Spectacles Quand pourrons-nous retourner dans les salles de concert ?

« On a l’impression que tout le monde est déconfiné, sauf nous » plaident les organisateurs de concerts ». P hoto Progrès /Rémy PERRIN
« On a l’impression que tout le monde est déconfiné, sauf nous » plaident les organisateurs de concerts ». P hoto Progrès /Rémy PERRIN
« Notre métier, c’est de rapprocher les gens » souligne   le responsable de Mediatone, qui organise le festival Reperkusound.  Photo Progrès /Joris COURONNET
« Notre métier, c’est de rapprocher les gens » souligne le responsable de Mediatone, qui organise le festival Reperkusound.  Photo Progrès /Joris COURONNET
« On a l’impression que tout le monde est déconfiné, sauf nous » plaident les organisateurs de concerts ». P hoto Progrès /Rémy PERRIN « Notre métier, c’est de rapprocher les gens » souligne   le responsable de Mediatone, qui organise le festival Reperkusound.  Photo Progrès /Joris COURONNET

Sur le papier, rien ne s’oppose au retour des concerts de moins de 5 000 spectateurs. Mais en l’absence de précision quant aux mesures sanitaires nécessaires, les organisateurs de concerts attendent septembre et un retour à la normale pour envisager la saison 2020.

Est-ce que l’on peut organiser des concerts ? « Oui, sur le papier c’est possible », répondent les professionnels du secteur. Allez-vous le faire ? « Non, pas dans l’état actuel », répondent les mêmes.

Le 2 juin dernier, le Premier ministre Édouard Philippe, avait annoncé la réouverture des salles de spectacles et des théâtres dans les zones vertes, en précisant que le port du masque serait obligatoire et que « les règles de distanciation physique devront y être respectées par une organisation spécifique des places assises, une gestion des flux conforme au protocole sanitaire ».

« On ne peut pas demander aux gens de rester trois heures avec un masque »

Et c’est bien là que le bât blesse. Comment organiser un concert avec plus d’un mètre en chaque spectateur. « C’est n’est ni dans notre modèle culturel, ni dans notre modèle économique » explique Cyrille Bonin, directeur du Transbordeur et représentant régional du syndicat des producteurs de spectacles, Prodiss.

« Notre métier, c’est de rapprocher les gens » plaide Eric Fillon, de l’association Médiatone, qui organise des concerts dans toutes les salles de Lyon, et les festivals Reperkusound ou les Authentiks. « On ne peut pas demander aux gens de rester trois heures avec un masque, et de ne même pas boire une bière entre deux artistes » poursuit Franck Broussas, producteur d’artistes (Balmino, Erwan Pinard) avec sa société Samedi 14.

Un concert doit être un lieu convivial et festif, ce qui ne cadre pas avec la distanciation sociale. « Et dans le même temps, on n’oublie pas nos responsabilités envers le public et sa santé, alors on préfère s’abstenir » souligne Cyrille Bonin.

La distanciation est aussi un frein économique. On ne peut rentabiliser un spectacle avec la moitié d’une jauge. « Il m’arrive régulièrement d’avoir besoin que la salle soit pleine pour espérer faire un bénéfice » rappelle Charline Pouzet, d’Arachnée Concerts (Obispo, Bruel, les Bodin’s…) Envisager un siège sur deux n’est pas viable. Sans parler des concerts de rock, debout, où chacun devrait rester dans son pré carré.

Attendre septembre

Pour ces raisons, les concerts n’ont pas repris. « On est trop dans le flou. Le ministre fait des annonces, mais sur le terrain, personne ne nous dit comme faire. J’essaie de reporter un concert du pianiste Alexandre Kantorow à la salle Molière, personne ne peut me dire les conditions nécessaires à cet exercice. J’envisage aussi de me replier au Musée des tissus, et de faire trois séances. On ne sait plus sur quel pied danser…, explique Jérôme Chabannes, directeur du festival « Piano à Lyon ».

« On a l’impression que tout le monde est déconfiné, sauf nous » plaident les organisateurs de concerts  »

D’un même élan, la plupart des organisateurs ont choisi d’attendre septembre. « Il y aura d’autres annonces, on espère que les mesures de distanciation seront abrogées, comme elles l’ont été pour les trains et les avions » plaide Franck Broussas. « On est prêts à s’adapter, mais il est impératif que l’on reprenne, nos structures sont en péril » rappelle Eric Fillon. « Pour l’instant, on a juste sauvé notre peau avec les aides diverses. Maintenant il faut survivre » souligne Cyrille Bonin.

"Il faut rassurer le public"

Les spectateurs reviendront-ils dans les salles ? C’est l’une des craintes de la profession. Retourner dans des salles fermées, aux côtés d’inconnus, peut inquiéter les amateurs de musique, notamment les plus âgés. « À nous de les rassurer » expliquent les organisateurs de spectacles

« Pendant le confinement, j’ai gardé la ligne du bureau à la maison, et j’ai parlé à de nombreux spectateurs qui cherchaient des informations sur les concerts qui avaient été annulés. La plupart exprimaient leur volonté de garder leur place et attendre un éventuel report. Les gens veulent retrouver les spectacles » explique Charline Pouzet, d’Arachnée Concerts. « En revanche, j’ai trouvé que les plateformes de vente de tickets ont été bien trop absentes. Si les gens finissaient par m’appeler, c’est qu’ils n’avaient de réponse nulle part. On entre dans une période qui va être difficile, il faut respecter et accompagner nos clients, et notamment leur rappeler que si un spectacle ne doit pas être joué, le public sera remboursé rapidement, et facilement. »

Thierry MEISSIREL

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