Court-métrage Le Soul et l’animation made in Lyon nommé aux César 2020

Danseur et chorégraphe et réalisateur, Jean-Charles Mbotti-Malolo est un artiste aux multiples facettes  Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Danseur et chorégraphe et réalisateur, Jean-Charles Mbotti-Malolo est un artiste aux multiples facettes Photo Progrès /Richard MOUILLAUD

Enseignant à l’école Emile-Cohl, le Lyonnais Jean-Charles Mbotti-Malolo est nommé pour le meilleur court-métrage d’animation aux César 2020. Portrait d’un réalisateur atypique, à la fois dessinateur, danseur, chorégraphe et profondément humain.

Un magicien. En découvrant « Make it soul », le court-métrage du Lyonnais Jean-Charles Mbotti-Malolo, c’est le premier mot qui vient à l’esprit. Magicien des mots, des couleurs, des messages aussi… mais surtout de l’humanité. Car derrière une animation autour de la soul music dans les années 60, où deux monstres sacrés -James Brown et Solomon Burke se déchirent pour se voler la vedette, c’est finalement les thèmes de l’Amérique divisée et de la place des femmes que traite le Lyonnais (lire par ailleurs). Pas étonnant de retrouver ce film d’animation parmi les quatre meilleurs de l’année, à une mine de crayon du Graal du 7art…

Football, bricolage, mais surtout dessin et danse

Depuis sa plus tendre enfance, il a fait de la différence une de ses forces. Ses parents, d’origine modeste, l’ont élevé dans l’amour et le libre arbitre. De son père, footballeur camerounais, il a pris le goût pour la musique, le bricolage, l’amour pour le ballon. Mais deux autres centres d’intérêt vont prendre le dessus : le dessin et la danse.

Considéré comme un cancre au collège, les arts plastiques lui ouvrent les yeux. Et s’il n’est pas un amoureux des livres, la philosophie et les lettres l’enchantent.

Arrivé comme étudiant à Émile Cohl, en 2007, lui l’enfant de la ZEP découvre une autre facette des études. Sans culture ni cuillère en argent dans la bouche, il écoute, apprend et retient tout du cinéma mais surtout de l’animation. De Disney à Miyasaki, il découvre que le dessin peut-être autre chose qu’une passion : un métier.

James Brown bouge autant qu'il chante

Après Le sens du toucher , un premier court-métrage présélectionné aux César en 2015, on lui fait une proposition autour de la music soul. Le héros ? Le « hardest working man in show-business » : James Brown, un artiste dur et violent qui ne correspond pas avec ce qu’il souhaite réaliser. Mais le projet évolue et il parvient à participer à l’écriture. Pas de Nina ou d’Aretha, mais la femme via Gertrude Sanders, prend pourtant toute son importance… ainsi que la danse.

Breakdancer, chorégraphe classique et contemporain, il aime cette sensation de parler avec son corps et adore animer des personnages. Et si James Brown chante, c’est sa manière de bouger qui est révolutionnaire…

 Jean-Charles Mbotti Malolo et James Brown   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD
Jean-Charles Mbotti Malolo et James Brown   Photo Progrès /Richard MOUILLAUD

Plus de quatre ans pour réaliser Make it soul

Le Lyonnais finit par accepter la réalisation de  Make it soul. Deux ans d’écriture en collaboration avec la production, un peu plus pour la fabrication. Il travaille avec Folimage, partage énormément avec Simon Roussin, l’auteur graphique, autour du dessin. Lui, le réalisateur, ne conçoit pas l’animation sans être comédien de son film. Et au bout du compte, se nourrit du projet et en sort grandit : au final, le roi est déchu mais la sagesse l’emporte. Une véritable leçon d’humanité, fruit de sa culture et de ses expériences.

 James Brown et Solomon Burke, deux visions de la soul music   Photo Progrès /Jean-Charles MBOTTI MALOLO
James Brown et Solomon Burke, deux visions de la soul music   Photo Progrès /Jean-Charles MBOTTI MALOLO

Aujourd’hui, à 34 ans, la vie de Jean-Charles Mbotti Malolo a changé. Il donne depuis 2018 des cours dans l’école lyonnaise qui l’a formé et vient de découvrir un nouveau rôle, celui d’être père. Et s’il danse moins, il prépare actuellement une série documentaire. Quant à son premier long-métrage, il est déjà dans un coin de sa tête… Mais d’ici là, les César seront passés et qui sait, il serait peut-être parvenu à donner plus qu’une âme son son court-métrage (1).

(1) « Make it soul » veut dire « Lui donner une âme »

De nombreux prix pour Make it soul

Photo DR
Photo DR

Chicago, hiver 1965. Le Regal Theater accueille James Brown et Solomon Burke, deux géants de la Soul Music. En coulisses, la tension monte entre le King of Rock and Soul et le Soul Brother n°1… Un peu plus de 14 minutes pour ce court-métrage ou la danse et la musique se partagent le premier rôle.

Retenu parmi les quatre nominés pour le César du meilleur court-métrage d’animation, Make it soul a déjà pas mal tourné dans les festivals : Los Angeles, l’Amérique du Nord, du sud, l’Europe évidemment… Il est d’ailleurs revenu plusieurs fois récompensé notamment le Prix du jury et Prix du jury jeune au Festival de Saint-Jean-de-Luz, Meilleur Film à AnimArte (Brésil), Mention Spéciale du Jury au Fantasia Film Festival (Canada), Prix du jeune public au Festival Silhouette (Paris), Prix du Public au PIAFF (Paris), Grand Prix au festival Animatiba (Brésil),…

Verdict le 28 février : la 45ᵉ Cérémonie des César se déroulera en soirée à la salle Pleyel à Paris.

> Découvrez le film en entier sur Arte.

David TAPISSIER

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?