Lyon Avec Gabiodiv' le Rhône se rachète une biodiversité

Quentin Brunelle et Victorine De Lachaise, co-fondateurs de l’association Des espèces parmi’lyon, près du Gabiodiv'. Photo Joël PHILIPPON
Quentin Brunelle et Victorine De Lachaise, co-fondateurs de l’association Des espèces parmi’lyon, près du Gabiodiv'. Photo Joël PHILIPPON

Si le retour d’un castor sur les berges du Rhône est le symbole de la réussite du projet Gabiodiv', l’installation de ce premier module végétalisé par l’association "Des espèces parmi’Lyon" a accéléré le retour de nombreux animaux au cœur de la ville de Lyon.

« Regardez… des brochetons ! C’est incroyable, on n’en a pas vu dans le Rhône depuis les années 1950 ». Quentin Brunelle, observe avec ravissement la structure écologique depuis la berge Karen-Blixen. « Le brochet est une espèce protégée» poursuit-il.

«Il ne se reproduit plus en milieu naturel, uniquement en élevage. Voir plusieurs brochetons veut dire qu’il y a eu une ponte au sein du Gabiodiv', c’est une excellente nouvelle pour le retour de l’espèce ! »

Un brocheton Photo Joël PHILIPPON
Un brocheton Photo Joël PHILIPPON

Et ce n’est pas la seule bonne nouvelle. Le Gabiodiv' adopté rapidement par les animaux, est déjà un véritable repère pour des oiseaux, des poissons et des mammifères.

Mais c’est quoi exactement ce lieu ? Il s’agit d’un projet d’aménagement des berges du Rhône unique en son genre, en plein centre-ville, en faveur de la biodiversité urbaine. Son objectif ? Offrir des habitats naturels propices à de nombreuses espèces là où une grande partie de la biodiversité a disparu au cœur des villes.

Derrière cette idée, deux Lyonnais de 26 et 24 ans. Quentin Brunelle et Victorine De Lachaise se sont rencontrés en 2015, en BTS de gestion et de protection de la nature à Lyon. Une passion identique les anime : parler des animaux en ville et ils décident de créer une association naturaliste, Des espèces parmi’Lyon, pour effectuer des reportages animaliers en milieu urbain.

Toucher le public

C’est en se promenant sur les quais bétonnés de Lyon en 2018, que vient l’idée d’installer un corridor écologique. Celui-ci offrirait une multitude d’habitats à de nombreuses espèces…. et il pourrait être visible par tous. « En fait, nous recherchions à sensibiliser la population » explique Victorine. « Et quoi de mieux que cette zone en face de l’Hôtel-Dieu, entre le skatepark et la piscine du Rhône ? C’est super-exposé et on s’est dit qu’on pourrait toucher le public qui viendrait se promener là, ou boire l’apéro ».

Ils remportent l’appel à projet lancé par l’Agence de L’eau et un an de recherche plus tard, c’est l’école de la Maison familiale rurale à Anse qui vient fin décembre 2019, installer, sur 60 mètres, les 27 gabions, chargés de sable, de terreaux et de galets, le tout accompagné de fagots et de 24 espèces végétales.

Le confinement, accélérateur de la venue des animaux

Une revégétalisation certainement accélérée par le calme, lié aux deux mois de confinement… mais qui devrait se poursuivre avec les beaux jours. « Ce qui est étonnant, c’est de voir l’intérêt et le respect des passants ! Une fois nous sommes montés dessus pour faire des relevés et des gens sur le Pont de la Guillotière nous hurlaient « C’est pour les animaux » ! Désormais, on met des gilets jaunes pour être repéré… » rajoute-t-elle.

Le Gabiodiv, visible 24 heures sur 24 va être enrichi les prochains jours deux panneaux expliquant au public le projet et les espèces qu’il accueille. « Évidemment, on voit plus loin ! Pourquoi ne pas l’étendre à d’autres quais, ici ou ailleurs ? On a des touches à Amsterdam et on attend que Lyon se manifeste » termine Quentin Brunelle.

Association Des animaux parmi’Lyon, Maison de l’économie circulaire, 36 cours Général-Giraud à Lyon 1er. Tel. : 07 77 38 01 22.

Une expérimentation déjà réussie

Le Gabiodiv' (qui vient de gabion -un casier métallique- et de biodiversité est dérivé des lônes, bras morts de fleuve, qui présentent des écosystèmes riches avec leurs eaux stagnantes. C’est ainsi que 24 espèces végétales y ont été plantées et qu’en cinq mois, on en trouve 38. Dans le même sens, plus de 70 espèces de poissons, insectes, oiseaux mais aussi mammifères se le sont approprié.

Côté oiseaux, martin-pêcheur le matin, bergeronnette des ruisseaux, chevalier guignette, moineaux domestique, héron cendré le soir pour les plus remarquables mais aussi une première à Lyon : un faucon hobereau observé récemment. Parmi les poissons, brochet et brochetons, chevenne, brème, gardon. mais également des mammifères comme un castor, des ragondins, des surmulots.

Restent les insectes fortement présents, qui, les beaux jours arrivant, s’annoncent encore plus nombreux…

A noter enfin que le projet global a coûté en tout 100 000 € (recherche comprise). Dans le cas où il serait reproduit ailleurs, la somme serait beaucoup moins importante...

David TAPISSIER

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