Rugby Julien Puricelli (LOU Rugby) : "Je n’ai pas pris la grosse claque dont tout le monde parle"

Une des dernières photos de Julien Puricelli en action face au Leinster.  Photo Progrès /Maxime JEGAT
Une des dernières photos de Julien Puricelli en action face au Leinster. Photo Progrès /Maxime JEGAT
Une des dernières photos de Julien Puricelli en action face au Leinster.  Photo Progrès /Maxime JEGAT

La carrière de Julien Puricelli a pris fin brutalement le 23 novembre dernier sur la pelouse de Gerland. Victime d’une sérieuse commotion face au Leinster, il n’a plus rejoué. Après 128 matches avec le LOU en six saisons, il va passer définitivement de l’autre côté de la barrière et devenir à temps plein entraîneur de la touche du club lyonnais.

Quand avez-vous eu dernièrement vos coéquipiers ?

« On a soldé la saison tous ensemble par une visioconférence le 1er  mai. Au lieu de faire notre traditionnel repas de fin de saison, on s’est dit au revoir à distance. Chacun y est allé de son petit mot. Mais se séparer comme ça, au téléphone, c’est assez étrange, pour ne pas dire morose. J’avoue avoir eu du mal à supporter cette réunion. »

« Je termine ma carrière plaquée par une commotion et un coronavirus  »

Ce n’est sans doute pas la fin que vous espériez ?

« On imagine toujours une belle sortie sur le terrain, entourée de sa famille, de ses amis, de ses coéquipiers, des supporters. Égoïstement, c’est ce que j’espérais. Et là, je termine ma carrière plaquée par une commotion et un coronavirus. Avouez que c’est quand même invraisemblable. En tout cas, c’est terriblement frustrant. Mais vu la situation sanitaire actuelle et la souffrance des personnes touchées par le Covid-19, je n’ai pas le droit de me plaindre. »

Quand avez-vous pris conscience que votre carrière de joueur était terminée ?

« On ne prend jamais vraiment conscience que c’est fini. Même si c’est illusoire, on conserve toujours un petit espoir de pouvoir rejouer. Si je n’avais pas écouté tous les signaux de mon corps, j’aurais d’ailleurs pu faire le forcing pour rejouer avant le confinement. Depuis, j’ai perdu pas mal de poids. Et plus la fin de saison était repoussée, moins je me sentais en état de revenir sur un terrain de rugby. »

Est-ce que cela a conforté votre décision d’arrêter ?

« Tout à fait. Et cela adoucit aujourd’hui la transition. Elle s’est faite psychologiquement de manière assez linéaire. Je n’ai pas pris la grosse claque dont tout le monde parle. Ce qui a été brutal, ce fut mon K.-0. et ses conséquences immédiates. Et là je dois avouer que les premières semaines ont été difficiles. Mais après, ce qui me facilite la tâche, c’est que je pars sur une blessure qui m’a affecté et m’a fait beaucoup réfléchir. »

Comment allez-vous aujourd’hui ?

« Je devais revoir le neurologue à la mi-avril pour faire le point. J’avais encore des petits soucis d’équilibre et de sensibilité à la lumière et au bruit. Mais maintenant, ça va bien mieux. Je pense que c’est derrière moi. Je vais toutefois aller le revoir dans les prochaines semaines pour qu’il m’assure que les sensations que j’ai aujourd’hui sont en accord avec mon état neurologique et clôturer ainsi le dossier… »

« Même si le mot est fort, j’ai souffert de ce double statut de joueur-entraîneur en début de saison »

Comment abordez-vous cette nouvelle carrière d’entraîneur ?

« Avec beaucoup d’humilité. Même si tout est OK, je n’ai pas encore signé mon nouveau contrat. (ndlr, il va s’engager jusqu’en juin 2023) Cela doit se faire prochainement. Je ne serai plus joueur-entraîneur. Simplement entraîneur. Ce sera sans doute plus facile à accepter pour mes anciens coéquipiers, mais aussi pour moi. Même si le mot est fort, j’ai souffert de ce double statut de joueur-entraîneur en début de saison. En tout cas, ça m’a pesé. Il n’était pas facile de concilier les deux fonctions. »

Comment imaginez-vous votre nouveau rôle ?

« Je me suis imposé énormément de choses lors de mes années de joueur, en particulier au niveau de l’exigence. Elles vont me servir dans la manière de travailler. Mais aujourd’hui, elle sera différente. Je me suis rendu compte que je vais devoir faire un gros travail psychologique sur moi pour accepter d’avoir une vision des choses qui n’est pas parfois celle des autres personnes avec lesquelles on travaille. Je ne peux pas imposer à un groupe de joueurs ma vision qui m’est propre. Mon challenge sera de les amener dans cette voie de l’exigence. »

De quelle manière allez-vous procéder ?

« J’ai déjà eu la confirmation que le travail d’entraîneur est très intéressant. Il est moins limité que celui de joueur. La limite du joueur, c’est son physique. En revanche, il n’y a pas de limite pour un entraîneur, et ce dans tous les domaines. Le problème, c’est que j’ai toujours beaucoup de mal à couper. Aussi, je vais peut-être devoir me faire aider pour trouver le bon équilibre. Je sais qu’il faudra savoir prendre du recul à certains moments… »

Avez-vous déjà pris vos marques ?

« Au niveau du staff, on a eu pas mal de boulot ces derniers temps. Comme on ne savait pas où on allait et si on allait reprendre la saison, on avait des réunions quasi quotidiennes pour planifier les lignes directrices. Et chaque fois qu’on pensait avoir trouvé une bonne organisation, tout était chamboulé le lendemain. Aujourd’hui, on est dans la programmation de la saison prochaine avec toutes les incertitudes que cela comporte. »

Recueilli par Yves BILLET

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