Coronavirus « Le soir, je faisais sécher mon masque en sachant qu’il ne protégeait plus mes patients… »

La Lyonnaise se désole du peu de moyens que les soignants ont à leur disposition. Photo DR
La Lyonnaise se désole du peu de moyens que les soignants ont à leur disposition. Photo DR

Infirmière libérale depuis 10 ans, Alice vit son métier comme une vocation encore plus qu’en temps normal. La Lyonnaise qui se désole du peu de moyens que les soignants ont à leur disposition a dû passer la semaine dernière avec un seul et unique masque pour ses tournées à domicile. Témoignage.

Normalement, elle change de masque toutes les trois heures. Mais ça c’était avant. Avant l’épidémie de coronavirus. Avant la pénurie de matériel dans les pharmacies. Jusqu’à jeudi dernier, Alice, infirmière libérale à la Croix-Rousse a composé avec un seul et unique masque pour enchaîner ses tournées à domicile.

« Le soir, je le fais sécher. Pas le choix, explique-t-elle. Je savais qu’il ne me protégeait plus. Mais le pire, c’est qu’il ne protégeait pas non plus mes patients. Des personnes âgées essentiellement, mais aussi des gens en détresse respiratoire. »

Une situation anormale qu’elle n’est pas la seule à avoir vécue et à dénoncer. La pénurie de masques est devenue chez le personnel soignant une profonde source de colère. Et d’incompréhension. Comment être sur le front dans ces conditions ?

« Mercredi, j’ai eu droit à une demi-boîte de masques… »

« Après les annonces du Président Macron , on a su qu’on allait avoir à nouveau des masques et qu’il fallait être patient. Je suis passée à la pharmacie où j’ai été inscrite sur liste d’attente. Mercredi, j’ai eu droit à une demi-boîte. Je dois tenir avec durant 15 jours », dit-elle avant d’ajouter : « Ce n’est pas pour moi, je n’ai pas peur d’être malade. Mais j’ai peur de contaminer les autres, mes patients et ma famille. De ce fait, ma fille va rester chez son autre parent encore un moment. C’est dur d’être coupée d’elle, mais c’est mieux comme ça.»

Soulager le personnel soignant

Alice vit son métier comme une vocation. Un devoir qu’elle ressent encore plus aujourd’hui, dans cette situation de crise sanitaire. Outre les vingt personnes qu’elle voit à domicile et qu’elle aide pour les courses ou les virées à la pharmacie – « je les fais pour eux » -, elle envisage aussi de proposer son aide dans les Ehpad de la Croix-Rousse pour soulager le personnel soignant.

Depuis quelques jours, à 20 heures, chaque soir, elle ouvre sa fenêtre et entend monter la clameur des applaudissements des Lyonnais en soutien des personnels soignants. « Chaque fois cela me met les larmes aux yeux. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas que nous. J’ai une pensée pour les chauffeurs de bus, les caissières, les boulangers. On en parle moins. Mais eux aussi sont en première ligne. »

Tatiana VAZQUEZ

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