Coronavirus Quel avenir pour l'essai Discovery piloté à Lyon?

Florence Ader Photo Progrès/DR
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Photo Progrès/Stéphane GUIOCHON
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Le siège des Hospices Civils de Lyon (HCL) qui pilote l'essai clinique Discovery lancé dimanche. Photo Progrès/Maxime JEGAT
Le siège des Hospices Civils de Lyon (HCL) qui pilote l'essai clinique Discovery lancé dimanche. Photo Progrès/Maxime JEGAT
Florence Ader Photo Progrès/DR Photo Progrès/Stéphane GUIOCHON Le siège des Hospices Civils de Lyon (HCL) qui pilote l'essai clinique Discovery lancé dimanche. Photo Progrès/Maxime JEGAT

Alors que l’essai « européen » peine à dépasser les frontières françaises, Florence Ader, infectiologue à l’hôpital de la Croix-Rousse qui pilote cette étude, minimise dans une vidéo les difficultés rencontrées. Cependant, il apparaît de moins en moins probable que cet essai apporte les réponses espérées en termes de traitement.

Lancé le 22 mars par l’Inserm, Discovery avait été présenté comme l’un des plus ambitieux essais cliniques sur le Covid-19 avec un objectif de 3 200 patients inclus en Europe dont 800 en France.

À la suite du « buzz » créé par Didier Raoult sur l’hydroxychloroquine, ce médicament avait été ajouté in extremis à l’essai, à la demande du gouvernement français et de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), alors que Discovery ne devait au départ évaluer que quatre thérapeutiques : le remdesivir, du lopinavir et du ritonavir, ces deux derniers associés ou non à l’interféron bêta.

Des annonces de résultats sans cesse repoussés

Lors du lancement, le pilote de cet essai, le Pr Florence Ader, infectiologue à l’hôpital de la Croix-Rousse, promettait « des résultats en temps réel », puis une communication fin avril. Le 4 mai, Emmanuel Macron annonçait encore : « On aura des résultats le 14 mai ». Mais, lundi 11 mai, Olivier Véran s’est montré plus prudent sur BFM, n’avançant plus de date.
Le comité d’experts indépendant examinant les résultats de Discovery devait se réunir dans la journée pour faire le point sur Discovery qui patine, faute d’inclusion de patients hors des frontières françaises

Seul le Luxembourg participe… avec un patient

Directeur du consortium Reacting qui chapeaute cet essai, le Pr Yazdan Yazdanpanah, infectiologue à l’hôpital Bichat, déplorait le 1er mai, dans une interview au Monde, le manque de coopération européenne sur cet essai : « Chaque pays a travaillé pour lui, et on a beaucoup de mal à coopérer. Seul le Luxembourg nous a rejoints »

Mais, alors que la France a inclus 739 patients, le Luxembourg n’avait inclus, le 6 mai, qu’un seul patient. Comme l’a confirmé, le Pr Ader, lors de son audition à la commission des affaires sociales du Sénat. Si elle a reconnu que la coopération européenne patinait, l’infectiologue lyonnaise a souligné :

« Aucun pays ne s’est formellement retiré des discussions ». Cependant, plusieurs pays considérés comme partenaires (Espagne, Italie) ont rejoint directement l’essai Solidarity de l’OMS à l’échelle internationale sur les mêmes traitements, mais avec des critères méthodologiques moins contraignants. Tandis que la Grande-Bretagne a développé sa propre étude, « ReCoVery ».

De moins en moins d’hospitalisations et de patients graves

Au lendemain de cette audition, un 2e « point d’étape vidéo » - moyen de communication privilégié par les Hospices civils de Lyon sur Discovery - était diffusé, dans lequel le Pr Ader tente d’expliquer que les différentes stratégies choisies par les pays européens ne remettent pas en cause Discovery, que des discussions se poursuivent avec l’Allemagne, le Portugal, l’Autriche et « de gros centres » de Belgique et qu’on « est en train de régler les problèmes d’harmonisation » entre les réglementations européennes. Elle explique qu’au-delà de Discovery, l’objectif est de « créer un réseau » capable de mobiliser au mieux la communauté européenne en matière de recherche.

Derrière ce changement d’objectif initial, il apparaît que, conjugué aux freins administratifs, la baisse des hospitalisations en Europe, rend irréalisable l’objectif de 3 200 patients à moyen terme. Même en cas de deuxième vague importante, Discovery n’apportera pas leurs réponses scientifiquement fiables espérées rapidement.

Trop d’études ?

Aujourd’hui, des scientifiques estiment que trop d’études cliniques ont été lancées sur le Covid-19. C’est le cas de l’Académie de médecine qui regrette une dispersion dont l’effet aura été de limiter la taille des effectifs et donc de réduire la puissance statistique des résultats. À ce jour, malgré plusieurs annonces de traitements prometteurs, aucun médicament n’a fait la preuve d’une efficacité formellement prouvée dans le traitement du Covid-19.

Sylvie MONTARON

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