Urbanisme Grand Lyon habitat construit des logements depuis 100 ans

La Cité HBM édifiée selon les plans de l'architecte lyonnais Tony Garnier en 1932. Cet ensemble qui longe le boulevard des Etas-Unis et qui va connaître une imposante opération de réhabiliation pilotée par Grand Lyon Habitat reste sans doute «le projet le plus emblématique et le plus ambitieux de cette période». Photo DR
La Cité HBM édifiée selon les plans de l'architecte lyonnais Tony Garnier en 1932. Cet ensemble qui longe le boulevard des Etas-Unis et qui va connaître une imposante opération de réhabiliation pilotée par Grand Lyon Habitat reste sans doute «le projet le plus emblématique et le plus ambitieux de cette période». Photo DR

Grand Lyon Habitat vient de fêter ses 100 ans. Petit retour en quelques dates sur l’histoire de cet organisme de logement social qui rayonne sur la Métropole de Lyon.

A cette époque on ne parlait ni de logement social, ni de HLM. Lorsque le maire Edouard Herriot préside la séance publique du conseil municipal du 9 février 1920, et demande aux élus de donner leur feu vert à la création d’un « Office public d’habitations à bon marché », on parle alors d’HBM.

Et c’est ainsi que naît le début d’une aventure, celle d’une vieille dame, l’ancêtre de Grand Lyon Habitat. Elle va se poursuivre cent ans durant avec des hauts et des bas jusqu’à aujourd’hui.

L’histoire de cette alerte centenaire, mêlée inévitablement à celle de Lyon et de ses habitants, n’est pas terminée. Le bailleur social n’en a pas fini avec les projets, les expérimentations et les difficultés.

Petit retour en quelques dates sur l’histoire de cet organisme de logement social qui rayonne sur la Métropole de Lyon…

1920 : les premiers logements sont croix-roussiens

Deux ans après la guerre, Edouard Herriot fait du logement « le problème majeur de la France ». La population a triplé, le parc locatif est inadapté et vétuste.

C’est un décret signé le 29 mai 1920 par le président de la République Paul Deschanel qui permet à l’Office HBM de bâtir son premier projet. Installée au Palais de la Mutualité, la jeune structure dispose alors d’un budget de 10 000 francs alloué par le conseil municipal, prélevés sous la rubrique des « dépenses imprévues ».

Le conseil d’administration propose la réalisation de 285 logements répartis dans 25 maisons entourés de jardins et 5 immeubles collectifs. Les premiers locataires arrivent en 1925.

1930 : Tony Garnier, l’incontournable

3 000 logements sont construits en 15 ans à Montchat, Perrache ou encore Vaise malgré la crise économique qui survient en France en 1932.

Mais il est un projet qui va marquer l’histoire de l’Office HBM lyonnais, le plus emblématique et aussi le plus ambitieux de l’entre-deux-guerres. Celui de l’architecte Tony Garnier, qu’il dessine dans le quartier des Etats-Unis au milieu des jardins et des fermes.

L’hygiène est au cœur des préoccupations des aménageurs qui proposent des logements aérés, des fenêtres, des toilettes, l’eau courante et des jardins.

Les candidats à la location sont des « travailleurs modestes » et des classes moyennes. A cette époque, les HBM sont construits sur des terrains municipaux souvent donnés par la Ville de Lyon ou achetés à moitié prix à l’aide de prêts aux taux très bas.

1962 à la Duchère, où l'Office HLM réalise de grands ensembles. Avec l'arrivée massive des rapatriés d'Algérie à partir de 1962, il faut produire en masse. Ce 7 juillet des femmes attendent le bus à l'arrêt pour l'instant improvisé de la ligne 44. Photo Progrès
1962 à la Duchère, où l'Office HLM réalise de grands ensembles. Avec l'arrivée massive des rapatriés d'Algérie à partir de 1962, il faut produire en masse. Ce 7 juillet des femmes attendent le bus à l'arrêt pour l'instant improvisé de la ligne 44. Photo Progrès
La Cité Perrache le long du Rhône et de l'autoroute A7 a été construite en 1934 par les architectes Robert et Jean Marin. Cette résidence HBM en cours de réhabilitation a été labellisée «Patrimoine remarquable du XXe siècle». Photo Progrès
La Cité Perrache le long du Rhône et de l'autoroute A7 a été construite en 1934 par les architectes Robert et Jean Marin. Cette résidence HBM en cours de réhabilitation a été labellisée «Patrimoine remarquable du XXe siècle». Photo Progrès
 Le premier marché de la Duchère et ses étals qui se déploient juste en dessous des barres de logements, le 4 septembre 1962.   Photo Progrès /ARCHIVES PROGRES
Le premier marché de la Duchère et ses étals qui se déploient juste en dessous des barres de logements, le 4 septembre 1962.   Photo Progrès /ARCHIVES PROGRES
L'Office public d'HLM s'agrandit. Les services quittent le quai Perrache pour rejoindre un nouveau siège administratif construit en 1971, cours Lafayette. Photo Progrès
L'Office public d'HLM s'agrandit. Les services quittent le quai Perrache pour rejoindre un nouveau siège administratif construit en 1971, cours Lafayette. Photo Progrès
La Cité Philippe-de-Lassalle, ses maisons et ses jardins en 1926, le premier projet réalisé par l'Office Public d'HBM de la ville de Lyon est croix-roussien. Photo Grand Lyon Habitat
La Cité Philippe-de-Lassalle, ses maisons et ses jardins en 1926, le premier projet réalisé par l'Office Public d'HBM de la ville de Lyon est croix-roussien. Photo Grand Lyon Habitat
La Cité Philippe-de-Lassalle est démolie en 1972 pour laisser place à cinq tours de 12 niveaux. Photo Grand Lyon Habitat
La Cité Philippe-de-Lassalle est démolie en 1972 pour laisser place à cinq tours de 12 niveaux. Photo Grand Lyon Habitat
La construction de l'ensemble de logements sociaux à Mermoz Nord dans les années 60. Photo Grand Lyon Habitat
La construction de l'ensemble de logements sociaux à Mermoz Nord dans les années 60. Photo Grand Lyon Habitat
L'ensemble Langlet-Santy (Lyon 8e) dans les années 70. Photo Grand Lyon Habitat
L'ensemble Langlet-Santy (Lyon 8e) dans les années 70. Photo Grand Lyon Habitat
L'ensemble de Mermoz-Sud dans les années 60. Photo Grand Lyon Habitat
L'ensemble de Mermoz-Sud dans les années 60. Photo Grand Lyon Habitat
 Le garde assermenté dans les années 60.   Photo Progrès /Grand Lyon Habitat
Le garde assermenté dans les années 60.   Photo Progrès /Grand Lyon Habitat
1962 à la Duchère, où l'Office HLM réalise de grands ensembles. Avec l'arrivée massive des rapatriés d'Algérie à partir de 1962, il faut produire en masse. Ce 7 juillet des femmes attendent le bus à l'arrêt pour l'instant improvisé de la ligne 44. Photo Progrès La Cité Perrache le long du Rhône et de l'autoroute A7 a été construite en 1934 par les architectes Robert et Jean Marin. Cette résidence HBM en cours de réhabilitation a été labellisée «Patrimoine remarquable du XXe siècle». Photo Progrès  Le premier marché de la Duchère et ses étals qui se déploient juste en dessous des barres de logements, le 4 septembre 1962.   Photo Progrès /ARCHIVES PROGRES L'Office public d'HLM s'agrandit. Les services quittent le quai Perrache pour rejoindre un nouveau siège administratif construit en 1971, cours Lafayette. Photo Progrès La Cité Philippe-de-Lassalle, ses maisons et ses jardins en 1926, le premier projet réalisé par l'Office Public d'HBM de la ville de Lyon est croix-roussien. Photo Grand Lyon Habitat La Cité Philippe-de-Lassalle est démolie en 1972 pour laisser place à cinq tours de 12 niveaux. Photo Grand Lyon Habitat La construction de l'ensemble de logements sociaux à Mermoz Nord dans les années 60. Photo Grand Lyon Habitat L'ensemble Langlet-Santy (Lyon 8e) dans les années 70. Photo Grand Lyon Habitat L'ensemble de Mermoz-Sud dans les années 60. Photo Grand Lyon Habitat  Le garde assermenté dans les années 60.   Photo Progrès /Grand Lyon Habitat

Après 1945, l’arrivée du chauffage central

Le service logement est assailli de demandes et les projets repartent avec notamment la construction de la résidence Laënnec (8e) qui devient la première résidence à bénéficier du chauffage central.

En 1950, nouvelle étape pour l’Office qui change de nom pour devenir Office HLM (Habitation à loyer modéré) et double son patrimoine avec 4 000 nouveaux logements.

Le temps des grands ensembles

1950-1970, c’est la période où le bailleur social construit le plus. 1 000 logements apparaissent à la Duchère pour loger les rapatriés d’Algérie. Arrive le temps de ces nouveaux ensembles plus ou moins grands qui voient le jour à Lyon mais aussi dans l’agglomération, l’Office HLM ayant été autorisé à étendre ses compétences.

Ainsi naissent dans les années 70, pour faire face à la demande, les grandes tours et les barres d’immeubles édifiés rapidement grâce aux éléments préfabriqués.

L’Office gère 14 000 logements, 45 % du patrimoine est constitué de grands ensembles, situés dans les 8e (Mermoz) et 9e arrondissements (Duchère), mais aussi à Vaulx-en-Velin ou à Vénissieux. 6 000 logements sont réalisés entre 1961 et 1970.

Puis c’est la crise…

Après quelques « années idylliques » où l’on salue les grands logements, les salles de bains, les balcons, la vue, surviennent rapidement les premières difficultés.

1974, année de crise, marque le « début de la catastrophe », indique l’un des responsables de Grand Lyon Habitat.

"On constate ensuite un sentiment d’exclusion fort, une demande d’intégration", explique Catherine Panassier, présidente de Grand Lyon Habitat. "Beaucoup d'appartements restent inoccupés, comme aux Minguettes. C’est comme si on avait eu honte des grands ensembles".

Un patrimoine qui semble abandonné et des habitants qui affrontent les pires difficultés… Surgit alors une nouvelle période, celle des démolitions et des réhabilitations.

Le temps des démolitions et des rénovations

11 octobre 1994 : la destruction des 10 tours de de la Démocratie à Vénissieux. Photo Progrès
11 octobre 1994 : la destruction des 10 tours de de la Démocratie à Vénissieux. Photo Progrès

Le vocabulaire n’est plus le même, on parle de gestion au quotidien. A la production de masse, on préfère la qualité de logements et de services.

Certaines résidences deviennent impossibles à gérer. La solution pour rapprocher les centres des quartiers d’habitat social ? La réhabilitation, qui porte entre 1980 et 1990 sur près de 10 000 logements et les démolitions.

Celles-ci, engagées à la mesure des grands ensembles, sont forcément gigantesques. La destruction de 10 tours de la Démocratie à Vénissieux en une seule fois fait trembler tout un quartier, et ses habitants qui laissent partir un peu de leur vie. Au propre et au figuré.

"Là on va dans le mur"

En quelques minutes, peut être un peu plus, 641 logements sont réduits en poussière. « C’est un choc intellectuel, pour dire, là on va dans le mur », souligne l’un des responsables de Grand Lyon Habitat.

Suivront des opérations similaires dans les quartiers lyonnais de la Duchère et de Mermoz.

Commence alors le temps du renouvellement urbain, avec toujours le même objectif : mieux intégrer à la ville ces quartiers au fort pourcentage de logement social, que l’on dit « difficiles ».

Et demain ?

En 2020, Grand Lyon Habitat, qui a installé ses bureaux à la Part-Dieu, gère plus de 26 000 logements. Plus de 18 000 se trouvent à Lyon. Comme bien d’autres acteurs de la ville, le bailleur social investit dans des questions d’isolation et de développement durable.

La façon de travailler évolue face « à une équation économique qui devient compliquée », assure-t-on du côté de l’exécutif qui parle même « d’essoufflement ».

Des fonds propres qui diminuent, des coûts de foncier qui explosent et c’est le volume de constructions nouvelles qui se réduit. Au profit des acquisitions en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement).

Présidente de cette structure jusqu’en mars prochain, Catherine Panassier parle volontiers « d’innovation » dans le domaine de l’habitat et de la politique d’accompagnement sociale. L’idée, ajoute la présidente qui est candidate aux élections mars, est bien de voir « comment on recherche le bien-être dans la ville »…

Aline DURET

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