Société Quelle place pour les femmes dans le milieu culturel lyonnais ?

Thérèse Rabatel, adjointe à l’égalité hommes-femmes et Françoise Barret, présidente de l’association HF avec l’affiche du 8 mars.  Photo Progrès /Marie-Christine PARRA
Thérèse Rabatel, adjointe à l’égalité hommes-femmes et Françoise Barret, présidente de l’association HF avec l’affiche du 8 mars. Photo Progrès /Marie-Christine PARRA

Du 8 mars au 17 avril, la Ville de Lyon propose plus de 70 événements autour de la journée des droits des femmes. Conférences, balades, spectacles interrogent la place des femmes dans le milieu culturel. Quelques femmes sont à la tête d’établissements prestigieux, mais cela reste une exception

« Pour diriger un orchestre, j’ai dû le créer ! » Cette citation de Claire Gibault, cheffe d’orchestre depuis 1969, résume la condition de la femme dans le secteur culturel.

Thérèse Rabatel, adjointe au maire de Lyon à l’égalité homme-femme, poursuit sa croisade pour  l’égalité en consacrant le 8 mars à la place des femmes dans la culture. Ce secteur échappe aux quotas et la parité reste un vain mot. Pour l’élue, « la culture est un merveilleux sujet d’épanouissement pour tout être humain. Je considère qu’il y a un droit à la culture et à l’accès à la création. Les femmes sont un public assez branché culture qui fréquente les musées. Mais ce secteur est touché par les inégalités homme-femme. Il y a un vrai travail à entreprendre pour rétablir les équilibres. » Pour illustrer son propos, Thérèse Rabatel s’est rapprochée de la conteuse Françoise Barret, à la tête de la compagnie Dire d’étoile et présidente de l’association HF.

Cette association nationale, implantée à Lyon depuis 2006, milite pour la parité dans le milieu culturel en mettant les structures face à leurs responsabilités. Metteuses en scène, actrices, réalisatrices, danseuses, autrices, cheffes d’orchestre et artistes de tous les bords se réunissent pour peser sur le débat politique.

Le 8 mars, l’observatoire de l’égalité hommes et femmes dans la culture et la communication publie d’ailleurs un rapport sur la question. Thérèse Rabatel les accompagne sur Lyon. L’élue s’insurge en voyant que, depuis dix ans, l’égalité ne progresse que de 5 % par an dans le milieu culturel. « À cette vitesse-là, l’égalité on l’aura d’ici cinquante ans, s’inquiète Françoise Barret. Je voudrais que cela arrive avant que mes petites-filles se retrouvent sur le marché du travail. »

Les lignes bougent… lentement

Michelle Perrot, écrivaine militante féministe qualifie les femmes talentueuses restées dans l’anonymat comme des silences de l’Histoire. L’association lyonnaise Si, si les Femmes existent, a sorti de l’oubli des femmes peintres lors d’une conférence gesticulée. Thérèse Rabatel fait bouger les lignes à Lyon. La Ville a en effet nommé des femmes à la tête du Musée d’art contemporain, du Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, de l’auditorium, de l’école des beaux-arts, de Lugdunum, de l’événement Quais du polar, du musée des Confluences et de la Maison de la danse…

Des femmes confrontées dans leur parcours professionnel aux inégalités et qui veillent à rétablir les équilibres sur les programmations culturelles. « 31 % de femmes auteures invitées à Quais du polar. 30 % de metteuses en scène dans la programmation des Célestins, 50 % de cartes blanches données à des femmes chez Arty Farty. »

Du chemin reste toutefois à faire, Thérèse Rabatel dénoncer : « Dans la culture, au niveau égalité homme-femme c’est pire que dans l’armée. 75 % des expositions sont consacrées à un homme. Côté cinéma, 75 palmes d’or ont été décernées aux hommes, une seule à une femme, Jane Campion, en 1993 pour  La Leçon de piano. Et encore, elle a dû la partager avec un homme ! »

Sur les rémunérations l’adjointe pointe aussi les salaires des femmes toujours inférieurs à ceux de leurs homologues masculins. « Chez les architectes, le différentiel est de 44 % en moins ; chez les réalisateurs de 43 % et chez les auteures de BD de 42 %. »

Découvrez les femmes extraordinaires du 6e

Chantal Jane Buisson est enseignante, chargée de recherche et guide culturel. Titulaire d’un DEA d’histoire puis guide à Valenciennes (Nord), elle s’est installée à Lyon en 2004. En 2007, à l’occasion du 150e anniversaire de la création du 6e arrondissement, elle rédige un abécédaire de 150 noms qui ont contribué à l’histoire de l’arrondissement. De là est venue l’idée de créer un parcours des femmes remarquables du 6e, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, ce dimanche 8 mars.

Quelles sont les femmes qui ont marqué l’histoire de l’arrondissement ?

« Cela touche de nombreux domaines : l’écriture avec Juliette Récamier, la poésie avec Louisa Siefert, la peinture avec Rosalie Bidault, épouse Guimet et mère de l’orientaliste Émile Guimet, à l’origine du musée qui porte son nom boulevard des Belges, la cuisine avec la mère Fillioux et la Grande Marcelle, la sculpture avec Marguerite Monot et la Résistance avec Jeanine Sontag et Zoé Roche. Il s’agit là d’une liste non-exhaustive car de nombreuses femmes ont marqué l’histoire de l’arrondissement. »

Pourriez-vous présenter vos visites découvertes ?

« Deux parcours différents sont proposés au public. Je serai accompagnée de Françoise Chambaud qui évoquera les femmes résistantes, et de Jean-Pierre Devigon qui lui, abordera la cuisine lyonnaise. »

Les deux visites commencent à 14 heures, sont gratuites, sans réservation et sont d’environ deux heures. Dimanche 8 mars, rendez-vous à 14 heures, place Maréchal-Lyautey. Dimanche 15 mars, rendez-vous à 14 heures, place Général-Brosset.

Marie-Christine PARRA

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