Confinement «Ce n’est pas le moment de se trouver une passion pour la course à pied»

Marion Delespierre a terminé deuxième de la Diagonale des Fous en octobre 2019. Photo Progrès /DR
Marion Delespierre a terminé deuxième de la Diagonale des Fous en octobre 2019. Photo Progrès /DR

La traileuse lyonnaise, Marion Delespierre, a remisé les baskets au placard. L’heure n’est plus à la pratique de la course à pied. Ni pour elle. Ni pour personne. Médecin du sport dans la vie civile, elle milite pour un confinement renforcé et s'interroge sur ceux qui sortent encore de chez eux pour un footing.

La photo n’est pas contractuelle… On est en octobre 2019, Marion Delespierre-Mauppin, du club de running lyonnais « Tête d’Or Runners » vient de terminer 2e à la Diagonale des Fous. Pour cet exploit et les autres de l’année passée (vainqueur de la Maxi-Race d’Annecy 70 km), elle a été élue « coup de cœur » de la ville de Lyon dans le cadre des Lions du sport en février.

« Se disent-ils vraiment qu’ils ne risquent rien ? »

Deux mois plus tard, elle a remisé les baskets au placard. Il n’est plus question de courir. Ni au parc. Ni sur les collines. Ni sur les berges du Rhône… À l’heure de la crise sanitaire, et du confinement, son message est le même que celui de tous ses collègues, personnels soignants : « Restez chez vous. »

Médecin du sport à Gerland, elle travaille en téléconsultation, depuis la fermeture de son service, avec ses patients, des sportifs de haut niveau, ou de manière plus classique, en médecine générale. Et son constat est sans appel : « Les coureurs les plus assidus, ceux qui courent en compétition, ils ont tous arrêté leurs sorties. Ils ont trouvé des palliatifs et des alternatives, dans leur salon pour continuer à s’entraîner et à faire de l’exercice. Mais ils ne sortent plus. » Elle évoque l’activité sur home-trainers et des rencontres virtuelles pour compenser. Elle-même en possède un. Elle milite pour un renforcement des mesures du confinement. Affirme : « C’est une chance de s’en sortir plus rapidement. »

Alors qui sont ces personnes que l’on voit en short et basket, fouler les rues de Lyon ? Sans doute des néo-pratiquants qui se sont trouvé une « occasion » ou un « prétexte » pour sortir de chez eux… À leur sujet, elle parle de « paradoxe » et dit : « Ce n’est pas du tout le moment de se lancer dans les footings loisirs. Pas le moment de se mettre à courir. Pas le moment de se trouver une passion pour la course à pied. Cela peut bien attendre quelques semaines… Si vraiment, ces gens-là veulent s’y mettre après le confinement, il sera toujours temps. Je ne comprends pas le raisonnement. Se disent-ils vraiment qu’ils ne risquent rien ? »

Son compagnon, urgentiste, positif au Covid-19

Personne n’est à l’abri. Elle en sait quelque chose. Son compagnon, coureur à pied également de très bon niveau, et urgentiste à la clinique Charcot a été testé positif au Covid-19. Les premiers symptômes sont apparus il y a dix jours. D’abord la toux, puis la fièvre, les frissonnements et la fatigue extrême. Il a eu la chance de ne pas souffrir de détresse respiratoire, mais, très affaibli, il ne fait que dormir ou presque.

Pour sa part, elle n’a pas été testée positive mais s’est retrouvée, placée avec lui, en quinzaine. Ses symptômes, fatigue et courbatures, lui font penser qu’elle a pu être contaminée. « Nicolas va mieux, il va pouvoir prochainement reprendre le travail », confie-t-elle. Elle sait qu’il n’a pas peur d’y retourner. D’abord parce que la maladie est immunisante. Ensuite parce que c’est son travail d’y aller, et qu’il veut retourner aider ses collègues. Pour sa part, quand sa quinzaine sera levée, elle prendra aussi ses tours de garde à la clinique de la Sauvegarde, où il y a aussi un secteur Covid-19. « On va se protéger comme on peut. »

Tatiana VAZQUEZ

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