CA pendant la période du confinement mais l’activité reprend progressivement. Nous sommes revenus à 40 % de notre remplissage « normal » et nous projetons une croissance jusqu’à début juillet avant la pause estivale. Comme pour beaucoup de confrères, l’enjeu est désormais la rentrée de septembre », nous explique Jérémy David, manager des Cordées lyonnaises.

Les open space peuvent-ils survivre à la crise sanitaire ?

Les experts s’interrogent sur le devenir du modèle : comment les open space, lieux de partage par excellence, peuvent-ils survivre à cette crise ? « Il faut distinguer le court terme (six mois) et une pression économique et financière à laquelle ne vont probablement pas survivre beaucoup de petits espaces non soutenus par la collectivité, du moyen-long terme dans lesquels les perspectives sont plus optimistes. Nous avons gagné plusieurs années d‘acculturation des organisations sur le plan du télétravail. Les espaces de coworking sont bien placés pour répondre à des besoins amplifiés par la crise comme la mobilité et la formation. Enfin, notre rôle de carrefour - économique, social, culturel, citoyen… - est plus que jamais reconnu sur les territoires, notamment par la puissance publique. L’ association France Tiers-lieux, qui structure désormais le secteur, a organisé récemment une réunion avec huit ministres pour nous intégrer dans le plan de relance », estime Jérémy David.

 

La communauté de La Cordée Valmy affichée. Photo Progrès /Sandrine RANCY
La communauté de La Cordée Valmy affichée. Photo Progrès /Sandrine RANCY
Les déjeuners peuvent se faire à l’intérieur, distancés, ou dehors. Photo Progrès /Sandrine RANCY
Les déjeuners peuvent se faire à l’intérieur, distancés, ou dehors. Photo Progrès /Sandrine RANCY
La communauté de La Cordée Valmy affichée. Photo Progrès /Sandrine RANCY Les déjeuners peuvent se faire à l’intérieur, distancés, ou dehors. Photo Progrès /Sandrine RANCY

Mais l’interaction sociale, clé de voûte des coworking, peut-elle vraiment subsister dans ces troisièmes lieux ? Jérémy David reconnaît que la distanciation physique (et non sociale comme il tient à le préciser) est contraignante mais se dépasse : « Le confinement a rappelé à tout le monde que nous avons plus que jamais besoin de lien social, de convivialité, d’entraide et d’espace physique pour nous retrouver ».

« Les gens se réapproprient les lieux différemment »

Cécile, responsable de La Cordée Valmy : « Ceux qui ne reviennent pas sont ceux qui ont soit des enfants à garder (les enfants n’ont école que deux jours par semaine) ou des salariés dont les entreprises veulent qu’ils ne reviennent qu’en septembre ».  Photo Progrès /Sandrine RANCY
Cécile, responsable de La Cordée Valmy : « Ceux qui ne reviennent pas sont ceux qui ont soit des enfants à garder (les enfants n’ont école que deux jours par semaine) ou des salariés dont les entreprises veulent qu’ils ne reviennent qu’en septembre ». Photo Progrès /Sandrine RANCY

Cécile, couteau suisse (responsable) La Cordée Valmy, Lyon 9e

« Finalement, cette crise est une sorte d’opportunité à saisir : on a davantage de place, on est moins les uns sur les autres. Les gens se sont réapproprié les lieux. Ils peuvent faire les mêmes choses qu’avant mais distanciés physiquement. J’insiste sur ce dernier terme car ce n’est pas de la distanciation sociale mais de la distanciation physique dont il s’agit. Nous continuons même à faire des apéros à la différence près que les gens apportent leur propre apéro, ce n’est plus partagé.

Pour l’organisation de l’espace, il y a du gel, mais les masques ne sont pas obligatoires… Nous nous mettons à 1m20 les uns des autres donc nous pouvons continuer à déjeuner ensemble car il y a des grandes tables. Les espaces sont aérés en permanence et les salles de réunion qui n’ont pas de fenêtre sont condamnées. La moitié de notre communauté est de retour. Nous connaissons la typologie des personnes qui ne reviennent pas : des parents qui ont encore des enfants à garder, des télétravailleurs dont les entreprises veulent qu’ils restent chez eux jusqu’en septembre et les chefs d’entreprise qui ont à économiser dans un premier temps ».

Sandrine RANCY

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