Transports Rhônexpress: les élus laissent Vinci à quai

Un vote en forme de V de la victoire pour David Kimelfeld, qui obtient la résiliation de Rhônexpress. À ses côtés, le maire de Lyon, Gérard Collomb, semble résigné.  Photo Progrès /Joel PHILIPPON
Un vote en forme de V de la victoire pour David Kimelfeld, qui obtient la résiliation de Rhônexpress. À ses côtés, le maire de Lyon, Gérard Collomb, semble résigné. Photo Progrès /Joel PHILIPPON

Le comité du Sytral, l’autorité organisatrice des Transports, a voté ce vendredi, la résiliation de la concession, à la demande du président de la Métropole de Lyon, David Kimelfeld. La navette continue néanmoins son service.

Ce n’est plus Vinci qui gérera Rhônexpress, la navette ferroviaire entre Part-Dieu et l’aéroport Saint-Exupéry. Tel en a décidé le Sytral, l’autorité organisatrice des transports en commun, le vendredi 21 février.

Victoire politique pour le président de la Métropole, David Kimelfeld, qui s’est appuyé pour demander la résiliation de la concession censée durer jusqu’en 2038, sur les conclusions très sévères de la Chambre régionale des comptes rendues publiques l’hiver dernier.

Histoire de gros sous

C’est à pas feutrés et à la lyonnaise, que l’affaire a été évoquée. Personne ne s’est risqué à défendre la société Rhônexpress. Le débat était ailleurs.

Et comme le diable se niche dans les détails, c’est une modification demandée par David Kimelfeld qui met le feu aux poudres.

La délibération portant sur la résiliation de la concession Rhônexpress prévoyait qu’un accord entre la Métropole et le Sytral, portant sur le financement futur de la liaison aéroportuaire, devait être conclu. Car la navette continuera d’exister. Le mieux aurait été d’annexer le fameux accord, dont David Kimelfeld dit qu’il ne posera pas de difficultés. Gérard Collomb n’est pas de cet avis.

« Les sommes en jeu pour le Sytral sont considérables : 32 millions d’euros a minima (pénalité de résiliation) et jusqu’à 117,9 millions d’euros. Cela vaut peut-être la peine d’y réfléchir. Demain, l’assemblée (de la future Métropole, du fait des élections prochaines, NDLR) aura le droit de dire qu’elle ne financera pas ces sommes », met en garde le maire de Lyon.

12

C’est le nombre de membres du comité syndical qui ont voté en faveur de la résiliation de la liaison, sur un total de 23 élus.

« Une chatte n’y retrouverait pas ses petits »

« Personne n’est dupe de l’opération politique de la journée. Même si je suis favorable à la résiliation, je ne suis pas pour ce type de comportement ! Vous placez le Sytral devant un vide financier ! », s’alarme François-Noël Buffet.

En réponse, David Kimelfeld, qui évoque une « liaison rentable » se réfère aux « statuts du Sytral » qui édictent la prise en charge « intégrale par la Métropole, des dépenses au titre de la liaison ferrée ».

Sauf que ces mêmes statuts prévoient aussi que cette prise en charge financière doit faire « l’objet d’une convention spécifique entre la Métropole et le Sytral », ce qui était mentionné dans la délibération avant que David Kimelfeld ne propose de l’amender. « Une chatte n’y retrouverait pas ses petits », a fini par résumer Philippe Cochet, le maire de Caluire.

« Un peu bizarre, si proche de l’élection… »

Au-delà du débat juridique, certains se sont interrogés sur le calendrier. « Nous sommes plusieurs, autour de cette table, à trouver un peu bizarre d’examiner cette demande si proche d’une échéance électorale… À Genas, on ne prend pas une décision hyper importante avant une élection », conseille Daniel Valéro, le maire de Genas.

« Une décision de cette importance ne peut être prise un mois avant l’élection », estime aussi la sénatrice Michèle Vullien, par ailleurs ex-conseillère générale du Rhône, pour qui « l’idée n’est pas de protéger Vinci et de refuser une résiliation », mais « d’en reporter l’examen ».

Même son de cloche du côté de Roland Crimier, maire de Saint-Genis-Laval, qui propose de transmettre le bébé au futur comité syndical du Sytral.

Malgré ces appels du pied, Fouziya Bouzerda, la présidente du Sytral, ne procède pas au retrait du dossier. « Trois mois avant la fin des échéances, il faudrait que les élus ne fassent plus rien ? », s’interroge David Kimelfeld, avant de rappeler les « huit mois de négociations avec Rhônexpress » qui ont débouché sur des propositions jugées insuffisantes du délégataire.

Puis vient le moment du vote. La résiliation de la convention est actée, David Kimelfeld et ses amis obtenant 12 voix. Gérard Collomb et ses soutiens s’abstiennent (4 élus), de même qu’Annie Guillemot, tandis que François-Noël Buffet et les siens votent contre (6 élus).

« On ne va pas en faire le procès à nos anciens »

Michel Mercier, le grand artisan de la liaison Rhônexpress, lorsqu’il était président du Conseil Général du Rhône, n’aura pas pu défendre son choix de l’époque : il était absent ce vendredi.

Les conseillers généraux (Christian Coulon, Thomas Rudigoz, Jean-Luc Da Passano, Max Vincent) qui avaient eux aussi voté la concession et/ou ses avenants, se sont faits très discrets, avant, par leur vote, de l’enterrer sans un mot de condoléances.

« Des élus, qui, en 2008, nous ont engagés pour trente ans », a osé l’écologiste Pierre Hémon, avant que David Kimelfeld ne considère, grand seigneur, qu’« on ne va pas en faire le procès à nos anciens ».

Annie Guillemot, qui avait voté elle aussi le contrat Rhônexpress au Conseil Général du Rhône, s’est finalement émue « d’une convention qui ne peut plus perdurer en l’état ».

Lorsqu’en 2015, Philippe Cochet sollicitait, du Sytral, que le contrat soit réexaminé, il n’avait toutefois pas réussi à convaincre l’élue, qui était alors à la tête du Sytral.

Le détail du vote

Les élus qui ont voté pour la résiliation

Michel Le Faou, David Kimelfeld, Georges Képénékian, Jean-Paul Bret, Christian Coulon, Pierre Hémon, Anne Brugnera, Stéphane Gomez, Jean-Luc Da Passano, Thomas Rudigoz, Marc Grivel, Max Vincent.

Les élus qui se sont abstenus
Michèle Vullien, Fouziya Bouzerda, Gérard Collomb, Roland Crimier, Annie Guillemot.

Les élus qui ont voté contre
Pascal Charmot, François-Noël Buffet, Christophe Quiniou, Philippe Cochet, Stéphane Guilland et Yves-Marie Uhlrich

Sophie MAJOU

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