Lyon Elle retrouve la trace de son frère, enfant juif séquestré à l’Antiquaille

Martine Camhi a retrouvé la trace de son frère Victor, séquestré parmi les 75 enfants juifs détenus à l’hôpital de l’Antiquaille. Photo Progrès /Clémence OUTTERYCK
Martine Camhi a retrouvé la trace de son frère Victor, séquestré parmi les 75 enfants juifs détenus à l’hôpital de l’Antiquaille. Photo Progrès /Clémence OUTTERYCK

Entre février et août 1944, 75 enfants juifs ont été arrêtés et enfermés à l’hôpital de l’Antiquaille, avant d’être déportés vers Drancy et les camps de concentration. Parmi eux, Victor Camhi, 10 ans. Il n'en est pas revenu. Sa sœur a découvert cette histoire et confie son émotion de voir son nom sur la plaque qui honore désormais leur mémoire.

Certains avaient à peine quelques mois. Jean-Claude, Louis, Jeanine, Jacques, Isaac, et soixante-dix autres. Raflés, certains déportés, et beaucoup d’entre eux morts, parce que juifs.

Entre le 4 février et le 17 août 1944, soixante-quinze enfants juifs de 4 mois à 14 ans ont été raflés à Lyon et dans la région par la répression nazie organisée par Klaus Barbie.

Arrêtés avec leurs familles par la Gestapo et la collaboration, ces enfants ont été séparés de leurs parents, qui étaient enfermés et torturés à la prison de Montluc.

Les enfants de moins de 15 ans étaient alors confiés à Edith Cahen, assistante sociale de l’Union générale des israélites de France (UGIF), chargée de les emmener à l’hôpital de l’Antiquaille où ils étaient séquestrés dans un service spécial créé par la Gestapo.

Un seul retour des camps

Certains ont été libérés, sauvés notamment par le directeur de l’hôpital de l’Antiquaille. Mais quarante-huit de ces enfants seront déportés.

Un seul, Charles Zajtman, 11 ans, est revenu des camps. Les quarante-sept autres y sont morts, certains gazés à leur arrivée, d’autres après des expérimentations médicales.

Parmi eux, Victor Camhi, 10 ans, arrêté à Grenoble avec ses deux parents puis enfermé à l’hôpital de l’Antiquaille. Libéré par l’armée russe, son père est rentré seul à Lyon. Il avait été séparé de sa femme et de Victor après leur arrestation, il ne les a jamais revus. 

A son retour, il s’est remarié et a eu deux enfants.

Hôpital de la mort

« C’était important pour lui de redonner la vie », glisse avec émotion Martine, sa fille, qui a appris le parcours de son frère avant sa déportation par le travail de Sylvie Altar, historienne et auteure de la thèse “Etre juif à Lyon de l’avant-guerre à la Libération”.

Ses recherches, conjuguées à celles des époux Klarsfeld, ont permis de donner des noms et une existence à ces enfants. « Mon père ne nous a pas parlé de la déportation. J’ignorais que mon frère avait été séquestré à l’Antiquaille », poursuit Martine, touchée de voir le prénom de Victor désormais gravé parmi ceux des autres enfants sur les murs de cet hôpital de la mort.

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«Elle les choyait, avant de les emmener à la gare»

Edith Cahen leur rendait visite, leur apportait de la nourriture, des vêtements ou des jouets. Elle les choyait, avant de les emmener à la gare retrouver leurs parents et partir avec eux vers Drancy, puis Auschwitz.

"Elle était obligée de faire ce travail, elle ne pouvait pas faire autrement", tient à préciser Jean Lévy, délégué régional des Fils et filles des déportés juifs de France et ancien président du CRIF Rhône-Alpes. "Elle n’est responsable de rien, si ce n’est de s’être occupé des enfants".

En tout, 376 enfants juifs de Lyon ont été exterminés.

Une plaque à leur mémoire

Le 30 janvier dernier esplanade Saint-Pothin. Photo Progrès /Maxime JEGAT
Le 30 janvier dernier esplanade Saint-Pothin. Photo Progrès /Maxime JEGAT

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, Gérard Collomb et Nicole Bornstein, présidente du Crif Auvergne Rhône-Alpes, ont dévoilé le 30 janvier dernier sur les murs de l’ancien hôpital de l’Antiquaille, esplanade Saint-Pothin, une plaque commémorative reprenant le nom des 75 enfants juifs qui ont été séquestrés dans son enceinte.

Lors de la cérémonie, des élèves de CM2 de l’école Albert-Camus ont déposé une rose à l’appel de chaque nom, énoncé par des lycéens de Saint-Just.

"L’épicentre de la répression la plus féroce"

« Quoi de plus insupportable que d’imaginer la peur qui a dû être la leur en ce lieu », a déclaré Jean-Michel Blanquer, lequel a par ailleurs rappelé l’importance de l’éducation dans la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.

« De ville refuge, Lyon allait devenir l’antichambre de la mort et l’épicentre de la répression la plus féroce », a rappelé de son côté Gérard Collomb.

Clémence OUTTERYCK

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