Culture Sans spectacle depuis mars, la Maison de la danse est "fragilisée"

Dominique Hervieu, directrice Maison de la danse.  Photo Progrès /Aline DURET
Dominique Hervieu, directrice Maison de la danse.  Photo Progrès /Aline DURET
La maison de la Danse ne rouvrira qu'en septembre. Photo d'archives Progrès
La maison de la Danse ne rouvrira qu'en septembre. Photo d'archives Progrès
Dominique Hervieu, directrice Maison de la danse.  Photo Progrès /Aline DURET La maison de la Danse ne rouvrira qu'en septembre. Photo d'archives Progrès

Il en a fallu des heures de réflexions et des coups de téléphone pour concevoir la saison 2020-2021 à la Maison de la danse, lancée officiellement lundi 15 juin. Après des mois où la scène est restée désespérément vide, et une absence de ressources importantes, la directrice Dominique Hervieu nous parle de la réouverture très attendue en septembre. Très compliquée aussi.

Privée de ressources depuis des semaines, la Maison de la danse est-elle en difficulté ?

« En effet, la Maison de la Danse est fragilisée aujourd’hui par cette crise de façon structurelle. Son modèle économique est fragile. Même si elle a des subventions, c’est une Maison qui est peu subventionnée, puisque 60 % de son budget relève de recettes propres : billetterie, mécénat et évènements. Le fait est que les subventions ne couvrent pas le théâtre en ordre de marche. Il faut rentrer des recettes propres pour le faire fonctionner ».

Pas de billetterie, pas d’argent ?

« Ce modèle, fragile en cas de crise est vertueux, car il demande peu d’argent public finalement par rapport à la renommée de la Maison et à ses missions qui sont des missions de service public. On pourrait dire que c’est une espèce d’anomalie dans le paysage culturel. À mon arrivée, j’étais très désireuse de relever le défi des missions de services publics comme la production, l’accompagnement des artistes, le développement artistique et culturel et toute la question de la solidarité. L’absence de billetterie nous met dans une situation de très grande fragilité. Là, on est au pied du mur. Aujourd’hui c’est compliqué de donner un chiffre de déficit ».

Faut-il changer de modèle ?

« Puisqu’on est dans un problème structurel cette question devient une question de fond. Le modèle est fragile tout le monde le savait, c’était connu. Ce qui a été énoncé régulièrement se vérifie aujourd’hui, dans quelque chose d’assez préoccupant.

On réfléchit avec nos tutelles, la Ville de Lyon principalement et l’État, puis la Région et la Métropole. Il y aura une concertation en septembre. La Région a annoncé un soutien à la culture, l’État, la Ville et la Métropole sont à l’écoute, préoccupés et plutôt positifs à l’idée de soutenir la Maison de la danse dans ce moment de crise et je l’espère aussi plus largement par son avenir. On a un conseil d’administration la semaine prochaine, aujourd’hui, il n’y a pas de défaillance annoncée ».

La Maison de la danse est-elle menacée ?

« Non. Nous sommes dans des discussions constructives, mais dans un contexte économique contraint pour tous. La Maison de la danse bénéficie d’une sympathie, c’est la seule Maison en France intégralement dédiée à l’art chorégraphique. On va bénéficier de cette dimension unique et de réussite. On bénéficie d’une gestion exemplaire vertueuse et s’appuyant sur une adhésion du public et sur ses missions de service public importantes ».

Quelles sont vos demandes ?

« Une attention très particulière, un soutien en fonction de la durée de la crise et d’une possibilité de reprise de la saison 2020-2021 ».

Serez-vous aux côtés des compagnies ?

« On reprend. La dynamique a été actée en concertation avec les tutelles. Ma réflexion c’est de dire après tout ça, de quoi a-t-on besoin ? J’ai été en contact avec les artistes, on se rend compte que les créateurs en danse sont KO. Je ne m’attendais pas à ce niveau-là de sidération, ça touche leur identité d’artistes. Ils vivaient une espèce d’injustice d’année blanche, avec des promotions d’étudiants un peu sacrifiés qui ne peuvent pas faire de stages dans les compagnies, de jeunes artistes en plein processus de création qui sont choqués par cette interruption brutale. Alors je me suis dit "ce qui est urgent c’est de leur donner un plateau, de leur dire, recréez" ».

Comment rebondir ?

« Aujourd’hui la jauge est réduite. C’est-à-dire que sur une salle de 1 100 places, l’autorisation, en fonction des derniers décrets, porte sur 335 places. Dès septembre, avec l’Automne de la danse, c’est un retour en douceur que l’on propose. Cela nous permet de dire aux spectateurs, nous, on a plein de ressources à la Maison de la danse, c’est le moment de les connaître, d’en jouir, et ça vous permettra de rentrer dans la saison avec plus de culture chorégraphique en sachant mieux comment les œuvres se créent et en échangeant avec les artistes. »

Cette crise a-t-elle remis en cause le projet de l’Atelier de danse dans l’ex-musée Guimet ?

«Le projet de l’Atelier de danse prévu au musée Guimet a été adopté par les élus en janvier 2020. L’équipe de maîtrise d’œuvre et les services de la Ville de la Lyon sont en train de travailler sur les esquisses. Le chantier n’a pas démarré. Il n’y a aucun signal de renoncement à ce projet. Je ne peux rien dire d’autre. »

La présentation en ligne de la saison 2020-2021 a eu lieu lundi 15 juin. Rendez-vous sur le site de la Maison de la Danse et sur sa page Facebook.

Propos recueillis par Aline DURET

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