Coronavirus Récit d’une expatriée lyonnaise «abandonnée par la France»

Adeline, Lyonnaise, vivait à Copenhague (Danemark) elle travaillait pour une agence de voyages. Avec la crise, elle a été licenciée.  Photo Progrès /DR
Adeline, Lyonnaise, vivait à Copenhague (Danemark) elle travaillait pour une agence de voyages. Avec la crise, elle a été licenciée.  Photo Progrès /DR

Avec la crise sanitaire, Adeline, Lyonnaise, fait partie des Français de l’étranger ayant choisi de rentrer. À l’heure du rapatriement, elle aurait aimé sentir davantage de soutien de la part de la France pour ses ressortissants. Elle raconte.

« C’était juste de la folie. » Après 12 heures de voyage, Adeline est rentrée à Lyon. À 28 ans, elle vivait, expatriée, à Copenhague (Danemark), où elle avait débuté, il y a deux mois, un emploi chez un tour-opérateur, spécialisé dans les voyages vers la Scandinavie. Son créneau : le marché français.

Depuis quelques semaines, le tourisme était le premier secteur économique impacté par la crise sanitaire du coronavirus. Les effets commençaient à se ressentir. Dans toutes les entreprises. Y compris la sienne. « Le département Asie avait été démantelé quelques semaines plus tôt. Celui de l’Espagne et de l’Italie avait suivi », raconte-t-elle. Lorsque la Norvège ferme ses frontières, c’est le coup de grâce. Elle est à son tour, licenciée, deux mois tout juste après avoir débuté. Dernière arrivée, première partie. « C’était très difficile humainement. Mes collègues m’ont vue partir, on ne pouvait même pas se prendre dans les bras. En une semaine, tout a basculé. »

« J’étais dans un cauchemar »

Adeline avait déménagé la veille de son licenciement, payé une caution… « C’est pourquoi je me suis dit que j’allais rester dans un premier temps. J’avais de l’argent de côté, je n’étais pas à la rue, je pensais pouvoir tenir comme ça jusqu’à fin mai. » C’était sans compter sur le confinement qui se préparait au Danemark, sans compter sur les commerces fermés et l’impossibilité de se faire à nouveau embaucher. Premier vacillement.

Et puis le 16 mars. Le président Macron prend la parole. Il annonce le confinement en France. Le vacillement se transforme en vague. Adeline se retrouve perdue. Confuse. Rester ? Partir ? « Il s’était adressé à nous, les ressortissants. Il venait de dire que si l’on voulait rentrer en France, il fallait contacter notre ambassade. C’est ce que j’ai fait. Je voulais avoir des réponses à mes questions sur les risques de quarantaine au retour, sur les fermetures de frontières, sur les avions qui volaient encore, sur le temps que j’avais devant moi… »

En guise de réponses, elle n’obtient que des « je ne sais pas… » de la part de la personne à l’ambassade, trop pressée de raccrocher. C’est la douche froide. « Pour moi, j’étais dans un cauchemar. Je me sentais abandonnée par la France, encore plus désemparée qu’avant d’appeler. Alors j’ai décidé par moi-même. La décision la plus sage que je pouvais prendre était de rentrer. »

À l’arrivée, ni douane, ni policier, ni contrôle

En une semaine, elle prépare ses bagages, réserve son vol entre Copenhague et Paris, son billet de train entre Paris et Lyon et part sans se retourner laissant derrière elle son appartement, son vélo, ses premiers amis et la vie qu’elle avait commencée à se construire.

La suite se passe comme dans une hallucination. Avant d’embarquer, on lui demande de se laver les mains tous les dix mètres avec des machines à éthanol. Elle voyage dans un avion d’Air France qui vole à vide – « on était moins de dix personnes » - et atterrit à Paris où rien ne l’attend. Ni douane, ni policier, ni contrôle. « Je suis passée direct, comme si j’arrivais de Lille. »

«En France, je repars à zéro»

Quant au train  : pas moyen de réserver un billet. Personne au guichet, les bornes ne fonctionnent pas. Un contrôleur lui suggère seulement de monter dans le seul train qui circule ce jour-là. « Franchement, là, c’était un peu la panique. Le train était bondé. Les gens n’osaient pas se regarder, se craignaient. Les toilettes étaient fermées pour raisons sanitaires alors qu’on nous recommandait dans le même temps de nous laver les mains pour les mêmes raisons… » Ubuesque.

Elle prend un taxi pour rejoindre l’appartement de sa mère en Presqu’île et découvre Lyon sous un jour qu’elle n’avait jamais vu. Vide. Ne lui demandez pas ce qu’elle a ressenti au cours de son voyage entre Copenhague et la gare de Lyon Part-Dieu. Elle ne sait pas. Et maintenant ? « Maintenant que je suis rentrée, je sais que j’ai pris la bonne décision. Malgré tout ce qui arrive, je me sens en sécurité. Je sais aussi que je suis chanceuse, qu’il y a encore des gens coincés qui n’arrivent pas à revenir. »

Et demain ? « C’est trop tôt pour dire. En France, je repars à zéro. Peut-être que lorsque tout ceci sera rentré dans l’ordre, je retournerai à l’étranger. »

Tatiana VAZQUEZ

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