Football Pourquoi Aulas ne lâche rien

Jean-Michel Aulas est le président de l’OL depuis 33 ans.  Photo Stéphane GUIOCHON/Le Progrès
Jean-Michel Aulas est le président de l’OL depuis 33 ans.  Photo Stéphane GUIOCHON/Le Progrès

Le président de l’OL irrite beaucoup de monde avec son combat contre l’arrêt de la saison du foot pro. On lui reproche de ne prêcher que pour sa paroisse. C’est beaucoup moins simpliste que ça.

67 % des personnes interrogées par Odoxa pour Groupama et RTL estiment que Jean-Michel Aulas a tort de s’obstiner à demander la reprise de la Ligue 1. Ce n’est sûrement pas ce qui va arrêter le président de l’OL.

Défenseur infatigable de son club

Avec pertinence, mais aussi de temps en temps mauvaise foi, Jean-Michel Aulas défend les intérêts de l’OL, dont il est président depuis 33 ans. Dans toutes les situations (mauvais résultats, fronde des supporters, décisions arbitrales…). Depuis le début de la crise sanitaire, il a beaucoup – trop ? – parlé, enchaînant les propositions. Comme l’ont d’ailleurs fait la majorité des présidents de clubs français, ses idées étaient souvent au bénéfice de son club (saison blanche, play-off…). Avec l’arrêt définitif de la L1 et le classement au quotient (OL 7e et non européen, une première depuis 25 ans), il est devenu l’un des derniers – avec Amiens – à continuer le combat. Le fait que ce système soit favorable aux clubs des dirigeants qui l’ont choisi n’est pas étranger à la situation. Un modèle mathématique aux 10 000 simulations, réalisé par le très sérieux Stats Perform (Opta), place d’ailleurs l’OL 5e, à un seul point de Rennes et Lille.

Une vision de chef d’entreprise

Seul club de L1 côté en Bourse, seul propriétaire de ses installations, l’OL est un modèle économique à part dans le foot français. Il gère ses propres revenus. Avec souvent un coup d’avance. Il vient ainsi de prendre une participation importante dans le capital de l’Asvel de Tony Parker et s’apprête à lancer le chantier d’une salle de 16 000 places pour accueillir concerts et matchs de basket. « OL vallée », c’est aujourd’hui un stade, une clinique privée, un hôtel, des immeubles de bureaux ou encore un centre de loisirs qui ouvrira dans quelques mois. C’est cet aspect économique que JMA met en avant dans son combat contre l’arrêt de la L1. « Une perte de 500 à 900M€ pour le foot français » clame-t-il. « Fin 2020, des clubs vont devoir s’arrêter ». Venant du patron d’OL Groupe, quatre exercices financiers d’affilée bénéficiaires depuis l’entrée dans le stade, +19 % de produits des activités sur les trois premiers trimestres de l’exercice, l’argument peut être entendu.

Un combat devenu politique

Si la LFP a arrêté les championnats, c’est après les déclarations d’Édouard Philippe. Depuis, Jean-Michel Aulas, preuves à l’appui, martèle que l’UEFA n’a jamais demandé une décision pour le 3 mai, comme expliqué alors par les dirigeants du foot français, mais pour le 25 mai. Et qu’il était urgent d’attendre. « Il y a donc lieu impérativement de se poser la question d’une reprise du championnat afin d’éviter la catastrophe économique annoncée » a-t-il encore écrit dimanche, pour la troisième fois, aux parlementaires. Là, on ne peut pas l’accuser de plaider que pour sa propre paroisse. Car tous les clubs auraient intérêt à ce que les droits télé soient versés par Canal et BeIn.

Une suite judiciaire

L’OL a déposé deux plaintes devant le tribunal administratif de Paris : l’une en référé contre la décision d’arrêt du championnat, l’autre contre le mode de classement retenu. La première devrait être examinée dans les jours qui viennent, alors que le gouvernement fait en ce moment voter un texte pour sécuriser les décisions des fédérations.

La deuxième, dont l’audience viendra plus tard, se penchera sur « la perte de chances » liée au choix de classement. Et là, nombre de juristes consultés croient aux chances de l’OL. Un gros chèque qui tomberait néanmoins longtemps après le combat.

François GUTTIN-LOMBARD

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